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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« Il n’y a personne qui en veut, de ces parcomètres-là! » lance Patrick Buissière, un commerçant exaspéré. Entre la crainte d’un boycottage, la complexité de la technologie utilisée et le sentiment d'une atteinte à la vie privée, l’arrivée des parcomètres se fait sous haute tension à L’Assomption.
Le centre-ville a des airs de village d’antan avec ses bâtiments historiques, son ambiance rustique et ses rues étroites. Il attire autant les résidents que les visiteurs de passage venus casser la croûte, assister à un spectacle au Théâtre Hector-Charland ou prendre un verre dans l'arrière-cour du bistro L’Ange-Cornu.
Mais, dès le 19 octobre, ce décor pittoresque de Lanaudière sera orné de codes QR servant au paiement du stationnement dans tout le centre-ville.

Le stationnement est payant à partir du 19 octobre au centre-ville de L'Assomption, dans Lanaudière.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Tu veux faire mourir le village?
Ce changement attise les tensions alors que la municipalité est aux prises avec un grave problème de stationnements, qu’elle entend régler selon le principe de l’utilisateur-payeur. Les commerçants, les citoyens et les visiteurs ne veulent, pour leur part, rien savoir d’un centre-ville payant.

Le stationnement dans le secteur du méandre, à L'Assomption, devient payant à compter du 19 octobre.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Les scénarios, il n'y en a pas mille, se défend le maire, Sébastien Nadeau, qui reconnaît ouvertement l'inconfort de la situation. Est-ce qu'on est 100 % dans le bonheur dans ce dossier-là? La réponse est non, a-t-il déclaré en entrevue.
Tu vois l’hostilité, tu vois l’opposition, et tu continues?! C’est quoi ton intérêt? Tu veux faire mourir le village?, vocifère Patrick Buissière, rencontré à son salon de bronzage Soleil Détente, situé sur le boulevard de L’Ange-Gardien.
Trop d’étudiants, pas de stationnements
La Ville de L’Assomption connaît un problème d'espace depuis plusieurs années dans tout le secteur du méandre, ceinturé par la rivière. Au nord de la rue principale trône le majestueux Collège de L’Assomption, fier de ses 189 ans. À ses côtés : le Cégep de Lanaudière, qui accueille quelque 2200 étudiants, mais dont le stationnement ne permet qu’à 1 % d’entre eux de se garer.
Je n’ai pas le choix de venir à mes cours en voiture. J’habite à Saint-Gérard et il n’y en a pas, de transport en commun, témoigne Jennifer Bernier, une étudiante du cégep, qui met parfois 20 minutes à trouver un espace libre.

Jennifer Bernier est étudiante au Cégep de Lanaudière. Elle habite dans une zone très peu desservie par le transport en commun.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Comme plusieurs de ses camarades, elle se gare dans les rues résidentielles et commerciales avoisinantes, faute d’options. Clothilde Belzil, qui habite sur la rue Dorval depuis 13 ans, voit régulièrement des étudiants frapper à sa porte pour lui demander s’ils peuvent lui louer son espace de stationnement privé.
Aucune consultation officielle
Le maire Sébastien Nadeau dit réfléchir depuis trois ans à une solution. Il expose que l’étroitesse du centre-ville patrimonial datant de 1717 offre peu d’options sur le plan de l'urbanisme. Des zones payantes devant les commerces favoriseront la rotation des véhicules et amélioreront l’achalandage, croit-il.

Le Collège de l'Assomption et le Cégep de Lanaudière se trouvent au coeur du centre-ville.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
La Ville dit avoir consulté ses habitants. Lesdites rencontres se sont faites via des cafés citoyens informels qui ont lieu quelques fois par année. Aucune consultation publique officielle consacrée à cet enjeu n’a été organisée à l'hôtel de ville, et aucune étude d'impact formelle n’a été réalisée avant la prise de décision.
C'est correct d'avoir peur, là, mais l'inconnu fait peur. C'est vrai dans n'importe quoi. Vivons-le, adaptons-nous. On va bonifier, améliorer en conséquence de ce qu'on va vivre, a fait valoir le maire.
La grogne des commerçants
La décision de la Ville provoque une véritable levée de boucliers au sein de la communauté de près de 25 000 habitants. Les petits entrepreneurs craignent que les nouvelles règles nuisent à la fréquentation de leurs commerces de proximité, déjà durement happés par un contexte économique qui rend l’achat local plus difficile.

Les commerçants se sont majoritairement positionnés en défaveur du projet. Des affiches dans les fenêtres du centre-ville en témoignent.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Je peux vous garantir qu'on ne fait pas d'argent ici. On est pauvres, à L'Assomption, comparé à d'autres villes. Les taxes sont chères, tout est cher, dans un système économique difficile, déplore Amélie Bédard Samson, gérante d’une franchise de la rue principale.
Le temps de stationnement limité à deux heures devant les commerces inquiète aussi les restaurateurs. C’est sûr que ça va avoir un impact sur notre clientèle! Après la limite de 2 heures, les clients vont devoir sortir déplacer leur auto?, anticipe Tzaurna Veliz, dans le milieu de la restauration au centre-ville depuis 1971 et aide-cuisinier au Restaurant Château.

Tzaurna Veliz travaille au Restaurant Château, sur le boulevard de L'Ange-Gardien.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
La peur d'un boycottage citoyen se fait déjà sentir. Tous les commerçants sont contre, témoigne une entrepreneure, qui a souhaité taire son nom par crainte de représailles de la Ville. Ça fait des mois que des clients nous font leurs adieux. Ils disent qu’ils ne paieront pas un parcomètre pour venir à L’Assomption, rapporte-t-elle, la mine déconfite.
Plus tôt cet été, 42 commerces ont signé une lettre d'opposition, soit 92 % des places d'affaires du méandre, selon les instigateurs. Une pétition citoyenne NON AUX PARCOMÈTRES ET AU STATIONNEMENT ÉTAGÉ DE 400 PLACES EN BÉTON a récolté 2700 signatures en amont du projet, qui a tout de même été adopté par la Ville le 9 juin dernier.
Appels d'offres et stationnement étagé à l'horizon
L’implantation du système de parcomètres électroniques confié à l’entreprise Copilote+ – notamment utilisé par la Ville de Québec – a coûté autour de 100 000 $, selon le maire. Les frais annuels se paieront sous forme de redevances à l’entreprise et la Ville prévoit des revenus annuels de 400 000 $, qu’elle compte réinvestir dans de nouvelles infrastructures.

Sébastien Nadeau, maire de L'Assomption depuis novembre 2017.
Photo : Gracieuseté / Ville de L'Assomption
On va évaluer des solutions pour construire des stationnements étagés, cependant, on ne voulait pas que ce soit le citoyen qui ait à payer pour ça. On favorise l'utilisateur-payeur, précise le maire.
À la séance du conseil municipal de mardi dernier, les élus ont adopté une résolution pour autoriser le lancement d’appels d'offres afin d'évaluer la faisabilité d’un stationnement sur le terrain du cégep.
À court terme, la Ville a également annoncé l'ajout de 200 nouvelles places de stationnement payantes au centre-ville dès le 19 octobre, notamment derrière le Théâtre Hector-Charland et au cimetière.

L'un des espaces de stationnement payant se trouve derrière le théâtre Hector-Charland. À la mise en place du système, un employé de la Ville se trouvera dans le petit pavillon d'information pour assister les utilisateurs dans le besoin.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Je n’ai rien compris
L'utilisation d'une application mobile et de codes QR et la compréhension des différentes zones angoissent les futurs usagers et pénalisent les personnes âgées, qui représentent près de 20 % de la population de L’Assomption.
C'est beaucoup de stress, fustige Hélène Bourque, âgée de 71 ans. J'ai rien compris sur les informations qu'ils ont envoyées par la poste avec les zones de couleur. La technologie me dépasse. C'est pas tout le monde qui a un cellulaire! Même moi, je ne l'ai même pas avec moi présentement.

Hélène Bourque, 71 ans, fait régulièrement ses courses dans les commerces locaux du centre-ville. La durée maximale de 2 heures – même si elle est gratuite pour les citoyens – lui ajoute un stress qui lui fera possiblement changer ses habitudes.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Josée Collin, coiffeuse sur la rue principale, constate que le stationnement monopolise les discussions au salon. Les clientes nous posent déjà des questions, ça les stresse un peu de savoir comment le fonctionnement va se faire. On ne pourra pas prendre le temps d'aider chaque personne, ça va nous retarder dans notre travail, appréhende-t-elle.

Carte explicative des zones de stationnement dans le secteur du méandre, à L'Assomption.
Photo : Gracieuseté / Ville de L'Assomption
De son côté, la commerçante Amélie Bédard Samson s'inquiète de la gestion des données personnelles. Tout le monde se fait hacker! Puis là, tu penses que, pour un stationnement, j'ai le goût de te donner mes données personnelles?, évoque-t-elle concernant le système choisi qui est numérique et qui nécessite les numéros de plaque d’immatriculation et l’utilisation d’une carte de crédit.
Le maire affirme que l'entreprise Copilote+ a démontré la robustesse de ses systèmes informatiques.

Amélie Bédard Samson craint des fuites de données.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Manque de communication
Pour beaucoup de citoyens, le sentiment d'avoir prêché dans le désert lors des rassemblements publics et la décision de la Ville de fermer les commentaires sous ses publications Facebook liées aux parcomètres laissent un goût amer.
On n'a pas tant de pouvoir... On a essayé pourtant. On a été dans les réunions, on a contesté, mais apparemment la décision était déjà prise. On n’avait pas notre mot à dire, déplore Mme Collin.

Josée Collin, coiffeuse au Salon Urbain, est témoin de toute l'anxiété vécue par sa clientèle plus âgée.
Photo : Radio-Canada / Audrey Ruel-Manseau
Le maire de L’Assomption se défend en disant gérer la ville de façon responsable sans chercher à faire de la politique populaire. Il se dit convaincu que, dans quelques années, tous seront satisfaits que son conseil ait pris le taureau par les cornes. Il admet néanmoins que la communication dans ce dossier n'a pas été exemplaire :
C'est l'un des enjeux qu'on aurait pu améliorer, a-t-il convenu.


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