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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes Jeux olympiques de Montréal ont été longuement disséqués depuis le début de l’été dans le cadre de leur 50e anniversaire; des performances mémorables aux onéreux dépassements de coût, en passant par son héritage culturel, tout a été placé sous la loupe. Pendant ce temps, le cinquantenaire d’un autre grand événement sportif canadien passe sous le silence, même s’il fut une réussite sur toute la ligne... ou presque.
Ce n’est que depuis 1988 que les drapeaux du Comité international paralympique et du Comité international olympique volent à la même hauteur. Auparavant, les villes hôtesses n’étaient pas tenues d’organiser les deux événements.
En 1976, c’est donc Toronto, et non Montréal, qui hérite des Jeux paralympiques, sous l’impulsion d’un médecin de la région, le Dr Robert Jackson.
Celui-ci souhaite suivre les traces d’un autre médecin, le Britannique Ludwig Guttman, qui prônait la réhabilitation des vétérans de guerre à travers le sport. Il est à l’origine des Jeux de Stoke Mandeville, en Angleterre, en 1948, qui pavera la voie à la création des Jeux paralympiques.
L’édition torontoise de 1976 connaît un vif succès sur le plan sportif : plus de 1720 athlètes provenant de 41 pays y participent. Le Canada cumule un impressionnant total de 77 médailles, dont 25 en or, pour aboutir au 6e rang. Arnold Boldt marque les esprits avec deux triomphes en or, au saut en hauteur et au saut en longueur.
Pour l'athlète de la Saskatchewan, c'est le début d'une longue carrière qui se terminera seulement en 2012.

Arnold Boldt a remporté sept médailles d'or aux Jeux paralympiques au saut en hauteur et au saut en longueur au cours de sa prolifique carrière.
Photo : Archives
Lors de la cérémonie d'ouverture, pas moins de 20 000 spectateurs sont entassés à l'Hippodrome de Woodbine, en banlieue de Toronto, pour accueillir les athlètes. Et ils assistent sans le savoir à un jalon important de l'histoire paralympique.
C’est en quelque sorte durant les Jeux de Toronto qu’on assiste à la véritable naissance des Jeux paralympiques, estime le chercheur et professeur à l'Université Mount Royal David Legg.
À l'origine, les Jeux paralympiques étaient spécifiquement axés sur les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière. Ce sont les Jeux de 1976, sous la direction du Dr Robert Jackson, qui les ont ouverts à l'ensemble des handicaps, créant ainsi un changement significatif au sein du mouvement paralympique. Je pense que c'est un héritage très important que Toronto a apporté.
Cela a conduit à l'idée d'un élargissement à d'autres types de déficience, ce qui a finalement mené, en 1989, à la création du Comité international paralympique (CIP). Cela a contraint les organisations de sport pour personnes handicapées à collaborer plus étroitement qu'auparavant.
Mais l'événement a bien failli être annulé après un désistement à la dernière minute du gouvernement fédéral, principal bailleur de fonds.
La présence de l'Afrique du Sud change tout
En 1976, l’Afrique du Sud est toujours sous le coup d’une sanction du Comité olympique international, en opposition à sa politique de ségrégation raciale. Le boycottage contre l’apartheid prend une telle ampleur que des nations se retirent des Jeux de Montréal pour protester contre la présence des Néo-Zélandais, dont l'équipe de rugby s'était rendue en Afrique du Sud.

Une compétition de tirs à l'arc, au Centennial Park d'Etobicoke, à Toronto.
Photo : Courtoisie / Toronto Archives
Le fondateur Ludwig Guttman estimait qu'inclure les gens et mettre en avant la diversité et les sociétés multiraciales était une meilleure approche que de les exclure, explique David Legg. Je ne pense donc pas qu'autoriser l'Afrique du Sud à participer revenait à ignorer l'apartheid; sa philosophie était que l'inclusion serait en réalité plus efficace qu'un boycottage.
L’équipe paralympique sud-africaine a été l’une des premières à briser la barrière raciale de l’apartheid, avant les exemples des Springboks au rugby et au soccer, indique la chercheuse à l’Université de Pennsylvanie Michelle Sikes, spécialiste du sport africain.
En 1975, ils ont envoyé pour la première fois une équipe multiraciale aux Jeux internationaux de Stoke Mandeville (en Angleterre), ce qui était historique car c'était la première fois que des Sud-Africains noirs et blancs concouraient ensemble en représentant l'État de l'apartheid. Les Jeux paralympiques de Toronto en 1976 ont été la deuxième fois que cela s'est produit.
C'était significatif, bien qu'il faille toujours garder à l'esprit que cela n'est remarquable qu'en raison de l'horreur du système d'apartheid. Ils ont présenté cela comme un pas en avant pour rejoindre le reste du monde avec une équipe représentative, mais ils ne l'ont fait qu'en réponse aux sanctions, après avoir été bannis ailleurs, nuance la professeure.
L’Olympien Bruce Kidd, qui a représenté le Canada aux Jeux olympiques de 1964, a mené le combat contre l’apartheid sur le front sportif, en encourageant des campagnes de boycottage. Aujourd’hui professeur émérite à l’Université de Toronto, il voit la participation sud-africaine comme une tache au dossier des Jeux paralympiques de 1976.
Les Jeux de Toronto ont été un immense succès sur plusieurs plans, pour l’avancement du mouvement parasport au Canada, notamment, convient-il.
Mais le comité organisateur avait été averti par le gouvernement à l’époque de ce qui se tramait en Afrique du Sud. Une année auparavant, les mondiaux d’athlétisme séniors se sont tenus à Etobicoke, au même endroit, et le gouvernement avait indiqué que le financement serait conditionnel à une non-participation de l’Afrique du Sud. C’était bien connu.
Le terme multiracial était une ruse, une tactique déployée pour présenter une inclusion de façade par l’Afrique du Sud, insiste Bruce Kidd.
Alors que l'apartheid le plus strict se poursuivait, on composait ces équipes en les qualifiant de ‘‘multinationales’’. On y rassemblait des Blancs, des Noirs au sein d'une seule et même équipe, tout en maintenant les distinctions opérées par l'apartheid entre les personnes de races différentes, afin de contourner le boycottage croissant, plaide-t-il.
Ces équipes ‘‘multiraciales’’ ou ‘‘multinationales’’ faisaient l'objet d'une ferme opposition de la part des organismes sportifs noirs. Les instances internationales, comme le Canada, ont vite décelé le subterfuge et ont maintenu leur opposition.
La décision est critiquée néanmoins par de nombreux pays, qui vont boycotter l’événement torontois. Pressé par le retrait de la Jamaïque, du Kenya, de la Pologne et de plusieurs autres pays, le gouvernement canadien retire son financement d’un demi-million de dollars.
Cette décision, prise par le ministre Marc Lalonde, a toutefois déclenché une vague de sympathie envers les athlètes handicapés, qui étaient à risque de voir leur compétition annulée à la dernière minute.

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La cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques de Toronto, le 3 août 1976
Photo : Crédit / Comité paralympique canadien
Contre toute attente, l'élan de solidarité a généré des ventes de billets et des dons privés astronomiques, rassemblant plus de 20 000 personnes pour la cérémonie d'ouverture et comblant intégralement le déficit anticipé. Ce triomphe citoyen face à l'adversité politique demeure l'un des héritages les plus vibrants des Jeux de 1976, note David Legg, dans son article The Legacy of the 1976 Torontolympiad for the Physically Disabled.
Après le succès de l’événement, le gouvernement fédéral accepte de redistribuer l’enveloppe initiale de 500 000 $ pour mettre en place différentes organisations de parasport à travers le pays. Le Canada est par la suite devenu une puissance de la scène paralympique.
On peut penser à des athlètes comme Chantal Petitclerc, Terry Fox, Rick Hansen, Arnold Boldt et Eugene Reimer – qui ont participé en 1976 et ont laissé un héritage pour les performances futures des athlètes paralympiques. Si 1976 n'avait pas eu lieu et que le Canada n'avait pas été aussi performant, on n’aurait peut-être pas assisté à une telle éclosion, avance David Legg, qui a aussi été président du Comité paralympique canadien de 2012 à 2013.
Mon premier emploi était à l'Association des sports en fauteuil roulant de l'Ontario, et notre présidente était Barb Montemurro, ajoute-t-il.
Elle était bénévole aux Jeux de 1976, puis a continué de jouer un rôle de leader dans le sport pour personnes handicapées pendant des décennies. C'est un autre héritage de l'accueil de ces Jeux : les personnes qui s'y sont investies et qui sont devenues des figures de proue du mouvement pendant les décennies qui ont suivi. Elle a eu une influence majeure sur ma propre carrière, au point où l'on pourrait dire que je suis moi-même un peu un héritage de ces Jeux de 1976, étant donné que j'enseigne encore aujourd'hui l'activité physique adaptée, conclut-il.


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