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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayL’organisateur des élections du Maryland, Jared DeMarinis, a reçu une lettre étrange dans sa boîte courriel, en juillet dernier. Son expéditeur? Le département américain de la Justice. Son contenu? Des menaces de poursuite au criminel si jamais des votes de non-citoyens étaient comptés lors des élections de mi-mandat de novembre.
Il n’était pas le seul dans cette situation : les organisateurs d’élections de chacun des 50 États américains ont reçu cette même lettre, qui vise à prévenir un problème qui n’existe pas en réalité, soit celui du vote massif de non-citoyens.
J’ai été étonné, quand j’ai reçu cette lettre, parce que je ne fais que mon travail : organiser des élections, conformément aux lois fédérales et étatiques, affirme en entrevue Jared DeMarinis.
Aux États-Unis, la constitution stipule que le gouvernement fédéral n’est pas responsable de l’organisation des élections – c’est la chasse gardée des États. Ceux-ci embauchent les travailleurs électoraux, s’assurent que les citoyens peuvent voter, que leur vote est compté, et établissent des plans de secours en cas d’imprévu.
En comparaison, au Canada, ce travail est effectué par Élections Canada, pour le scrutin fédéral.
Que le département de la Justice [une branche du gouvernement fédéral] envoie cette lettre… J’ai trouvé ça déstabilisant, troublant. Ce sentiment, c’est une présence persistante.
De son côté, le secrétaire d’État du Minnesota, le démocrate Steve Simon, qui y organise les élections, a pris cette lettre avec un grain de sel : On nous rappelle des lois fédérales que nous connaissons déjà et les conséquences si on ne les respecte pas. C’est un stunt médiatique pour plaire à Donald Trump.
À ce jour, le président Trump n’a pas reconnu sa défaite électorale de 2020 face à Joe Biden, blâmant sans preuve des fraudes électorales massives.
Or, le vote de non-citoyens est extrêmement rare. Par exemple, en 2024, une revue exhaustive de la liste électorale de la Georgie, un État pivot, a révélé que, sur les 8,2 millions d’électeurs enregistrés, seuls 20 n’étaient pas des citoyens, soit un pourcentage de 0,0002 %.
Lors d’une convention républicaine à Dallas, Donald Trump a appelé ses partisans à tricher en malade, comme ils [les démocrates] le font.
L’administration Trump a tenté par divers moyens d’exercer un plus grand contrôle sur l’administration des élections.
Elle a notamment essayé de mettre en place un système où le service postal américain déterminerait à qui sont envoyés les bulletins de vote, avant d’être déboutée temporairement par la Cour suprême.
Les organisateurs d’élections à qui Radio-Canada a parlé – de l’Oregon, du Minnesota, du Maryland, du Nevada, du Vermont et du Maine – se sont tous faits rassurants : ils sont indépendants du fédéral, il n’y a pas de fraude massive et les votes seront tous comptés.
Radio-Canada a contacté les organisateurs de chacun des 50 États, mais n’a pas obtenu d’entrevue avec des secrétaires d’État républicains.

L'administration Trump exerce des pressions pour contrôler le processus électoral.
Photo : Getty Images / Hill Street Studios
Des plans pour un déploiement de l’ICE?
Une grande partie du travail des secrétaires d’État est de prévoir l’imprévu. Que faire en cas de panne de courant, d’un appel à la bombe, d’un feu de forêt ou d’une cyberattaque?
Une nouvelle menace s’ajoute à la liste en 2026 : un possible déploiement d’agents fédéraux, de la police de l’immigration, l’ICE, notamment, près de bureaux de vote.
Lorsqu’on lui a demandé en mai s’il envisageait de déployer l’ICE ou la Garde nationale lors des élections de mi-mandat, le président Trump a répondu qu’il ferait tout ce qui est nécessaire pour avoir des élections honnêtes.
Or, une loi fédérale américaine interdit aux troupes ou aux hommes armés d’être déployés à des endroits où se tiennent des élections, à moins qu’une telle force soit nécessaire pour repousser des ennemis armés des États-Unis.
Les six secrétaires d’État interrogés ont tous des plans au cas où se matérialiserait cette éventualité.
Si l'ICE se présente dans les bureaux de vote, nous sommes prêts à y faire face sur le plan juridique, dit le secrétaire d’État du Nevada, Francisco Aguilar.
Il n’écarte pas la possibilité d’impliquer la police locale, afin de protéger les employés électoraux et les électeurs le jour du vote : Le travail des policiers locaux est d’appliquer la loi du Nevada. Le fédéral n’a pas juridiction sur un bureau de vote.
Selon Michael Hanmer, professeur de sciences politiques de l’Université du Maryland, l’administration Trump ne fait que semer la peur, mais ne devrait pas déployer à grande échelle des agents fédéraux le 3 novembre.
Stratégiquement, la menace est le plus loin qu’ils peuvent aller [sans que ça leur nuise politiquement]. Mais une menace, c’est probablement suffisant pour accomplir leurs objectifs.
Au total, les agents de l’ICE ont tué 9 personnes et en ont blessé 13 autres lors de fusillades depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, selon un reportage du média américain CBS News, publié le 12 octobre.
Dans ce contexte de peur, une simple rumeur de déploiement de l’ICE peut nuire à la participation électorale, estime Lisa Bryant, experte en science politique de l’Université d’État de Californie à Fresno.
Ces dernières années, le vote par correspondance est devenu plus difficile au Texas, en Floride et en Georgie. Ces États comptent aussi une forte population de citoyens naturalisés et pourraient donc voir une baisse de la participation électorale, affirme-t-elle.
Les secrétaires d’État interrogés par Radio-Canada recommandent aux personnes inquiètes par un éventuel déploiement d’agents fédéraux de voter par la poste ou par anticipation.
Le vote, c’est le rempart ultime contre la tyrannie. Nous voulons que les gens aillent participer en grand nombre, lance la démocrate Shenna Bellows, secrétaire d’État du Maine, État pivot théâtre d’une chaude lutte pour un poste de sénateur aux élections de novembre.
Jared DeMarinis, du Maryland, renchérit en disant : Voter, c’est un droit sacré. C'est votre occasion d'influencer, de contribuer à forger un futur que vous souhaitez. En ne votant pas, vous laissez d’autres le faire.
Marek Cauchy-Vaillancourt est lauréat de la bourse Expérimenter le journalisme à l'étranger de la Fondation de l'UQAM.


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