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La construction d’un nouveau pipeline vers la Colombie-Britannique prévue pour 2027

3 weeks ago 13

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Mark Carney et Danielle Smith ont scellé leur vision commune vendredi à Calgary. La construction d'un nouveau pipeline vers la côte Ouest pourrait débuter en septembre 2027. Cette échéance est cependant conditionnelle à la réalisation du projet de capture de carbone.

Or, à ce jour, aucune entente trilatérale n’a encore été conclue avec l’Alliance des sables bitumineux qui doit porter le projet.

En signant cette entente, Ottawa et l’Alberta se sont engagés, croit Yvan Cliche, fellow et spécialiste en énergie au CÉRIUM. Selon lui, les deux gouvernements ont ainsi donné une position de force à l’Alliance pour négocier des incitatifs financiers nécessaires à la construction du projet de capture de carbone.

Ce sont des projets très coûteux, dont l'efficacité n’a pas encore été prouvée, souligne-t-il.

L’échéancier prévoit une mise en service du pipeline vers 2033. Quant au volet environnemental, la première phase de capture, visant 6 millions de tonnes métriques par an, est attendue pour 2035.

La capture de carbone doit grimper graduellement vers une cible de 16 millions de tonnes annuellement.

Calendrier estimé :

  • 1er juillet 2026 : L’Alberta dépose le plan directeur au Bureau des grands projets.

  • 1er octobre 2026 : Désignation du projet comme étant « d'intérêt national » par le fédéral.

  • 1er septembre 2027 : Première pelletée de terre officielle.

L'intérêt du secteur privé encore inconnu

Le gouvernement de l’Alberta agira à titre de promoteur du nouveau pipeline pour lancer le projet.

Cette situation suscite l'étonnement : Il est rare qu’un État assume ce rôle, observe Yvan Cliche. Selon l'expert, cette décision permet d'envoyer un signal clair à l'industrie, alors que les acteurs du secteur évaluent actuellement la solidité du plancher avant de s'engager.

De son côté, le président du Business Council de l’Alberta, Adam Legge, s'explique cela par le fait que le projet est soumis de manière très accélérée.

Le but est de mettre le projet dans la pile de projet et de le faire examiner pendant que l'industrie évalue encore les coûts et le financement.

Sans être dans le secret des dieux, Adam Legge croit que cet échéancier amènera de la certitude pour des promoteurs privés.

Cela se fait sur une base beaucoup plus accélérée que tout ce que nous avons vu jusqu'à présent.

Sur le plan géopolitique, Yvan Cliche convient que dans un contexte mondial marqué par l'instabilité de zones stratégiques comme le détroit d'Ormuz, le Canada se positionne désormais comme une alternative intéressante et un partenaire énergétique fiable.

Pour l'heure, aucun détail n'a été donné quant à l’intérêt du secteur privé pour la prise en charge de l'infrastructure. Mais il est clair, au vu des efforts investis et de la précision des échéanciers, que c'est ce à quoi tout le monde s'attend, dit Mark Carney.

Carte du Canada qui montre les principaux pipelines de pétrole au Canada, soit le Trans Mountain entre l'Alberta et la Colombie-Britannique, le Mainline d'Enbridge, qui part de l'Alberta, passe aux États-Unis et remonte en Ontario, et le Keystone, entre l'Alberta et le Manitoba, avant de se diriger vers les États-Unis.

Les principaux oléoducs au Canada.

Photo : Radio-Canada

Le tracé privilégié par Danielle Smith passerait par le nord de la Colombie-Britannique, pour un accès plus facile vers les marchés asiatiques.

En novembre dernier, le premier ministre s'était montré catégorique : contrairement au précédent Trans Mountain, ce projet devra être entièrement financé et construit par l'entreprise privée. S'il n'y a pas d'acteur du privé, il n'y aura pas de pipeline, avait-il dit après la signature de l'entente de principe.

De plus, l’accord de la Colombie-Britannique et des Premières Nations est essentiel à l’aboutissement du tracé d’un nouvel oléoduc.

Je rencontre le premier ministre [David Eby] à Vancouver la semaine prochaine, annonce Mark Carney. Nous aborderons une série de questions directement dans l'intérêt de la Colombie-Britannique.

Mark Carney en conférence de presse.

Mark Carney était de passage à Calgary vendredi pour annoncer l'accord. Il affirme s'être entretenu jeudi avec le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, pour lui présenter le projet de pipeline. Mark Carney lui rendra visite la semaine prochaine à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Zazak Bouarab

Capitulation climatique

À Ottawa, la grogne se fait déjà sentir. Patrick Bonin, du Bloc Québécois, a vivement réagi : C’est la capitulation climatique dont nous sommes témoins depuis un an qui culmine aujourd'hui. Le gouvernement déroule littéralement le tapis rouge aux pétrolières.

C’est presque surréaliste de voir le gouvernement Carney en accomplir plus en un an que les conservateurs pro-pétrole , a-t-il ajouté, estimant que l’Alberta bénéficie d’un passe-droit .

Nous avons maintenant un gouvernement fédéral qui ne fait même plus semblant de freiner les grandes entreprises polluantes , soutient de son côté le chef du NPD, Avi Lewis.

Pour Stephen Legault, de l'organisation Environmental Defence Canada, cette annonce est la pièce maîtresse du démantèlement climatique du Canada . Il exprime une déception énorme de voir tant de reculs de la part d’un homme qui comprend si bien les liens entre l’économie et l’environnement, surtout en tant qu’ex-envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l'action climatique mondiale .

De son côté, Ottawa maintient que l’accord vise à créer un marché du carbone crédible, capable d'offrir la stabilité nécessaire aux investissements industriels.

Réaction mitigée de l’industrie

Sur le front de la tarification carbone, comme cela a été annoncé cette semaine, le Canada et l'Alberta ont convenu de créer des marchés garantissant un prix réel du carbone de 130 $ la tonne d'ici 2040.

Cette augmentation sera progressive, débutant à 100 $ la tonne l'an prochain.

La majorité de l'industrie est déçue que le prix industriel du carbone soit toujours maintenu, croit Adam Legge du Business Council de l'Alberta.

Mais dans l'ensemble, nous saluons le travail de la première ministre Smith et du premier ministre Carney.

Le nouveau plan de taxe carbone industrielle améliore les versions précédentes, annonce l'Association canadienne des producteurs pétroliers. Elle nuance toutefois : si notre objectif est d'accroître les exportations d'énergie canadienne, nous ne devrions pas alourdir les coûts de production de notre pétrole et de notre gaz, alors qu'aucun pays concurrent direct ne le fait.

Un marché du carbone inefficace

Ross Linden-Fraser, de l’Institut climatique du Canada soutient que le système de tarification du carbone en Alberta, est la politique la plus importante pour réduire les émissions.

Selon les recherches de l’Institut climatique, un prix du carbone à 130 $ la tonne représente environ 50 cents par baril pour les producteurs.

De son côté, Mark Carney justifie le changement de cap de son gouvernement en expliquant que l'accord vise à créer un marché du carbone prévisible, capable d'offrir la stabilité nécessaire aux investissements industriels.

Lors de la signature du protocole d'accord en novembre, un surplus de crédits avait fait chuter les prix jusqu'à 20 $ la tonne, soit 75 $ de moins que le prix affiché, soutient Mark Carney.

Le premier ministre a raison, dit Ross-Linen-Fraser. Il explique que le marché du carbone dans sa forme actuelle est inefficace.

Il y a un surplus de crédits de carbone sur le marché. C’est une simple question d’offre et de demande : l’excès d’offre a fait chuter les prix.

C'est possible que l'accord d'aujourd'hui aide à donner un peu de certitude. Mais les changements qui ont été proposés aujourd'hui ne vont pas aider [à résorber] l’excédent [de crédits] dans le système.

L'Alberta s'est engagée à réduire les émissions de méthane de 75 % au cours de la prochaine décennie.

En contrepartie, Ottawa a confirmé qu’aucun plafond strict d’émissions ne sera imposé au secteur pétrolier et gazier, ce qui privilégie la capture technologique par rapport à la contrainte législative.

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