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Comment expliquer les fluctuations du prix de l’essence?

5 hours ago 3

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L’essence se vend en moyenne 178,3 ¢/L au Québec. C’est 1,1 cent de plus que la veille, 6,1 cents de moins que 7 jours auparavant et 2 cents de plus qu’il y a un mois. Un an plus tôt, on la payait en moyenne 27,4 cents de moins, de quoi donner le tournis aux consommateurs. Voici les raisons qui se cachent derrière ces fluctuations de prix.

La vente de l’essence au détail, c’est vraiment un marché qui fluctue énormément, confirme Simon Bourassa, le porte-parole du CAA Québec. Parfois, on paie plus cher, parfois on paie moins cher.

C’est donc un défi pour les consommateurs de suivre les prix et de faire le plein au meilleur moment, surtout quand l’achat d’essence occupe une part importante de leur budget. (En passant : notre tableau de bord est là pour ça!)

Bien que le prix de l’essence puisse paraître local, les détaillants, et même les raffineurs d’ici, ont peu, sinon pas, de contrôle sur le montant affiché à la pompe.

Ce prix-là dépend beaucoup des aléas économiques et géopolitiques, intervient Carol Montreuil, le vice-président économie de l’Association canadienne des carburants.

Si vous êtes un raffineur qui a besoin de pétrole brut pour produire de l'essence, vous devez aussi vous en remettre aux marchés mondiaux, poursuit-il.

L’industrie du raffinage est à la merci de prix qui sont déterminés sur des plateformes d'échanges mondiales.

Les prix de l’essence sont ainsi alignés sur les marchés internationaux et en grande partie déterminés par leur composante la plus importante, mais aussi la plus volatile : le pétrole. L’un ne va pas sans l’autre.

Effet immédiat

Le pétrole est une marchandise qui se négocie sur les marchés boursiers, au même titre que le café, l’huile, l’aluminium ou même encore… l’essence.

C’est la plus importante de toutes les marchandises de la planète, en quantité et en valeur, qui transige chaque jour à la bourse, rappelle Carol Montreuil. Il s’en négocierait environ un milliard de barils, quotidiennement, sur les principales places boursières.

Toutes les augmentations des prix de l'essence sont ainsi liées à celles du pétrole sur les marchés.

C'est pourquoi la guerre en Iran et le blocage du stratégique détroit d'Ormuz, où transite le cinquième de la production mondiale de pétrole, se sont répercutés immédiatement sur les prix à la pompe, même ici, à des milliers de kilomètres du conflit, à la fin février.

Mais pourquoi l’impact est-il si immédiat, quand l’essence qui remplit votre réservoir peut avoir été achetée des jours, sinon des semaines plus tôt?

L’industrie n’a pas développé un système où on tenterait de suivre chaque litre pour savoir à quel moment ou à quel prix il a été acheté, répond Carol Montreuil.

Pour éviter ce genre de complication, poursuit-il, le système qui est en place dicte que le dernier litre mis sur le marché est au prix du marché au moment où on se parle.

C’est ce qu’on appelle le système lifo : last in, first out, qui permet à son avis d’éviter des calculs complexes d'inventaire pour déterminer les prix, alors que chaque inventaire évolue à une vitesse différente d’un petit à un grand détaillant.

Comment pourrait-on, dans l'industrie, suivre ce prix-là, qui serait variable d'une station-service à l’autre?

L’industrie a éliminé tout ce type de confusion, de complexité, soutient ce dernier, pour adopter un système où les prix changent instantanément, autant à la hausse qu’à la baisse, et reflètent plutôt les coûts actuels de remplacement sur le marché.

On l’a observé aussi, ajoute le vice-président économie à l’Association canadienne des carburants, lorsque la taxe d'accise fédérale sur le carburant a été suspendue en avril pour donner un répit aux Canadiens.

Au même moment, les prix se sont réajustés, rappelle-t-il. Et c’est ce que les consommateurs voulaient voir : que la réduction était transmise immédiatement et non pas après des jours ou des semaines d’inventaires qui s'écoulent avant que la pleine baisse prenne son effet.

Au gré des marchés

Il existe deux types d’acheteurs de pétrole sur les marchés : au comptant et sur papier. L’un achète une marchandise qu’il fait livrer, alors que l’autre procède à une transaction dite virtuelle.

Supposons ainsi qu'un raffineur achète un navire rempli de pétrole, vendu à 100 $ le baril, pour une livraison dans trente jours. Au cours du voyage, le marché se replie à 75 $ le baril. Le raffineur viendrait alors de perdre 25 $ par baril.

Personne n’est prêt à prendre ce risque-là, affirme Carole Montreuil.

C’est pourquoi il achète aussi du pétrole sur papier, un marché où les barils sont vendus à une valeur hypothétique et pour une livraison à une date ultérieure. Mais où il n'y aura jamais d'échange physique du produit.

Il faut le voir comme une assurance ou une protection, précise l’expert. Cette transaction lui permet de protéger ses arrières en cas de chute importante des marchés et d’ainsi limiter ses pertes ou même réaliser un profit.

La partie papier des contrats à terme est presque encore plus importante, en valeur monétaire, que le vrai liquide qui est échangé et qui transige sur le marché comptant, affirme-t-il.

Le marché à terme a un rôle à jouer, mais, malheureusement, parfois, il peut exacerber une situation où tous les gens veulent se protéger en même temps.

C’est là qu'interviennent également les spéculateurs, qui tentent seulement de prédire le marché, d’acheter au bon moment et de revendre à profit. Le problème, c’est qu’ils créent aussi une demande artificielle pour le pétrole, qui fait augmenter les prix encore plus.

Ce à quoi s’ajoute la valeur du dollar américain, la monnaie de référence du pétrole, qui varie et demeure souvent supérieure à celle du dollar canadien. Les prix de l’essence doivent alors être ajustés de notre côté de la frontière pour éviter aux raffineurs d'assumer des pertes de plus sur leurs achats en pétrole.

D’autres facteurs entrent en jeu

Une panoplie de facteurs, de la saisonnalité à la météo, peuvent aussi avoir un impact sur les prix du pétrole, de l’essence ou même les deux. Ils sont souvent liés entre eux par la loi de l’offre et de la demande.

En été, par exemple, la demande en pétrole et en essence est plus élevée, alors que de nombreux automobilistes sont sur la route. Ce rebond concorde avec le passage de l’essence d’hiver à l’essence d’été, un mélange plus adapté aux températures élevées et moins polluant. Pour procéder au changement, les activités des raffineries tournent au ralenti, limitant alors l’offre d’essence au même moment où reprend la demande.

Des bouleversements climatiques, comme des ouragans à l'automne, peuvent aussi perturber la production d’essence en endommageant des installations pétrolières ou des raffineries. Idem pour tout incident qui surviendrait à un autre moment de l’année.

Même la crainte de manquer de pétrole ou d’essence fait grimper leurs prix, alors que les marchés boursiers sont nerveux et très sensibles à tout ce qui compromet l'approvisionnement mondial. La production est déjà à son maximum et les réserves sont de moins en moins grandes.

Un mot sur l’OPEP

Autre joueur important sur l’échiquier mondial : l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui réunit, depuis 1960, les principaux pays producteurs de pétrole. On y compte notamment l’Arabie saoudite, l’Iran et le Venezuela.

Il s’agit d’une organisation mondiale qui régule l’offre de pétrole sur la planète en imposant des quotas de production à ses membres. Ses décisions influencent les cours du pétrole à la bourse, et donc les prix de l’essence, et visent à stabiliser le marché.

Les membres de l’OPEP produisent environ 35 % du pétrole brut mondial et leurs exportations comptent pour 50 % du commerce international. La Russie, le Canada et les États-Unis, d’autres joueurs importants de l’industrie pétrolière, n’en font pas partie.

On arrive à expliquer les prix du pétrole avec les coûts de production. Il faut aller le chercher, le transporter, le transformer, reprend le professeur agrégé au Département d'économique de l’Université Laval, Patrick Gonzalez.

Mais quand, pour une raison ou une autre, l’offre de pétrole se bute à la guerre, par exemple, le prix peut monter très rapidement, et là, ça n’a plus rapport avec les coûts de production. D’autant plus qu’une majorité des réserves mondiales de pétrole brut est située dans des régions qui ont connu leur lot d'instabilité politique, que ce soit le Moyen-Orient ou encore le Venezuela.

Les grosses fluctuations de prix sont causées par une offre artificiellement limitée à cause d'une guerre. Ou, pour l'essence au détail, une offre réduite par une raffinerie affectée par un incident ou un ouragan dans le Sud-Ouest américain.

Tensions géopolitiques, bouleversements économiques, approvisionnement perturbé : au fil des ans, de nombreux événements ont influencé les cours du pétrole. Voyez-le, par exemple, sur le prix d'un baril de Brent, la référence mondiale pour le pétrole brut à la Bourse de New York.

Aux dires des experts, les prix de l'essence et du pétrole étaient sur une bonne trajectoire jusqu’à tout récemment. On a vu des baisses du prix de l’essence ces dernières années, qui ont concordé avec une chute du prix du baril de pétrole, rappelle Simon Bourassa, du CAA Québec.

L’offre et la demande ont fait en sorte que, pendant la pandémie de COVID-19, par exemple, on a payé des prix dérisoires à certains égards pour l’essence.

Même son de cloche pour Carol Montreuil de l’Association canadienne des carburants, pour qui la tendance des prix était plutôt bonne pour les consommateurs avant les deux conflits récents. Mais on voit à quel point la géopolitique rend la boule de cristal beaucoup plus embrouillée et qu’il est difficile de faire des prédictions, convient-il.

La guerre en Iran est, d’après lui, l’un des conflits les plus importants traversés par l’industrie pétrolière. Ce qu’on a vécu est vraiment historique, estime-t-il. On n’a jamais eu quelque chose d’aussi important, même dans les années 1970 avec les chocs pétroliers.

On va parler de cet incident comme un choc majeur. On en aura pour quelques années à s’en remettre réellement.

Si les prix du pétrole se répercutent immédiatement à la hausse sur les prix de l’essence à la pompe, ces derniers réagissent généralement plus lentement à leur diminution. Ils baissent, mais pas autant. Cette asymétrie dans la réaction des prix de détail est largement documentée.

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