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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe club de golf du parc East Potomac, à Washington, est un lieu prisé par les résidents de la région métropolitaine de la capitale américaine. On y trouve des centaines de cerisiers, une grande piste cyclable qui longe le Potomac et le canal Washington, de même que des parcours de golf accessibles à des prix compétitifs.
Cependant, à l'endroit où la vue donnait auparavant sur le monument de Washington s’élève désormais un monticule de terre, de poussière et de gravats, que les golfeurs ont baptisé le mont Trump et qui est constitué des débris de l'aile est de la Maison-Blanche, aujourd'hui démolie.
J'étais là quand les cerisiers étaient en pleine floraison, en train de jouer sur ce parcours. C’était une journée magnifique, mais cette butte est ridicule. C'est vraiment laid, déplore un golfeur en montrant du doigt l'amas de débris.
C’est la marque d'un des derniers projets du président des États-Unis, qui s’est donné pour mission de rendre la ville de Washington plus belle, plus propre et plus sûre : transformer le club de golf du parc East Potomac en un magnifique parcours de classe mondiale, digne du US Open.
Donald Trump affirme qu'il souhaite y organiser de grands tournois qui généreront de grosses retombées économiques.
Pour concrétiser cette vision, plus de 20 000 mètres cubes de gravats ont été déversés depuis octobre dernier sur un des parcours de neuf trous du club afin de servir de matériau de remblai.

Dans le but de rendre la capitale américaine plus « belle, plus propre et plus sécuritaire », le président américain Donald Trump a entrepris de construire une grande salle de bal dans la Maison-Blanche et a fait démolir l'aile est. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Noémie Laplante
De l’amiante et du plomb
Ce projet a provoqué une levée de boucliers de la part de golfeurs ainsi que de groupes environnementaux et patrimoniaux, qui craignent que les gravats en question ne soient contaminés avec de l'amiante et du plomb.
La Maison-Blanche a été construite à une époque où ces matériaux étaient couramment utilisés. Et le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a affirmé, lors d'une entrevue accordée à NBC News en octobre dernier, que l'aile est de la Maison-Blanche contenait possiblement des traces d'amiante avant sa démolition.
Deux résidents de la région métropolitaine de Washington ainsi que la Ligue de préservation du District de Columbia ont entamé une poursuite judiciaire contre l’administration Trump.
Si, comme on peut s'y attendre, les débris contiennent de l'amiante et des métaux lourds, ils ont déjà modifié et continuent de modifier la composition chimique du sol et de l'eau, ils portent atteinte aux écosystèmes du parc et du fleuve Potomac et ils constituent un danger réel pour la santé humaine, peut-on lire dans leur demande introductive d'instance.

La contamination potentielle des cours d'eau, notamment le Potomac, inquiète les organismes de protection de l'environnement, notamment le Potomac Riverkeeper Network. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Noémie Laplante
Même son de cloche pour le Potomac Riverkeeper Network, un organisme sans but lucratif de protection de ce fleuve.
Son vice-président, David Flores, craint d'abord les conséquences pour la santé des personnes qui pourraient être exposées à des poussières toxiques. L'amiante est nocif lorsqu'il est inhalé. En supposant qu'il y ait une contamination des matériaux sur ce terrain de golf, c’est un risque tant pour les employés que pour les clients, souligne-t-il.
Les métaux lourds, ajoute M. Flores, pourraient aussi s’accumuler dans l’eau, ce qui menacerait non seulement la santé publique mais aussi l'écosystème.
Absence d'étude environnementale
Les plaignants reprochent avant tout au gouvernement d’avoir entamé ce projet sans réaliser une étude d’impact environnemental. La loi nationale sur l'environnement et la loi nationale sur la préservation des sites historiques – puisqu'il s'agit d'un site inscrit au registre des lieux historiques – obligent pourtant l'administration à faire une telle évaluation pour ses grands projets.
Le Service des parcs nationaux, qui est à la tête du projet, a invoqué une exclusion catégorique. Il s'agit d'une procédure qui permet à cette agence de contourner cette obligation dans certaines situations qui ne posent habituellement pas de risque pour l'environnement.
De leur côté, les plaignants arguent que la présence potentielle de substances toxiques oblige l'administration à mener une analyse.

L'amas de gravats issus de la Maison-Blanche se dresse en plein cœur du terrain de golf, derrière une clôture de métal. La pancarte porte la mention « N'entrez pas, zone interdite d'accès » en anglais.
Photo : Radio-Canada / Noémie Laplante
Selon Robert Glicksman, professeur de droit de l'environnement à l'Université George Washington, le tribunal devra déterminer si l'agence fédérale a correctement invoqué une exclusion catégorique et si elle a agi de manière conforme à ce qui est prévu par la loi au sujet de la préservation du patrimoine historique national.
Si la cour donne raison aux plaignants, l’administration Trump pourrait être contrainte de mener des études avant de poursuivre son chantier, ajoute M. Glicksman.
Or, l'issue de la poursuite reste difficile à prédire, selon le professeur Glicksman. L'année dernière, la Cour suprême a blâmé les cours fédérales pour avoir jugé trop sévèrement des infractions à la loi nationale sur l'environnement, explique-t-il.
Un parc pour le peuple
Sur le terrain, la principale préoccupation des golfeurs est l'accessibilité du club de golf. Les infrastructures sont vieillissantes, mais les prix sont imbattables pour la région : une partie de 18 trous coûte 42 $ US au club de golf East Potomac.
C'est vraiment un excellent endroit pour jouer au golf à un prix abordable dans la région. Bien franchement, les tarifs sont très raisonnables, et si on perdait ça, ce serait vraiment dommage pour le sport et pour le grand public, témoigne un habitué de ce club de golf.
Ça serait nul. Je serais fauché. Je ne veux pas payer trop cher, ajoute un autre golfeur.
De leur côté, les deux résidents et la Ligue de préservation du District de Columbia qui ont entamé une poursuite contre l'administration rappellent que ce club a été conçu par et pour le peuple.
Ils accusent le président américain de vouloir transformer ce parc public à son image, c'est-à-dire en un établissement de luxe réservé à une clientèle plus fortunée.
Noémie Laplante est lauréate de la bourse « Expérimenter le journalisme à l'étranger » de la Fondation de l'UQAM.


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