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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDes employés de Palantir Technologies, une entreprise américaine d’intelligence artificielle (IA) qui soulève des craintes en raison de ses pratiques de surveillance de masse, ont été autorisés à accéder à des documents et à des biens de défense « protégés » et « classifiés », a-t-on appris.
C’est ce qui ressort des dispositions de sécurité qui figurent dans les contrats conclus en 2019 et en 2020 entre le ministère de la Défense nationale et le géant de l’IA controversé, que Radio-Canada a pu consulter à la suite d’une demande d’accès à l’information.
En vertu de ces contrats, les employés de Palantir nécessitant l'accès à des informations, des actifs ou un site sensible classifiés doivent obtenir une autorisation de sécurité livrée au préalable par le Programme de sécurité des contrats (PSC) de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC).
Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, une porte-parole de SPAC confirme cette information, mais, pour des raisons de confidentialité, refuse de préciser pour quel type de contrat ces autorisations ont été accordées au personnel de Palantir, ainsi que le niveau du filtrage de sécurité qui a été nécessaire.
Services publics et Approvisionnement Canada peut confirmer que 18 employés de Palantir ont obtenu une autorisation de sécurité dans le cadre du Programme de sécurité des contrats depuis le 28 mars 2019.
La validité des autorisations de sécurité dépend de leur niveau de sécurité. Une autorisation de niveau secret est généralement valide pour une période maximale de 10 ans, tandis qu’une habilitation de niveau très secret est valide pour 5 ans au maximum.
Sans ces autorisations, qui nécessitent une enquête et une vérification des antécédents, le personnel de l’entrepreneur ne pourra pas avoir accès à des renseignements ou à des biens classifiés et ne pourra pas entrer dans les lieux où ces renseignements ou biens sont conservés sans être accompagné, peut-on lire dans le contrat conclu en 2020.
Toutefois, dans un document annexé au contrat, intitulé « Liste de vérification des exigences relatives à la sécurité », il est mentionné que du personnel sans autorisation sécuritaire peut [...] se voir confier des parties du travail et qu'il n'a pas besoin d'être escorté.
Dans une note, on précise cependant que dans les locaux du ministère de la Défense, le personnel non contrôlé ne peut accéder qu'aux zones publiques/d'accueil.

Un porte-parole du ministère de la Défense nationale n'a pas précisé combien d'employés avaient eu accès à des documents de défense classifiés. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Contacté par Radio-Canada, un porte-parole du ministère de la Défense nationale affirme que les conditions d’accès aux marchandises contrôlées, aux données techniques militaires ainsi qu’aux renseignements et aux biens protégés ou classifiés constituent une clause standard pour tout travail effectué dans un environnement de défense.
Comme il est indiqué dans le contrat, tous les entrepreneurs devaient détenir une attestation de sécurité d’installation valide, assure Nick Drescher Brown dans un courriel. Il évite toutefois de répondre à la question de savoir combien d’employés de Palantir ont effectivement eu accès à des documents de défense classifiés.
L’accès aux renseignements classifiés est rigoureusement géré et n’est accordé que dans la mesure nécessaire à l’exécution des obligations contractuelles.
Les outils de Palantir
En réponse à des questions soumises au Parlement, il y a un an, par une députée conservatrice de l’Ontario qui cherchait à avoir des détails sur les contrats offerts par le gouvernement canadien à Palantir, le ministère de la Défense nationale affirme avoir eu recours à des plateformes de Palantir comme outils d’échange d’information, ainsi que de traitement et de gestion des données.
Il s’agit notamment des plateformes d’intelligence artificielle Foundry et Gotham. La première est généralement utilisée par les organismes et les entreprises, dont des banques ou des hôpitaux, pour gérer des banques de données, tandis que la seconde est davantage destinée aux secteurs de la défense et des services de renseignement.

Des protestataires américains ont manifesté contre Palantir pour ses liens avec la police fédérale américaine de l’immigration, l'ICE. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Joe Raedle
Dans les conflits armés, les outils de Palantir − qui a été fondée en 2003 avec le soutien de la CIA − permettent notamment d’évaluer des cibles potentielles en temps réel, en croisant des renseignements et des données biométriques avec les appels téléphoniques.
Parmi les questions soumises au Parlement, la députée conservatrice Cheryl Gallant, qui représente la circonscription ontarienne d’Algonquin−Renfrew−Pembroke, cherche également à savoir quelles mesures de sécurité ont été mises en place pour protéger les données confidentielles. Dans sa réponse, le ministère a assuré avoir utilisé des données fictives et anonymisées.
Pour assurer la sécurité des données de base, on interdit aux fournisseurs d’accéder à tous les systèmes de données de la Défense nationale, et le matériel utilisant la technologie de Palantir est hébergé dans des installations de la Défense nationale et n’est pas connecté à Internet, indique le ministère dans sa réponse datant de septembre 2025.
Un contrat plus coûteux qu'annoncé
Il y a quelques semaines, Radio-Canada a révélé que le contrat signé en 2020 entre le ministère de la Défense nationale et Palantir était trois fois plus coûteux que ce qui avait été révélé l’automne dernier.
Dans sa réponse à Mme Gallant, le ministère indique que la valeur de ce contrat est de près de 14 millions de dollars. Pourtant, en consultant le contrat en question, on constate que sa valeur a bondi à plus de 44 millions $ en mars 2025.
Au total, 12 modifications ont été apportées à ce contrat, selon une copie que Radio-Canada a pu consulter. Il est toutefois impossible de déterminer la nature de ces modifications qui ont fait tripler la valeur initiale de l’entente, la copie obtenue ayant été lourdement caviardée par le ministère de la Défense nationale.
Palantir Technologies, fondée par le milliardaire conservateur Peter Thiel, un proche d’Elon Musk et de Donald Trump, fait l’objet de nombreuses critiques de la part d’organisations internationales pour la défense des droits de la personne en raison également de son partenariat avec l’armée israélienne, notamment durant la guerre dans la bande de Gaza.

Palantir a fait l'objet de critiques d'organisations internationales pour la défense des droits de la personne. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Eduardo Munoz
L’entreprise est également critiquée en raison de ses liens avec l'agence américaine de contrôle de l’immigration, l'ICE. Au printemps dernier, l'ICE a attribué à Palantir un contrat de 30 millions de dollars américains pour le développement d’une nouvelle plateforme de suivi des expulsions, des dépassements de visa et des départs volontaires d'immigrés illégaux.
Palantir a aussi décroché un contrat de 1,3 milliard $ US avec l’armée américaine pour une plateforme IA d’identification de cibles.
Plusieurs médias américains, dont le New York Times et CNN, ont par ailleurs rapporté que Palantir contribuait à des projets gouvernementaux confidentiels visant à créer une base centrale combinant les données issues de différentes agences fédérales. Un scénario qui fait peur aux groupes de défense des droits de la personne, qui y voient un fort risque de dérapage.
Début mai, d’anciens employés ont accusé l'entreprise et d’autres géants de l’IA de participer à normaliser l’autoritarisme. Ils estiment que Palantir trahit ses valeurs d’éthique, de transparence et de défense de la démocratie.
L’entreprise, de son côté, nie ces accusations et assure ne pas construire de technologie de surveillance ou de base de données centrale sur les Américains.


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