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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe retour au bureau des employés de l’État trois jours par semaine a pris au dépourvu des employeurs de la fonction publique qui, faute d’espace suffisant pour accueillir tout leur personnel en même temps, se retrouvent à jongler avec les horaires en présentiel et en télétravail.
Le gouvernement du Québec procède depuis quelques années à un réaménagement des espaces de travail des fonctionnaires afin de tenir compte, notamment, du développement du télétravail, que la pandémie a considérablement accéléré.
En plus de permettre à la Société québécoise des infrastructures (SQI) de réduire le nombre d’espaces qu’elle occupe en location au profit de bâtiments lui appartenant, ce réaménagement entraîne progressivement la disparition des postes de travail individuels, qui sont remplacés par des bureaux non assignés.
Nouvelles modalités
Tant et aussi longtemps que la majorité des fonctionnaires n’avaient pas à se rendre au travail plus de deux fois par semaine, la disponibilité des espaces ne posait pas de problème. De façon générale, chaque employé pouvait aménager son horaire hybride comme bon lui semblait.
La décision de la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, d’obliger, depuis le 26 janvier dernier, les employés de l’État à effectuer un minimum de trois jours de travail par semaine en présentiel est cependant venue changer la donne.

La présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, a imposé aux fonctionnaires une présence minimale de trois jours au bureau par semaine. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
À court d’espace pour accueillir cet afflux de travailleurs en présentiel, des gestionnaires doivent faire des pieds et des mains pour s’assurer que le retour au bureau ne prenne pas des allures de jeu de chaise musicale.
Des ministères et des organismes publics n’étaient visiblement pas préparés à ce scénario. C’est le cas du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD), qui n’est pas encore outillé pour gérer efficacement l’attribution des espaces de travail, qui sont en nombre inférieur à celui de ses employés.
Le Ministère ne dispose pas d’une solution lui permettant de faire la gestion de ses espaces de bureaux, peut-on lire dans un appel d’offres que le MTMD a lancé lundi dans le but d’acquérir une solution infonuagique visant à faciliter l’attribution des postes de travail.
2150 espaces de bureaux
L’outil recherché devra notamment permettre aux employés d’identifier les espaces de bureaux disponibles par site et d’en réserver un pour une journée complète ou partielle.
Jusqu’à 24 sites (environ 50 étages) pourraient être visés par l’outil de réservation, mais les sites jugés critiques seront priorisés. Cependant, la standardisation de tous les plans sera réalisée au cours de la première année. Au total, les 2650 utilisateurs de la plateforme pourront réserver 2150 espaces de bureaux, indique le MTMD dans son appel d’offres.

La solution infonuagique que souhaite acquérir le MTMD sera déployée dans l’ensemble de ses centres de services au Québec. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin
En attendant l’acquisition et le déploiement d’une solution infonuagique adaptée à la réalité des trois jours en présentiel, le ministère assure la gestion des espaces de travail à l’aide de mécanismes transitoires, conformément aux directives gouvernementales en vigueur.
La coordination de la présence des employés repose donc, dans l’intervalle, sur l’implication des gestionnaires, tant au niveau des équipes que des sites, afin d’assurer une utilisation efficace des espaces disponibles, explique dans un courriel à Radio-Canada Émilie Lord, relationniste et porte-parole à la Direction générale des communications du MTMD.
Solution temporaire
Elle ajoute que des fonctionnalités déjà disponibles dans le calendrier Microsoft Outlook sont utilisées pour faciliter la réservation d’espaces de travail, notamment par étages, dans certains immeubles présentant un taux d’occupation plus élevé.
Cet usage est temporaire et vise à soutenir la gestion des présences dans l’attente d’une solution plus complète, précise Mme Lord.

Les postes de travail non assignés s’imposent de plus en plus dans les locaux occupés par les fonctionnaires de l’État québécois.
Photo : Radio-Canada / Bruno Giguère
Pour les deux principaux syndicats de fonctionnaires de l’État québécois, l’appel d’offres lancé par le MTMD illustre que le gouvernement est allé trop vite avec l’implantation de sa nouvelle politique-cadre en matière de télétravail.
Ça a été une improvisation, puis ça a été une précipitation de mettre en place cette politique-cadre-là, alors que les ministères et organismes n'avaient pas ou peu été consultés sur la faisabilité de la chose. Alors, pour nous, c'était évident qu'il allait y avoir des situations comme celle-là qui se produiraient, dénonce en entrevue à Radio-Canada le président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), Christian Daigle.
Free-for-all
Selon lui, le problème logistique posé par les trois jours en présentiel imposés aux fonctionnaires n’est pas unique au MTMD. M. Daigle affirme que plusieurs ministères et organismes publics ne permettent plus à leurs employés de choisir les journées où ils se rendent physiquement au travail.
On a plusieurs endroits où les gestionnaires doivent établir un horaire de présence au bureau et les gens doivent s'y conformer, se voir imposer certaines journées s'il y a plusieurs personnes qui ont choisi la même journée [pour venir au bureau] donc, oui, il y a des situations problématiques, rapporte le patron du SFPQ.
On aurait dû prendre le temps de s'asseoir, de discuter ensemble [...] avec les ministères [...], ce qui n'a pas été fait. Et là, on connaît le résultat aujourd'hui. C'est un free-for-all dans les différents ministères et organismes.

Christian Daigle soutient que les coûts liés à l’acquisition d’outils informatiques permettant de réserver des postes de travail viennent annuler les économies que Québec a réalisées en diminuant la superficie des espaces de bureaux occupés par ses fonctionnaires.
Photo : Radio-Canada
De son côté, le président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Guillaume Bouvrette, soutient qu’en imposant les mêmes modalités de retour au bureau à l’ensemble des ministères et organismes publics sans tenir compte des réalités et des tâches propres à chaque milieu, le gouvernement élimine en quelque sorte les avantages qu’il y a à travailler en présentiel, que ce soit le développement d’un sentiment d’appartenance ou encore le transfert d’expertise.
Travailler à distance... au bureau
Ce qu'on constate, c'est que là, on demande à des gens de se déplacer dans des bureaux où leurs collègues, parfois, ne sont même pas. Ce qu'ils vont faire, c'est de la téléprésence : ils s'en vont au bureau pour travailler, finalement, à distance, sur leur ordinateur, en visioconférence, comme ils l'auraient fait à partir de la maison, mais en ayant perdu du temps et de l’argent dans le déplacement, fait valoir M. Bouvrette en entrevue à Radio-Canada.
On doit avoir une valeur ajoutée à se déplacer sur les lieux de travail, c'est documenté. On perd tout ça dans le chaos qui est proposé, ajoute-t-il.

Guillaume Bouvrette soutient qu’aucune donnée probante ne justifie la décision du gouvernement d’obliger les fonctionnaires à se rendre au bureau au moins trois jours par semaine. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin
Le chef syndical estime que le retour au bureau des fonctionnaires trois jours par semaine ne tient pas compte des efforts déployés depuis plusieurs années par la SQI afin de réduire les superficies occupées et dégager, du même coup, d’importantes économies de loyers.
En modifiant l'approche et en modifiant la politique-cadre et le nombre de jours accrus en présentiel, on vient défaire toute la planification qui a été faite par la Société québécoise des infrastructures et ça aura des coûts supplémentaires pour la société, pour l'État québécois, c'est certain, prévient Guillaume Bouvrette.
Le président du SPGQ espère que le gouvernement Legault allégera les modalités de la présence au travail en fonction de l’espace disponible, comme il l’a fait récemment avec les fonctionnaires touchés par les travaux majeurs en cours à l’édifice Atrium, à Québec.


2 months ago
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