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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayAprès plusieurs décennies d'activités, le restaurant Végo, emblématique établissement de la rue Saint-Denis, a fermé ses portes le 12 juillet dernier. Quelques jours auparavant, l’Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ) a annoncé qu’un nouveau pavillon prévu pour l’automne 2028 occupera l’espace. Entre fermetures, nouvelles annonces et construction, voici un état des lieux de la rue Saint-Denis dans le Quartier latin, à Montréal.
Guylaine Duchesne, copropriétaire du Végo, se remémore, nostalgique, une certaine époque de la rue Saint-Denis, marquée entre autres par une vitalité culturelle. Selon elle, c’est maintenant le jour et la nuit entre le Saint-Denis d’antan et celui d’aujourd’hui.
C’était très effervescent, la rue Saint-Denis, dans ce temps-là. Ce n’était vraiment pas la même game.
Une opinion que l’entrepreneure n’est pas seule à soutenir. Propriétaire du bar Turbo Haus et du Café Big Trouble, Sergio Da Silva s’est présenté aux dernières élections municipales sous la bannière du parti de Craig Sauvé, Transition Montréal. Lui aussi se souvient d'une autre ère de la rue Saint-Denis.
Je me rappelle avoir joué dans la rue avec des groupes de musique. C’était une "vibe" complètement différente. Maintenant, c’est plus comme une cafétéria pour l’UQAM et le Cégep du Vieux Montréal.
Guylaine Duchesne explique que, bien que sa compagnie ait conservé son service de traiteur et son Espace Végo au Biodôme de Montréal, un certain nombre de facteurs, dont les taxes, les effets de la pandémie et la construction dans le secteur, l’ont forcée à fermer son grand restaurant sur Saint-Denis.
Ce n’était pas possible pour nous de continuer dans ces conditions-là.

Le restaurant Végo ferme ses portes et fera place à un nouveau pavillon de l'ITHQ.
Photo : Radio-Canada / Philippe Granger
Le Végo s’ajoute à une triste liste des établissements du secteur qui ont dû fermer leurs portes dans les dernières années. En 2023, le Saint-Sulpice a fermé ses portes après 43 ans d’existence. En 2014, c’était le Café Chaos, connu pour ses soirées underground, qui avait dû mettre la clé sous la porte.
À l’instar de Sergio Da Silva, Guylaine Duchesne ne perd toutefois pas espoir concernant l’avenir de la rue. Mais elle affirme qu’il faudra avoir les reins solides et s’armer de patience avant que le secteur retrouve ses lettres de noblesse.
Pour ceux qui travaillent fort, ça va bien
Julien Vaillancourt Laliberté, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du Quartier latin, dresse un portrait bien différent de la situation sur la rue Saint-Denis, dans le coin du Quartier latin.
Comment ça va dans le Quartier latin? Comme partout ailleurs : pour ceux qui travaillent fort, ça va bien.
Loin de dire que la situation est parfaite dans ce coin de la ville, Julien Vaillancourt Laliberté assure voir une progression, marquée entre autres par une administration municipale pragmatique qui a à cœur la réalité des commerçants et des gens sur le terrain.

Julien Vaillancourt Laliberté est le directeur général de la Société de développement du Quartier latin. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Hugo Lalonde
Pour ce qui est de l'achalandage, pour ce qui est de l'occupation commerciale, on a un des meilleurs taux d'occupation commerciale depuis des années [grâce], entre autres [à] l'arrivée de nouveaux venus [et à] la revitalisation de certains locaux, indique-t-il.
Parce que les annonces de rénovation, de construction ou d’ouverture d’établissements dans le secteur se sont multipliées dans les dernières années.
Outre le nouveau pavillon de l’ITHQ, la rue Saint-Denis (dans le Quartier latin) accueillera en 2028 la Maison de la chanson et de la musique du Québec. La rentrée de l’École nationale de l’humour, dans quelques semaines, aura lieu dans ses nouveaux locaux, sur la même rue. Les bureaux de l’ADISQ y sont déjà depuis peu.
La rentrée à l’École nationale de l’humour intrigue particulièrement Michel Lavallée, propriétaire du pub L’Île Noire, qui se situe juste à côté de l’établissement scolaire.
Au niveau de l’image, c’est super intéressant, juge-t-il.
Selon lui, la rue Saint-Denis a subi une période de désolation dans les 12-13 dernières années, mais connaît, grâce à de nouveaux projets, une légère amélioration depuis 3-4 ans.

Seul un petit passage vient séparer le pub L'île Noire (à gauche) des nouvelles salles de classe de l'École nationale de l'humour (à droite).
Photo : Radio-Canada / Philippe Granger
Le directeur général de la SDC du Quartier latin admet lui-même que le Quartier latin a souffert d’un manque d’amour et que des problèmes persistent.
Oui, ce n'est pas la joie tous les jours, il y a des points difficiles, lance Julien Vaillancourt Laliberté. Les indésirables sont plutôt les rats chez nous. C'est sûr qu'il y a ça, mais comme partout en ville. Les travaux, ça fait mal. Par contre, on a réussi à trouver des façons de travailler avec les partenaires.
Une situation provoquée par le Quartier des spectacles?
Selon Julien Vaillancourt Laliberté, ce manque d’amour qu’a connu la rue dans les dernières années, voire les dernières décennies, s’explique en bonne partie par le développement du Quartier des spectacles.
Il y a beaucoup d'organismes culturels qui ont souffert de la création du Quartier des spectacles, parce que l'attention [politique et du public] et le financement sont allés vers la centralisation du Quartier des spectacles.
Celui qui côtoie le quartier depuis très longtemps rappelle que de nombreux grands festivals, comme le festival Juste pour rire et le Festival de jazz, sont nés sur cette rue.
Oui, on évolue, on passe à autre chose, mais il faut quand même penser à remplacer et venir bonifier quand on quitte, et ça n'a pas été le cas, déplore-t-il.
Sans vouloir minimiser les défis auxquels les commerçants font face, Julien Vaillancourt Laliberté juge aussi que certains entrepreneurs ont du mal à s’adapter aux nouvelles réalités.
À l'époque, on pouvait ouvrir la lumière, ouvrir la porte, puis dire qu'on est sur Saint-Denis, puis ça fonctionnait. On n'est plus à cette époque-là. Si tu vends des thermomètres au mercure en 2026, c'est sûr que tu vas faire faillite.
Julien Vaillancourt Laliberté donne comme exemple la boutique Courir, située sur Saint-Denis, bien qu’elle soit en dehors du Quartier latin.
Les gens y vont. Pourquoi? Parce qu'il y a un service exceptionnel, des produits exceptionnels, une connaissance du produit, une capacité d'accueil, de l'événementiel, créer une communauté... C'est un événement, s'acheter des souliers!
De ce fait, Michel Lavallée, du pub L’Île Noire, admet qu’il cherche surtout à ce que son entreprise devienne – ou demeure – un commerce de destination, et que son principal défi est donc que son établissement conserve sa notoriété.
Il précise du même coup que la rue Saint-Denis n’a jamais été parfaite et qu’elle a toujours été la cible de critiques.

La fermeture du Saint-Sulpice a été un coup dur pour certains habitués de la rue Saint-Denis. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Le monde pense toujours à la fin des années 1970 et au début des années 1980. [...] Mais il y avait des problèmes aussi.
Michel Lavallée constate en quelque sorte la démocratisation des rues commerciales, géographiquement parlant, qui fait que d’autres artères connaissent une popularité grandissante. On n'a plus le monopole qu'on avait à l'époque.
La Ville dévoilera un plan structurant cet automne
Le directeur général de la SDC du Quartier latin, Julien Vaillancourt Laliberté, salue à plusieurs égards l’attitude de l’administration municipale.
Toutefois, il ne leur donne pas le bon Dieu sans confession et dénote des lacunes dans l’application de la réglementation en vigueur, notamment en ce qui concerne les locaux non utilisables. Il constate aussi des problèmes apparents de coordination et de communication à la fois à l’interne et à l’externe.
Du côté de la Ville de Montréal, on dit être au courant des problèmes de coordination, et l'administration assure que de gros efforts sont déployés afin de corriger la situation. C’est du moins ce qu’affirme Claude Pinard.
S’il constate, à l’instar de Julien Vaillancourt Laliberté, que ce secteur a besoin d’amour, le président du comité exécutif à la Ville de Montréal et conseiller de la ville dans Ville-Marie se montre très enthousiaste quant à l’avenir, assurant qu’un plan structurant pour le Quartier latin sera dévoilé au cours de l’automne.

Claude Pinard se montre très optimiste quant à l'avenir du secteur. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
En 2024, l’ancienne administration municipale a annoncé, dans le contexte d’une stratégie pour le centre-ville de Montréal, que le Quartier latin serait désigné quartier de la francophonie, qu’on y créerait un secteur 24 h et qu’on y réaliserait d'importants projets de développement au sein des actifs de la Ville, notamment à l'Îlot Voyageur et au parc Émilie-Gamelin.
On est déjà à l’action. [...] Le pire va être derrière nous très bientôt. La preuve, c'est qu'on est capable d'attirer des investissements au moment où on se parle.
Mais que veut-on dire par très bientôt? Ça va prendre encore quelques années, notamment en raison des travaux, indique Claude Pinard, qui juge que c’est un manque de vision qui a longtemps gangrené le secteur, lui qui dit miser sur une collaboration radicale avec les acteurs concernés.
Candidat contre Claude Pinard dans le district de Saint-Jacques aux plus récentes élections municipales, l’entrepreneur Sergio Da Silva tranche, lui, qu’absolument rien n'a changé et que, par exemple, le taux d’inoccupation dans le secteur demeure trop élevé.
On remplace une personne par une autre, et toutes leurs idées [restent] les mêmes, déplore-t-il.

Les travaux de construction, et plus particulièrement ceux sur la rue Berri, font mal aux commerçants de la rue Saint-Denis.
Photo : Radio-Canada / Philippe Granger
Si certaines décisions de la Ville peuvent susciter le mécontentement chez certains commerçants et passants – comme celle de ne pas piétonniser la rue Saint-Denis, une première en quatre ans, en raison de la construction dans les environs –, Julien Vaillancourt Laliberté, de la SDC du Quartier latin, constate plutôt la bonne foi de l’administration de Soraya Martinez Ferrada.
On va les avoir à l'œil, on veut être capable d'avoir une compensation juste si les travaux continuent pour nos commerçants, Mais si c'est vraiment pour la pérennité du quartier, c'est fabuleux.


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