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La violence verbale à l’école : préoccupante, selon une vaste étude québécoise

5 hours ago 3

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Une première étude d’envergure réalisée dans les écoles québécoises après la pandémie révèle que les insultes et le manque de respect sont les formes de violence les plus répandues entre les élèves.

Environ le tiers des élèves du primaire et le quart des élèves du secondaire affirment se faire insulter souvent ou très souvent à l’école, selon les résultats préliminaires d’une étude réalisée dans 440 écoles représentant environ 100 000 élèves partout au Québec, que Radio-Canada a pu consulter.

La place qu'occupe l'agression verbale est plus grande que l'agression physique. C'est le problème numéro 1, constate le professeur François Bowen, qui a coréalisé l'étude avec Éric Morissette et Caroline Levasseur, tous de l'Université de Montréal.

Ça se retrouve dans les réseaux sociaux, dans la classe, dans les corridors, dans la cour d'école et c'est le symptôme en partie d'un manque d'habiletés socio-émotionnelles, ajoute-t-il.

François Bowen est professeur au Département de psychopédagogie et d'andragogie de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (UdeM).

François Bowen est professeur au Département de psychopédagogie et d'andragogie de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (UdeM).

Photo : Université de Montréal (UdeM)

Il est toutefois impossible pour le moment de dire si le phénomène est en hausse ou en baisse au Québec, affirment les chercheurs.

Selon les données recueillies, les élèves se disent autant préoccupés que les adultes par la violence verbale. Ce constat contraste toutefois avec leurs réactions à l’école, puisque les jeunes sont plutôt portés à banaliser les insultes qu’ils peuvent se lancer entre eux, souligne Éric Morissette.

Quand on les met devant un questionnaire, on voit que ça les dérange. Mais quand un adulte intervient, ils vont dire : « C'est pas grave, c'est mon ami, alors je peux le traiter comme ça, relate le professeur.

Violence physique : plus présente au primaire

Toujours selon cette étude, 7 % des élèves du secondaire affirment subir des coups souvent ou très souvent, une proportion qui s’élève à 13 % pour les élèves du primaire.

Sans minimiser les impacts qu'une agression physique peut avoir sur un élève, les deux spécialistes soulignent qu'il est dans l'ordre des choses que cette proportion soit plus élevée chez les plus jeunes, dont le développement n'est pas terminé.

Les enfants ont besoin de développer leur mécanisme d'auto-régulation. Plus les enfants sont jeunes, moins ces mécanismes-là sont acquis, donc plus il y a d’incidents physiques, explique François Bowen.

Le même raisonnement peut aussi s’appliquer à la violence verbale, qui comprend aussi le manque de respect envers les adultes, ajoute Éric Morissette, qui estime que les interventions faites au primaire portent leurs fruits.

Le rôle « social » de l'école

Les chercheurs, qui mènent différents projets dans plusieurs écoles de la province, font le pari qu’en intervenant en amont pour réduire les écarts de langage, on en arrive à prévenir l’intimidation et l’escalade de la violence dans les écoles.

La mission de l'école, c'est instruire, socialiser et qualifier. L'oral sert à socialiser. C'est aussi le langage qu'on utilise pour résoudre des problèmes, explique Eric Morissette.

Selon lui, une communication positive encourageant les élèves à utiliser les bons mots, à parler au je par exemple, permet d'éviter que des insultes, des écarts de langage et un manque de respect finissent par se traduire en menaces, en harcèlement ou en violence physique, par exemple.

C'est documenté : plus le langage est insatisfaisant, plus le climat social est tendu dans une école, ajoute le professeur.

Éric Morissette, professeur à Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (UdeM).

Éric Morissette, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (UdeM).

Photo : Radio-Canada / Mathieu Bolduc

La violence à l’école en hausse?

Alors que d’autres indicateurs font état d’une augmentation de la violence en milieu scolaire, cette étude ne permet pas d’en arriver à cette conclusion, du moins pour l’instant. Ses résultats demeurent préliminaires et difficilement comparables avec les enquêtes précédentes réalisées avant la pandémie, expliquent les chercheurs.

Sans vouloir minimiser les signaux d’alarme lancés dernièrement par des syndicats et d’autres acteurs qui constatent une hausse de la violence dans les écoles québécoises, François Bowen tient toutefois à nuancer ce portrait.

Il y a sans doute dans certains milieux des manifestations de cette augmentation-là. Mais quelle est l’ampleur exacte? Nous, on pense que ça fluctue, on pense que c’est lié beaucoup à l’organisation interne de l’école. Ça dépend des ressources de l’école, ça dépend de plein de choses, affirme-t-il.

Davantage de réponses sont attendues au cours de la prochaine année, puisque cette équipe de chercheurs vient de signer un contrat avec le ministère de l'Éducation afin de procéder à une vaste enquête sur la violence scolaire dans environ 1000 écoles aux quatre coins de la province.

Cet exercice devrait permettre de faire des comparaisons avec les résultats obtenus avant la pandémie par une équipe de chercheurs de l’Université Laval qui avait réalisé une vaste enquête sur le sujet, entre 2013 et 2017. Davantage d’informations sur la violence subie par le personnel scolaire seront aussi recueillies.

En parallèle, Québec a aussi mandaté l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour « dresser un portrait complet » de la violence à l’école. L'enquête de l'ISQ et celle de l'Université de Montréal seront complémentaires, indique le MEQ.

Les résultats de ces deux enquêtes seront dévoilés en 2027.

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