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Négociations dans l’industrie automobile sur fond de guerre tarifaire

4 hours ago 6

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Le syndicat Unifor entame lundi une ronde de négociations avec les constructeurs automobiles Ford, General Motors et Stellantis en vue de renouveler les contrats de leurs travailleurs canadiens, qui arrivent à échéance en septembre prochain.

Cette démarche s’inscrit alors que l’industrie est durement frappée par les droits de douane américains et une baisse généralisée des ventes. Les fabricants ont d’ailleurs tous abandonné ou reporté leurs plans de construire des véhicules électriques au Canada.

Nous avons traversé une période de négociations très difficile en 2008 et 2009 durant la crise financière, qui menaçait l’avenir de deux des constructeurs automobiles de Détroit, et même aujourd’hui, je dirais que les défis qui nous attendent sont encore plus importants, affirme la présidente nationale du syndicat Unifor, Lana Payne.

Unifor débute ces pourparlers alors que plus de 5700 travailleurs — environ un tiers de ses membres — sont actuellement licenciés. Toutefois, ce nombre devrait baisser grâce à la production des Super Duty, qui doit commencer prochainement à l’usine de Ford à Oakville.

Ford négocie en premier

Le syndicat mène ses négociations en choisissant une compagnie modèle qui déterminera les échelles salariales, les régimes de retraite, les avantages sociaux et la sécurité d’emploi pour les autres constructeurs.

Ford a été retenue pour une huitième fois en 13 rondes de négociations, car, malgré les tarifs américains, elle a maintenu ses investissements et ses niveaux de production au Canada.

Lana Payne en point de presse à Toronto, le 31 janvier 2025.

Lana Payne, présidente nationale du syndicat Unifor, dénonce les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump sur les véhicules fabriqués au Canada. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Ce n’est pas le cas des deux autres constructeurs. Stellantis a décidé de déplacer la production de sa Jeep Compass, initialement prévue à Brampton, dans une usine aux États-Unis. General Motors, de son côté, a mis fin à la production de fourgonnettes électriques à son usine d’Ingersoll, en Ontario.

L’usine de General Motors à Brampton, en Ontario, est vide en ce moment. L’usine de CAMI a été vendue et l’usine d’Oshawa fonctionne à peu près au tiers de sa capacité, souligne Benoît Charette, rédacteur en chef de l’Annuel de l’automobile.

Des négociations vitales pour le Canada

L’objectif principal d’Unifor durant ces négociations est de créer de la stabilité dans cette période d’incertitude, et cela, sans faire de concessions. Selon le syndicat, cette ronde de négociations touche quelque chose de beaucoup plus grand que les salaires ou les régimes de retraite.

Mathieu Dupuis, professeur en relations industrielles à l’Université Laval, explique que les priorités du syndicat vont être un peu de chercher à augmenter les salaires, les conditions de travail des employés syndiqués, mais aussi, d’aller sécuriser des investissements dans les installations canadiennes.

Un Jeep Grand Cherokee devant l’usine d’assemblage de Brampton, en Ontario, le 15 octobre 2025, jour où Stellantis a annoncé le transfert de la production du modèle Jeep Compass aux États-Unis.

L’usine de Stellantis à Brampton, où devait être construite la Jeep Compass, est présentement mise en veilleuse. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Unifor affirme qu’il est important pour l’économie canadienne que la fabrication automobile reste au Canada. Environ deux millions de voitures y sont vendues annuellement. Parmi celles-ci, 40 % à 50 % sont assemblés aux États-Unis.

Toutefois, le syndicat avoue que son levier de négociation s’affaiblit avec la persistance de l’incertitude géopolitique.

Une crise existentielle

Les tarifs de l’administration Trump ont freiné les investissements envers l’industrie automobile au Canada. L’industrie automobile canadienne subit une pression sans précédent, affirme Brian Kingston, président et chef de la direction de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules.

Un portrait de Brian Kingston.

Brian Kingston est le PDG de l'Association canadienne des constructeurs de véhicules. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le coût total des droits de douane pour les constructeurs au Canada est estimé à plus de 5 milliards de dollars et ce coût ne cesse d’augmenter de jour en jour, dit-il.

Au Canada, près de 6500 travailleurs du secteur automobile ont perdu leur emploi entre février 2025 et mai 2026. Du côté des États-Unis, il s’agit d’une perte de 15 800 emplois au cours de la même période.

L’automobile est en difficulté. Si j’étais un travailleur automobile en ce moment, je serais déjà bien heureux de conserver mon emploi.

Selon Lana Payne, ces droits de douane violent l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM) qui est actuellement en vigueur. Tant le syndicat que l’association des constructeurs réclament la fin de ces tarifs sectoriels le plus vite possible, alors que plane la renégociation de cet accord de libre-échange.

Nous nous attendons à ce que le gouvernement canadien défende l’industrie automobile, le secteur forestier, les secteurs de l’acier et de l’aluminium, ainsi que toutes les industries qui sont actuellement prises pour cible par l’administration américaine, affirme la présidente d’Unifor.

Benoit Charette se tient debout près derrière la portière d'une voiture blanche.

Le rédacteur en chef de l’Annuel de l’automobile, Benoît Charette, croit que s’il devient trop cher de fabriquer des véhicules au Canada à cause des tarifs, les constructeurs automobiles seront obligés d’aller aux États-Unis. (Photo d’archives)

Photo : Avec l'autorisation de Benoit Charette

L'importation de véhicules électriques fabriqués en Chine menace également les ventes des constructeurs automobiles et les dissuade de produire au Canada. Selon Unifor, une fois qu’ils parviendront à s'implanter sur le marché canadien, ils deviendront des acteurs majeurs.

Un autre défi : les fabricants automobiles font concurrence au secteur de l’intelligence artificielle pour obtenir des puces. Cela peut créer de nouveaux goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, ainsi que des chocs au niveau de l’offre.

Par conséquent, les profits sont en déclin. L’an dernier, GM était encore rentable, mais Stellantis et Ford ont enregistré des pertes nettes. Les compagnies vont faire ce qu’elles peuvent, sauf que le problème, si ça devient trop cher de fabriquer des véhicules à cause des tarifs, malheureusement, on est obligé d’aller aux États-Unis, explique Benoît Charette.

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