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Pourquoi tant d’Iraniens vivent-ils à Toronto?

2 months ago 34

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En octobre 2025, le quartier culturel Little Iran a été inauguré par Olivia Chow à North York. La mairesse de Toronto a alors parlé d’un « jour historique ». Pour Sam Fayaz, qui dirige le supermarché Khorak, en plein cœur de ce quartier, ce jour reste une véritable source de « fierté ».

Véritable institution pour la communauté, son commerce est le théâtre d'un incessant va-et-vient. Une odeur de pain barbari enivre les clients qui déambulent dans les rayons.

La façade du supermarché Khorak à Toronto.

Le supermarché Khorak est très fréquenté par la communauté iranienne à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Si, aujourd’hui, le farsi est présent sur de nombreuses devantures du quartier, à l’ouverture du supermarché Khorak, à la fin des années 1980, ce magasin était le seul commerce iranien à cinq kilomètres aux alentours, se souvient Sam Fayaz.

À cette époque, son magasin était nettement plus petit, à l’instar de la communauté iranienne qui s’installait à Toronto. En effet, si, aujourd’hui, on compte presque 100 000 Iraniens établis dans la Ville Reine, selon les chiffres de Statistique Canada, la première grosse vague d’immigration iranienne a eu lieu juste après 1979.

Des devantures de commerce en farsi dans le quartier North York de Toronto.

Un si grand nombre d’Iraniens ont choisi Toronto comme terre d’accueil qu’ils la surnomment maintenant Tehranto.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

C’est en 1979 que Mehrdad Ariannejad, aujourd’hui PDG de l’organisation Tirgan, à laquelle on doit le festival torontois du même nom, a quitté l’Iran. Pour lui, cette première vague d’immigration s’explique par des raisons politiques. Beaucoup d’Iraniens ont quitté le pays parce qu'ils ne pouvaient pas vivre sous le régime brutal de la République islamique, explique-t-il.

Mehrdad Ariannejad.

Mehrdad Ariannejad est le président de l’organisme torontois Tirgan.

Photo : Radio-Canada

C'est également cette année-là que le shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, a quitté l’Iran. Quelques jours plus tard, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, exilé depuis 15 ans, est rentré à Téhéran et a instauré la République islamique en Iran.

L’année 1979, un tournant

Le Canada, et tout particulièrement Toronto, s’est rapidement imposé comme une destination pour ceux qui souhaitaient fuir l’Iran. Le journaliste irano-canadien Mohammad Tajdolati, qui a lui-même quitté son pays à la suite de l’avènement du régime islamique, voit plusieurs raisons logiques à ce choix.

Mohammad Tajdolati.

Après avoir vécu en France pendant des années, le journaliste iranien Mohammad Tajdolati s’est installé au Canada.

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

Tout d’abord, les critères pour immigrer au Canada étaient plus simples, selon lui. L’anglais est aussi un élément décisif, car beaucoup d’Iraniens parlent couramment l’anglais.

Toronto est une ville très multiculturelle. On ne se sent pas en minorité. Partout, on voit des étrangers.

Et puis, il y a une facilité pour les Iraniens qui s'installent et qui immigrent ici. Après trois ou quatre ans, ils deviennent citoyens canadiens. Nulle part ailleurs dans le monde il n’y a cette facilité de devenir citoyen d’un autre pays, surtout le Canada, avec un passeport très valide, explique-t-il.

Après plusieurs dizaines d’années, les Iraniens sont désormais bien installés à Toronto, comme le symbolise le quartier du Petit Iran.

Lily Cheng est debout sur scène, un micro à la main.

La conseillère municipale Lily Cheng est une des organisatrices et cofondatrices de We Love Willowdale.

Photo : (CBC News)

La conseillère municipale du quartier Willowdale, Lily Cheng, affirme que les Iraniens ont beaucoup apporté à Toronto. Il y a un grand nombre d’artistes, de poètes, de peintres, de photographes. Ils apportent tous quelque chose à notre paysage culturel, souligne-t-elle.

Elle raconte qu'elle a elle-même participé à une fête de Norouz dans son quartier où il y avait de la danse et de la nourriture iraniennes.

La fête de Norouz, qui célèbre le nouvel an iranien, aura lieu dans un contexte particulier le vendredi 20 mars. En raison de la guerre entre les États-Unis, l’Israël et l’Iran, la communauté iranienne aura un peu moins le cœur à faire la fête et aura plutôt la tête en Iran.

Un panneau publicitaire aux couleurs du drapeau iranien d'avant la révolution islamique présente les visages de 762 Iraniens et Iraniennes parmi les milliers de personnes tuées en février 2026 lors de manifestations contre le régime au pouvoir.

Dans le quartier du Petit Iran à North York, ce panneau publicitaire aux couleurs du drapeau iranien d'avant la révolution islamique présente les visages de 762 Iraniens et Iraniennes parmi les milliers de personnes tuées en février 2026 lors de manifestations contre le régime au pouvoir.

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell

Depuis plusieurs semaines, les Iraniens descendent régulièrement dans la rue. Le 14 février dernier, dans le quartier du Petit Iran, une manifestation a réuni 350 000 personnes pour réclamer la fin du régime islamique.

Même après des années loin de leur pays, les Iraniens restent très mobilisés face à la politique menée par Téhéran. Pour beaucoup, comme Mehrdad Ariannejad, c’est la raison qui fait en sorte qu’ils vivent à Toronto. On s'aperçoit qu’il y a beaucoup de choses qu'on a laissées derrière soi. Et quand on cherche la raison, on se rend compte que c’est le régime islamique en Iran. Autrement, nous ne serions pas partis, insiste-t-il.

Pourquoi devons-nous vivre loin de notre foyer?

Devant l’incertitude, difficile de se projeter concernant l’avenir de l’Iran. Si le cœur de nombreux Iraniens est resté au pays, la raison les fera rester au Canada, selon Mohammad Tajdolati. Lorsqu'on demande à des Iraniens s'ils veulent retourner dans leur pays d'origine, 90 % disent oui. Cependant, en réalité, ce n’est pas vrai : ils ne peuvent pas y retourner, parce qu’ils ont fondé des familles ici, conclut-il.

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