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Une entente sur Churchill Falls toujours possible, selon Fréchette

18 hours ago 7

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En marge de la réunion du Conseil de la fédération à Charlottetown mardi, la première ministre du Québec et son homologue de Terre-Neuve-et-Labrador feront un pas de plus pour tenter de sauver un projet d'entente majeur. « Confiante », Christine Fréchette assure qu'il y a « des avancées » dans les négociations concernant le complexe hydroélectrique de Churchill Falls.

Cette rencontre en personne avec Tony Wakeham – la première depuis qu'elle est entrée en poste – survient à minuit moins une, ou presque. À quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale au Québec, les deux parties ont tout intérêt à trouver un terrain d'entente rapidement, croit la première ministre.

Advenant qu'il y ait un changement de gouvernement, il y aurait la possibilité que l'entente qui a été élaborée jusqu'à maintenant soit déchirée, prévient Christine Fréchette, en entrevue avec Radio-Canada.

Cet accord de principe, conclu en 2024 par les premiers ministres François Legault et Andrew Furey, devait être gagnant-gagnant. D'un côté, Terre-Neuve-et-Labrador empochait des milliards de dollars supplémentaires, issus de l'exploitation de la centrale sur le fleuve Churchill, de l'autre, le Québec assurait une partie de son avenir énergétique jusqu'en 2075.

Or, un comité d'experts mis sur pied par le gouvernement progressiste-conservateur de M. Wakeham a depuis jugé qu'il pouvait obtenir des conditions plus avantageuses. Les pourparlers ont officiellement repris le mois dernier.

Tony Wakeham en conférence de presse.

Le rapport du comité d'experts, présenté par Tony Wakeham en mai, conclut que l'accord de principe intervenu entre Québec et St-Jean ne servirait pas les intérêts de Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : La Presse canadienne / Paul Daly

Je demeure confiante qu'on convienne d'une entente révisée, explique Christine Fréchette, qui décrit un ballet des allers-retours entre les deux provinces. Nos équipes de négociation sont à l'œuvre, il y a eu plusieurs rencontres ces dernières semaines, il continue d'y en avoir ces jours-ci. Alors, je suis confiante qu'on va pouvoir arriver à une entente prochainement.

Il y a des avancées, maintient la première ministre, qui exclut par ailleurs toute concession de la part du Québec.

Nous, on ne parle pas en termes de concessions, dit-elle. On veut que l'équilibre soit maintenu entre ce que gagne le Québec et ce que gagne Terre-Neuve. Maintenant, les éléments qui composent cet équilibre-là sont en discussion.

En vertu d'un contrat signé en 1969, Hydro-Québec achète l'électricité produite à Churchill Falls au coût de 0,2 cent par kilowattheure (kWh), alors qu'elle la revend beaucoup plus cher sur les marchés d'exportation. Cette entente, en vigueur jusqu'en 2041, est décriée depuis des décennies dans la province atlantique.

L'accord de principe conclu en 2024 aurait fait augmenter le prix payé par la société d'État, pour s'établir à 4 cents/kWh en moyenne au cours des 50 prochaines années, c'est-à-dire 20 fois plus qu'à l'heure actuelle. En contrepartie, elle aurait eu le feu vert pour lancer des travaux de mise à niveau de la centrale actuelle et la construction de nouveaux barrages, dont un à Gull Island, pour y augmenter la puissance disponible.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, arrivé au pouvoir l'automne dernier, est d'avis que la province peut obtenir une compensation encore plus importante et une part plus grande de l'énergie produite. Il réclame également un accès au réseau de distribution québécois pour acheminer son électricité vers d'autres provinces et vers des États américains.

Le compte à rebours des élections québécoises

Parmi les arguments invoqués par Christine Fréchette pour convaincre son homologue, elle brandit le spectre de l'élection d'un gouvernement du Parti québécois (PQ) cet automne.

C'est sûr que c'est un des éléments que j'ai mis de l'avant dès ma première rencontre avec le premier ministre Wakeham, dit-elle, en référence à un entretien virtuel entre les deux, survenu en juin.

Le Parti québécois démonise cette entente-là, à ma grande surprise, affirme la première ministre. Ça assure quand même une sécurité énergétique à long terme pour le Québec, à prix très compétitif et avantageux.

Je pense qu'on a tout à gagner à signer cette entente-là, à brève échéance, pour assurer la sécurité énergétique de part et d'autre.

Le PQ estime pour sa part que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a fait le dos rond dans ces négociations énergétiques. Il l'accuse de s'être placé en position de faiblesse en voulant corriger le contrat existant au sujet de Churchill Falls, tout en refusant d'aborder la question de la frontière contestée avec le Labrador.

Une injustice pour laquelle la formation demanderait compensation, écrit-elle dans le Livre bleu sur l'indépendance du Québec.

Le dossier est clos depuis longtemps, a rétorqué Tony Wakeham la semaine dernière.

Malgré tout, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador affirme ne se soumettre à aucun échéancier. Il a indiqué que son équipe de négociation prendra le temps qu'il faudra pour en arriver à la meilleure entente possible.

Au cœur des discussions : économie et… alcool?

La réunion estivale du Conseil de la fédération, qui réunit les premiers ministres des provinces et territoires, sera également l'occasion de faire le point sur les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis.

C'est un élément très central des discussions qui se tiendront à Charlottetown au cours des prochains jours, selon Christine Fréchette, qui en sera à une première rencontre du genre avec ses homologues du pays.

Avec le premier ministre Mark Carney jeudi, il doit être question notamment de la stratégie à adopter face à Washington, qui menace une fois de plus d'augmenter les tarifs imposés aux exportations canadiennes.

À ce sujet, la première ministre du Québec n'exclut pas de remettre l'alcool américain sur les tablettes de la SAQ.

Ç'a été un élément qui m'a été apporté souvent [par] nos partenaires américains, dit-elle. De mon côté, j'ai indiqué qu'on allait pouvoir envisager cela lorsqu'il y aura un rabaissement des tarifs qui seront appliqués au Québec.

D'ailleurs, elle laisse entendre que la province pourrait faire cavalier seul en la matière.

On n'a pas convenu qu'il fallait absolument que ce soit une décision commune [des provinces]. Moi, je pourrais le décider de manière unilatérale, mais il faut qu'il y ait un gain pour le Québec, répète-t-elle, sans quoi, ce n'est pas une option.

Ce sommet, présidé par le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, doit aussi permettre d'échanger sur des enjeux comme la santé, la sécurité et le commerce intérieur.

Une première rencontre avec des membres de l'Assemblée des Premières Nations aura lieu mardi. Une conférence de presse du Conseil de la fédération se tiendra mercredi.

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