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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayJoël Laurin sort de sa grange et regarde au loin l’étendue de sa terre de 500 acres. Le temps des semences approche, mais cet agriculteur de Chute-à-Blondeau, dans l’Est ontarien, a la tête ailleurs, car le TGV pourrait passer directement sur sa ferme.
Il va probablement passer à peu près ici, dit-il en pointant le doigt vers le bas d'une petite colline. Juste entre l’autre ferme, là-bas, et chez nous.

L'agriculteur Joël Laurin et le journaliste Christian Noël discutent dans un champ enneigé du projet de TGV entre Québec et Toronto.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
Il craint d’être exproprié et de voir sa terre sectionnée par les rails.
On pourrait se faire couper en deux. 250 acres d’un bord, 250 acres de l’autre. Pour que les rails gardent une élévation neutre, il y aura probablement des colonnes de ciment sur ma terre, d’ici jusqu’à la rivière.
Cette situation pourrait faire baisser la valeur de sa propriété et lui compliquer la tâche pour les labours et pour les récoltes.
Appliquer le fumier, cultiver la terre, ça pourrait vouloir dire de grands détours plusieurs fois par jour. Ça fait beaucoup de diesel brûlé, soutient-il.

Le producteur Joël Laurin dans son étable.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
C’est le genre de colère et d’inquiétude qui règnent tout le long du corridor sélectionné par Alto pour le passage du TGV.
Des milliers de routes coupées
Au conseil municipal de Hawkesbury-Est, toujours dans l’Est ontarien, le téléphone ne dérougit pas, raconte le maire adjoint, Jacques Tranchemontagne.

Le maire adjoint de Hawkesbury-Est, Jacques Tranchemontagne.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
Les résidents appellent avec plein de questions : "Où va passer le train? On ne veut pas qu'il passe chez nous." Ça met le monde sur les nerfs pour rien.
Comme plusieurs villes où pourrait passer le TGV, les élus du coin anticipent que de nombreuses routes rurales devront être fermées et transformées en culs-de-sac.
En effet, construire une voie ferrée pour un TGV, ce n’est pas comme pour un train ordinaire.

L'Est ontarien est parsemé de terres agricoles sur lesquelles se trouvent des bâtiments de ferme et des silos.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
Pour atteindre sa vitesse maximale de 300 kilomètres/heure, le tracé doit être en ligne droite, avec le moins de courbes possible. Il est donc difficile, dans ce cas, de contourner les propriétés.
De plus, les rails seront clôturés sur tout le trajet. Les passages à niveau seront moins nombreux.
Cela se traduira par des routes bloquées et par des détours pour les véhicules d'urgence comme pour les résidents.

Le pompier Shane Kirby (à droite) discute avec le journaliste Christian Noël.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
Si un résident appelle les pompiers ou l’ambulance, un détour de quelques minutes peut avoir un effet négatif sur le temps de réponse en première ligne, souligne le pompier volontaire Shane Kirby.
Si tu as deux résidences, une de chaque bord du chemin, et que le train passe entre les deux... Le gars va devoir faire un détour de 20 kilomètres pour aller prendre un café avec son voisin?
Des sommes considérables pour les expropriations
En entrevue, le PDG d’Alto, Martin Imbleau, reconnaît que « des milliers de routes et de rues seront touchées ».
C’est normal parce que le trajet entre Québec et Toronto, c’est 1000 kilomètres, rappelle-t-il.

Martin Imbleau, PDG d’Alto, a participé à une annonce à propos des prochaines étapes du train à grande vitesse à Gatineau, au Québec, le vendredi 12 décembre 2025.
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Toutefois, le PDG assure qu’Alto va s’asseoir avec les villes pour que les schémas d’aménagement minimisent les impacts le plus possible.
On n’est pas cabochons! On ne coupera pas des villages comme ça, en deux. On va tenter de suivre des choses qui sont les plus droites et les plus intelligentes possible.
Cependant, il admet que ce ne sera pas possible partout. Il y a des endroits où on va devoir acheter les terrains et compenser adéquatement, reconnaît Martin Imbleau.
La bonne pratique, c’est que tu compenses [non seulement] le dommage mais aussi la perte de récoltes. Donc, ce sont des sommes considérables, ajoute-t-il.

Des représentants d'Alto ont tenu une séance de consultation publique sur le projet de TGV Toronto-Québec à la Maison du citoyen de Gatineau le 24 mars 2026.
Photo : Radio-Canada / Maxence Bahaban
Malgré des propos qui se veulent rassurants et malgré des mois de consultations publiques de la part d’Alto, la contestation populaire contre le projet de TGV continue de prendre de l’ampleur, surtout dans les régions rurales entre Ottawa et Toronto.
Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu. Les élus de plus d’une dizaine de conseils municipaux et régionaux ont adopté des résolutions pour s’opposer au passage du train sur leur territoire.

Cette carte du sud de l'Ontario et du Québec montre le trajet du TGV avec des icônes de villes qui ont adopté des résolutions contre le TGV.
Photo : Radio-Canada
Entre résistance et résignation
Dans son café situé sur la rue Principale à Chute-à-Blondeau, la femme d’affaires Elizabeth Arbaud ajoute une autre page à la pétition contre le projet de TGV qui est épinglée sur son babillard.
Un train à grande vitesse dans notre communauté, ça va la détruire, déclare-t-elle.

Elizabeth Arbaud en entrevue avec le journaliste Christian Noël.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
Son café est devenu le quartier général officiel des organisateurs qui s’opposent au projet d’Alto.
Elizabeth Arbaud craint que son café, ouvert depuis deux ans, n'en souffre.
C’est le progrès? Mais à quel prix? Je vais perdre un nombre immense de clients. Je ne pense pas que mon petit café va pouvoir survivre.

Le café CàB d'Elizabeth Arbaud est devenu le quartier général des opposants d'Alto, qui affichent des pétitions et des feuillets d'information sur son babillard.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
L’agriculteur Joël Laurin déplore que la décision de construire ce TGV ait été prise pour favoriser les habitants des grandes villes au détriment de ceux qui vivent en région rurale.
Il n’y a pas d'intérêt pour nous, explique-t-il, parce qu’il n’y a pas de gare à proximité. Le centre-ville nous passe dessus, comme d'habitude, puis nous autres, on subit le train, mais on n'en profite pas.
Devant l’édifice du conseil municipal de Hawkesbury-Est, le maire adjoint Jacques Tranchemontagne prend un air résigné.
Le gouvernement est plus fort que nous autres, comprends-tu? S'ils décident de passer à l'action, ils vont le faire.
Il hausse les épaules, pousse un grand soupir et se retrousse les manches pour la prochaine étape.
Le tracé presque final du projet doit être dévoilé par Alto l’automne prochain.

3:04
Le reportage de Christian Noël


1 month ago
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