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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayAu Canada, une femme meurt d’une maladie cardiovasculaire toutes les 22 minutes. Pourtant, pendant des décennies, la recherche médicale s’est surtout appuyée sur des données émanant des hommes pour comprendre et traiter les maladies, disent des chercheuses qui réclament un financement proportionnel à la moitié de la population.
Les conséquences sont bien réelles, affirment plusieurs expertes : diagnostics plus tardifs, traitements moins adaptés et effets secondaires plus fréquents.
Aujourd’hui, la situation commence à évoluer. Mais les spécialistes estiment que la recherche sur la santé des femmes reste encore largement sous-financée.
Selon une analyse de la Fondation IWK et de Deloitte Canada des données compilées sur une période de 15 ans par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), à peine 7 % de la recherche médicale au pays est dédiée spécifiquement à la santé des femmes.
Jusqu’aux années 1990, les femmes étaient exclues de nombreuses études cliniques, rappelle la Dre Daisy Singla, professeure agrégée au département de psychiatrie de l’Université de Toronto et scientifique au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH).
Par conséquent, une grande partie de la médecine moderne repose encore sur des données et une physiologie principalement masculines.

Les femmes sont encore largement sous-représentées dans les études sur la santé, ce qui a des conséquences sur les soins qu'elles reçoivent. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Marko Djurica
Même si les choses ont progressé au cours des dernières décennies, le retard demeure important.
C’est mieux qu’il y a 20 ans, explique la Dre Marie-Annick Clavel, professeure à la Faculté de médecine de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé valvulaire et cardiaque des femmes. Mais on a encore beaucoup de chemin à faire.
Des avancées de recherche
Malgré ces lacunes historiques, les chercheurs soulignent que plusieurs progrès importants ont été réalisés ces dernières années.
La professeure Gillian Einstein, titulaire de la Chaire Wilfred et Joyce Posluns sur la santé cérébrale des femmes à l’Université de Toronto, étudie notamment les effets des hormones sur la mémoire et le vieillissement.
Pendant longtemps, le cerveau masculin a servi de modèle par défaut pour comprendre le cerveau humain, explique-t-elle.
Or, la ménopause et la perte d’œstrogènes peuvent avoir des effets importants sur la cognition et la santé cérébrale des femmes, et pourraient influencer le risque de développer certaines maladies neurodégénératives, comme l’Alzheimer, ajoute-t-elle.
Les connaissances sur les maladies cardiovasculaires chez les femmes ont également évolué.
Pour la sténose aortique, les femmes ont souvent moins de calcifications valvulaires que les hommes, pour une sévérité similaire, selon la Dre Clavel.
Si les critères d’inclusion sont basés sur les caractéristiques observées chez les hommes, les femmes peuvent être exclues des études, explique-t-elle.
Pourtant, ces maladies demeurent la principale cause de décès prématuré chez les Canadiennes.
Les femmes ont cinq fois plus de risques de mourir d’une maladie vasculaire que du cancer du sein.
Des avancées ont aussi été réalisées dans le domaine de la grossesse et des médicaments. La Dre Anick Bérard, professeure et chercheuse en médecine et pharmacologie à l’Université de Montréal, souligne par exemple de nouveaux résultats concernant le traitement du diabète de type 2 pendant la grossesse.
Selon la Dre Bérard, qui est également une membre de l’Initiative nationale de recherche sur la santé des femmes, des études ont montré que la metformine, un médicament pris sous forme de pilule, peut être aussi efficace que l’insuline injectable pour contrôler la glycémie chez certaines femmes enceintes.
C’est fantastique, affirme la Dre Bérard. On sait que le diabète de type 2 augmente beaucoup dans la population générale, donc c’est une très belle avancée qui pourrait améliorer la qualité de vie de nombreuses personnes.
Dans le domaine de la santé mentale, les chercheurs soulignent aussi que plusieurs traitements efficaces sont désormais bien établis pour les femmes.
Nous savons que certaines interventions fonctionnent très bien, notamment les thérapies psychologiques, comme la thérapie cognitivo-comportementale ou la thérapie interpersonnelle, explique la Dre Singla.
Pourtant, l’accès à ces traitements demeure limité.
Près de 90 % des personnes n’ont pas accès à ces interventions pourtant très efficaces.
Les conséquences d’un manque de recherche

Le 9 octobre 2025, à Halifax, en Nouvelle-Écosse, la Fondation IWK a annoncé la publication de son enquête sur les soins de santé des femmes dans les Maritimes, qui met en lumière les difficultés qu'elles ont à naviguer dans le système de santé.
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet
Il y a 20 ans, certaines études sur la santé cardiovasculaire n’incluaient pratiquement aucune femme, selon la Dre Clavel. Aujourd’hui, elles représentent environ 25 %, ce qui est nettement mieux, mais encore insuffisant.
Selon Isabelle Fortier, vice-présidente de la Coalition pour la santé des femmes, cette situation peut avoir des conséquences concrètes.
En santé des femmes, on estime que jusqu’à 75 % des réactions indésirables aux médicaments surviennent chez les femmes, explique-t-elle.
Cela s’explique en partie par des modèles de dosage qui ont longtemps été conçus à partir de données masculines.
Un nouveau cadre national
Plusieurs chercheurs estiment toutefois que la situation pourrait évoluer.
Le projet de loi S-243, qui vise à établir un cadre national pour la santé des femmes, pourrait contribuer à mieux structurer les efforts de recherche et de financement.
Ce cadre législatif vise à corriger les lacunes historiques en matière de soins, de recherche et de financement, explique Isabelle Fortier.
Dans un communiqué, la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, affirme que les femmes demeurent touchées de façon disproportionnée par plusieurs problèmes de santé et que le gouvernement souhaite améliorer la prévention.

La ministre de la Santé, Marjorie Michel (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Ottawa prévoit notamment lancer prochainement un comité consultatif national sur les services préventifs de santé renouvelée.
Le gouvernement a également annoncé un financement de 1,9 million de dollars à la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada afin d’élargir le projet Beyond the Hot Flash, qui vise à développer des lignes directrices cliniques sur la périménopause.
Pour ces expertes, le constat est clair.
Il y a aujourd’hui une prise de conscience réelle, conclut la Dre Clavel. Mais il reste encore énormément de travail à faire.


2 months ago
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