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De Clément Gignac à Olivier Primeau, un appel à l’aide pour les PME

12 hours ago 7

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Face aux menaces de Donald Trump et dans un contexte de vieillissement de la population au Québec, les PME, qui représentent 99,7 % des entreprises et qui sont les plus grands employeurs du secteur privé au Canada, doivent trouver de nouveaux marchés et accroître considérablement leur productivité. Leur essor est toutefois freiné, selon deux rapports publiés au cours de la dernière semaine.

On a du talent exceptionnel au Québec, mais ça nous prend de l’aide pour les PME, a déclaré l’entrepreneur Olivier Primeau, mercredi soir, à Zone économie, après avoir rendu public un rapport d’une vingtaine de pages sur la tournée des PME qu’il a menée durant la campagne électorale à la demande de la Coalition avenir Québec (CAQ) que dirigeait Christine Fréchette.

M. Primeau, qui affirme que son rapport n’a pas été réalisé que pour la CAQ, espère que le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, s’y intéressera. Il y fait six recommandations.

Les six recommandations d'Olivier Primeau :

  • Mieux adapter l’immigration aux besoins des régions;
  • Réduire la bureaucratie;
  • Simplifier l’accès à l’aide financière pour les PME;
  • Favoriser l’achat local en s’intéressant à la qualité, à l’innovation et aux retombées économiques, et non seulement au prix;
  • Faciliter le repreneuriat, c'est-à-dire la reprise d’entreprises;
  • Accélérer l’automatisation et l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Il trouvera certainement chez Paul St-Pierre Plamondon une oreille attentive à sa proposition de réduire la bureaucratie, puisque le Parti québécois s’est engagé, durant la campagne électorale, à réduire de 2,5 % la masse salariale dans la fonction publique, pour générer des économies de 6,3 milliards de dollars sur 5 ans.

Olivier Primeau dit avoir entendu, durant sa tournée, des histoires cauchemardesques de bureaucratie un peu partout au Québec. Il affirme que les entrepreneurs passent, en moyenne, plus de 30 heures par mois juste à remplir de la paperasse administrative. On n’est pas là pour dire que les lois ne devraient pas exister. Mais, on devrait avoir un peu plus de laisser-aller pour pouvoir faire vivre l’économie du Québec. [...] Ça prend un peu d’air pour les entrepreneurs.

Olivier Primeau a parcouru près de 5000 kilomètres durant la campagne et a rencontré les dirigeants et les employés d’environ 70 PME.

Un accès difficile au capital et au crédit

Par ailleurs, au cours de la dernière année, à Ottawa, le Comité sénatorial permanent des banques, du commerce et de l’économie a mené une étude détaillée de l’état de l’accès au financement des PME au pays. Dirigé par les sénateurs Clément Gignac et Toni Varone, le comité a tenu une quinzaine de réunions où il a entendu 35 témoins, soit des représentants de PME, du secteur du crédit et des marchés des capitaux.

Le constat est semblable à celui d’Olivier Primeau : il faut mieux aider les PME. Leur accès aux capitaux et au crédit est difficile et la concentration du secteur financier entre les mains de quelques grandes entreprises les empêche de trouver le financement nécessaire à leur croissance.

Le système financier canadien, qui a été bâti pour être stable et solide, a tendance à privilégier les opérations de grande envergure, moins risquées et adossées à des actifs, est-il écrit dans le rapport déposé par le comité sénatorial, le 14 octobre.

De ce fait, de nombreuses possibilités économiques prometteuses en matière d’expansion, d’innovation et de relève pour les PME restent inaccessibles en raison d’obstacles structurels au sein du secteur financier canadien.

Il est temps, selon Clément Gignac et Toni Varone, de revoir l’accès au financement pour les PME, alors qu’on a vu, à plusieurs reprises dans le passé, de jeunes entreprises innovantes être rachetées par des groupes étrangers, laissant ainsi aller une propriété intellectuelle de valeur et des investissements en recherche et en développement.

Le comité déplore que les principaux investisseurs institutionnels (conglomérats financiers, assureurs, fonds de retraite) et les grands fonds d’investissement du Canada semblent peu enclins à financer la croissance des PME canadiennes.

Un bureau des PME?

Ce sont des faiblesses structurelles qu’il faut réparer, selon les sénateurs, qui font quelques propositions.

Certaines des propositions des sénateurs Gignac et Varone :

  • Créer un « bureau des PME » avec son ministre attitré;
  • Réformer la politique fiscale des PME en déployant des avantages fiscaux qui pourraient les encourager à investir et à prospérer au Canada;
  • Faire en sorte que la propriété intellectuelle des innovations créées au Canada demeure au pays, surtout quand le gouvernement subventionne ces entreprises;
  • Changer les règlements pour faciliter l’accès aux capitaux et au crédit pour les PME en poussant les banques à prêter davantage aux PME;
  • Faciliter l’accès aux marchés publics fédéraux;
  • Encourager l’entrepreneuriat.

Le comité propose notamment de remédier à la concentration dans le secteur de l’intermédiation financière en réduisant la dépendance vis-à-vis d’un petit nombre de grandes institutions, et en soutenant la diversification des canaux de financement des PME, notamment les petits intermédiaires, les sociétés d’investissement privées de plus petite taille et d’autres plateformes alternatives.

Le comité relève qu’à peine 11,6 % de la valeur des prêts bancaires allaient aux PME en 2021, contre 44 % en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Le taux d’intérêt moyen imposé aux PME était de 6,2 % au pays, contre un taux médian de 4,4 % dans les pays de l’OCDE.

Résultat : les PME n’arrivent pas à améliorer leur productivité. Pour chaque dollar généré par heure travaillée aux États-Unis, le Canada ne génère que 73 cents. Et l’écart ne cesse de grandir. Les investissements des entreprises au Canada sont passés de 14 % du PIB en 2014 à 11 % en 2024.

Une large politique du PQ?

L’une des solutions pour redonner du dynamisme aux PME, c’est d’aider au transfert d’entreprises afin de favoriser le maintien des sociétés au Canada. Clément Gignac et le comité sénatorial sont d’avis qu’il faut miser sur les fiducies collectives d’employés ainsi que sur l’exonération à vie sur les gains en capital pour les propriétaires qui vendent leur entreprise à des acheteurs canadiens.

Près de 75 % des propriétaires de PME prévoient prendre leur retraite au cours de la prochaine décennie, est-il souligné dans le rapport. Il est urgent d’agir pour éviter de voir ces entreprises mettre la clé sous la porte ou être rachetées par des intérêts étrangers.

Au Québec, le Parti québécois prévoit baisser le taux d’imposition des sociétés de 11,5 à 9,5 %. Si une telle proposition est bien reçue généralement dans les milieux d’affaires, une politique plus structurée et plus large sera nécessaire pour maintenir le tissu entrepreneurial du Québec, stimuler la création de nouvelles PME et favoriser le repreneuriat.

C’est d’autant plus nécessaire pour le nouveau gouvernement du Parti québécois d’agir rapidement en cette matière, à un moment où la guerre commerciale malmène l’économie québécoise. La croissance est pratiquement à zéro, les pertes d’emplois s’accumulent et le taux de chômage augmente. Le temps presse, écrivaient les sénateurs.

Avec la participation de Gabrielle Cimon, de Juliette de Lamberterie et de Yanick Lepage

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