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Retour à l’équilibre : la VGQ compare le plan de Québec aux années Couillard-Leitão

1 day ago 4

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Le rapport préélectoral du ministère des Finances du Québec (MFQ) est « plausible », mais il constitue un « défi exigeant » pour lequel le gouvernement devra déployer des « efforts importants » en matière de réduction des dépenses, prévient la vérificatrice générale du Québec (VGQ), Christine Roy.

La croissance des dépenses passerait de 2,5 % en 2027-2028 à 1 % en 2028-2029, ce qui ne couvre pas le taux d’inflation de 2 % prévu par le MFQ, écrit Mme Roy dans une analyse rendue publique lundi matin. Un tel niveau de croissance des dépenses n’a pas été vu depuis 2015-2016, alors que l’inflation était de 1,1 %.

La VGQ, comme le veut la coutume récente, s'est penchée sur le rapport préélectoral produit par le ministre Eric Girard. Cette information, établit-elle, est généralement compréhensible, pertinente et comparable, c'est-à-dire qu'elle pourra servir de base pour les cadres financiers des partis qui partiront en campagne sous peu.

Elle fait toutefois état dans son analyse détaillée de nuances importantes, notamment au sujet des efforts qui seront requis dans les prochaines années pour revenir à l'équilibre budgétaire, pour ralentir la croissance des dépenses au niveau prévu et pour faire disparaître les écarts à résorber identifiés par le MFQ.

Dans l’ensemble, les hypothèses retenues et les prévisions relatives au cadre financier et à la dette présentés dans le rapport préélectoral sont plausibles pour les années 2026-2027 à 2028-2029, résume Mme Roy.

La VGQ prévient toutefois que la cible de réduction des dépenses fixée par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour chacune des deux prochaines années financières est pour le moins ambitieuse.

Nous estimons ces efforts budgétaires au moins à 2 milliards pour 2027-2028 et à 3 milliards pour 2028-2029, écrit-elle. Si cela se réalise, il pourrait y avoir des conséquences pour les bénéficiaires de ces activités et de ces programmes. Le défi s’annonce donc exigeant.

Le retour de l'austérité?

La VGQ n'utilise pas le mot austérité dans son analyse. Mais elle souligne qu'un tel coup de frein n'a pas été vu depuis 2015-2016, à l'époque où des chaînes humaines s'étaient formées autour des écoles pour dénoncer ce que le gouvernement de Philippe Couillard et Carlos Leitão qualifiait alors de rigueur budgétaire.

Christine Roy observe en outre que l'écart à résorber identifié par le MFQ s'élève toujours à 1,85 milliard de dollars pour 2028-2029, l'année charnière précédant le retour prévu à l'équilibre, en 2029-2030.

Pour toutes ces raisons, des efforts importants demeurent à mettre en œuvre dans les prochaines années, prévient-elle.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, par exemple, l’augmentation des coûts nécessaires pour faire face au vieillissement de la population n’est que partiellement considérée dans les prévisions, souligne Mme Roy, qui calcule un manque de financement de 500 millions de dollars pour 2027-2028 et de 800 millions de dollars pour 2028-2029.

Le plus difficile est donc à venir, a exposé la VGQ en conférence de presse. C'est plus de 70 % des mesures qui devront être mises en place dans les deux dernières années du plan de retour à l'équilibre budgétaire, a-t-elle estimé au sujet de la trajectoire tracée par le ministre Girard en mars 2025.

La conférence de presse.

La vérificatrice générale Christine Roy a présenté son analyse du rapport préélectoral du ministre Girard alors que la campagne sera déclenchée dans une dizaine de jours.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Dans ces circonstances, les efforts requis pourraient entraîner des conséquences sur les services à la population, a-t-elle souligné.

Les promesses des partis pourraient en être d'autant plombées. C'est sûr qu'il n'y a pas une grande marge de manœuvre [...] dans le cadre financier actuel, si les prévisions se réalisent comme prévu, a indiqué Mme Roy, lundi.

C'est sans compter les impacts que pourraient avoir les nouveaux tarifs imposés par l'administration américaine de Donald Trump si ceux-ci entrent en vigueur mercredi. Car cette menace n'a pas été prise en compte dans le rapport du MFQ, a fait savoir Mme Roy lundi.

Si ces nouveaux droits de douane se concrétisent, chacun des partis politiques devra faire un ajustement à son cadre financier et tenir compte de la situation, a mis en garde la VGQ.

Le ministre Girard, dans un point de presse subséquent, a fait valoir de son côté que les hypothèses retenues par le MFQ dans son rapport préélectoral étaient centrées. Il y a des possibilités de nouvelles positives, tout comme des nouvelles négatives, a-t-il assuré.

Une baisse draconienne des investissements en infrastructures

En évaluant la probabilité que Québec atteigne son objectif de réduire à 32,5 % le ratio de la dette nette par rapport au produit intérieur brut (PIB) de la province en 2037-2038, Christine Roy a par ailleurs découvert que le MFQ prévoyait diminuer grandement ses investissements dans les infrastructures dans les prochaines années.

Le rapport préélectoral du ministère prévoit en effet que ces investissements passent de 19,4 milliards de dollars en 2026-2027 à 15,4 milliards en 2030-2031.

La proportion des infrastructures publiques québécoises jugées en très bon état, en bon état ou dans un état satisfaisant a pourtant périclité dans les dernières années, passant de 61 % en 2018-2019 à 54 % en 2026-2027.

Le ratio dette/PIB, en mars dernier, s'élevait pour sa part à 38,1 %, selon les derniers comptes publics.

Eric Girard en point de presse.

Eric Girard, qui se représente aux élections pour la CAQ, a défendu lundi le rapport préélectoral produit par le ministère des Finances.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le plus récent budget présenté par le ministre Girard a montré que les finances du Québec, qui ont été passablement malmenées au cours des dernières années, s’améliorent malgré l’incertitude.

Au sens de la Loi sur l'équilibre budgétaire, il était prévu, en mars dernier, que le Québec enregistre un déficit de 8,6 milliards de dollars en 2026-2027, de 5,7 milliards en 2027-2028 et de 1,5 milliard en 2028-2029.

Le rapport préélectoral dévoilé par le ministre Girard lundi ramène toutefois le déficit prévu pour l'année en cours à 7,7 milliards, malgré une révision à la baisse de la croissance pour 2026, qui passe de 1,1 % à 0,7 %.

Le manque à gagner, l'an dernier, devait être de 13,6 milliards, mais il a été révisé négativement dans les mois qui ont suivi. En dévoilant les comptes publics, le mois dernier, Eric Girard s'est félicité d'avoir réussi à le ramener à 7,8 milliards, ou 5,5 milliards en excluant la contribution du gouvernement au Fonds des générations.

Des écarts à résorber et... à présenter différemment

Comme l'avait fait avant elle le VGQ par intérim Alain Fortin, Christine Roy déplore dans son analyse du rapport préélectoral du MFQ qu'une part importante des efforts à réaliser ne reposent sur aucune mesure définie.

Elle va toutefois plus loin que son prédécesseur en regrettant que les écarts à résorber identifiés par le ministère soient exclus du cadre financier officiel, une gymnastique susceptible de créer de la confusion chez les utilisateurs du rapport préélectoral et de [nuire] à la comparabilité des prévisions avec les états financiers.

Dans sa réponse contenue dans le rapport, le MFQ défend son choix d'identifier des écarts à résorber en expliquant que cette décision permet d’éviter des compressions qui ne seraient pas nécessaires si la situation économique était meilleure que prévu, selon lui.

Quelque 2,3 milliards de nouvelles dépenses annoncées cet été

Le Parti libéral du Québec (PLQ) a accusé, lundi en point de presse, la première ministre Christine Fréchette d'avoir promis pour 2,3 milliards de dollars de nouvelles mesures cet été dans le cadre de sa précampagne électorale, en toute connaissance de cause, sachant très bien que les finances publiques sont dans un piètre état.

Le chiffre apparaît en toutes lettres dans le rapport rendu public par le MFQ lundi.

C’est 9 fois les 250 millions $ que lui avait initialement réservés le ministre Girard pour de nouvelles annonces, a critiqué sur X le porte-parole en finances du Parti conservateur du Québec, Adrien Pouliot, dont la candidature dans D'Arcy-Mcgee, à Montréal, a été annoncée lundi.

Le fait qu'une enveloppe budgétaire réservée aux dépenses préélectorales de la nouvelle première ministre ait été créée était déjà en soi inacceptable, a relevé en point de presse Pascal Paradis, du Parti québécois, selon qui les nouvelles mesures annoncées par Mme Fréchette se chiffreraient plutôt à 8 milliards de dollars.

Québec solidaire, enfin, a réagi par communiqué en regrettant que la CAQ ait mis la table pour de l’austérité digne des pires années de Philippe Couillard, soulignant au passage que son impôt sur les grandes fortunes pourrait rapporter 5 milliards, soit l'équivalent des efforts budgétaires prévus pour 2027-2028 et 2028-2029.

Avec les informations de La Presse canadienne

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