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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayUne élève musulmane d’une école secondaire de Québec se dit « bouleversée » par l’obligation de venir en classe à visage découvert. En entrevue à Radio-Canada, elle affirme devoir choisir entre son éducation et sa religion.
En octobre 2025, le gouvernement provincial a adopté la loi sur le renforcement de la laïcité à l’école pour une « une question de principe » et dans « un aspect préventif ».
Le Centre de services scolaire de la Capitale a commencé vers la fin de l’hiver à faire appliquer cette loi qui oblige les élèves des écoles publiques et privées à avoir le visage découvert lorsqu’ils se trouvent sur le terrain et à l’intérieur de l’école.
L’élève de 16 ans a voulu témoigner de son expérience pour sensibiliser la population et les élus à sa réalité. Pour tenter d’éviter qu’elle ne soit la cible de gestes haineux, Radio-Canada a accepté de ne pas révéler son identité.
J’ai appris ça d’un coup, c’était un drame énorme pour moi [...], je l’ai pris comme si je n’étais pas la bienvenue à l’école, raconte l’adolescente que nous appellerons Azara*.
Cet hiver, elle et d’autres élèves ont été rencontrées par le personnel de son école pour leur faire part de l'application de la loi.
J'étais dans mon cours de science, puis un professeur est venu me chercher, on est allés dans une salle avec d'autres enseignants, puis ils m’ont dit qu’à partir d’une date, je devais l’enlever en classe, aux alentours de l’école et même dans les sorties.
Bien qu’elle admette que le personnel a été sensible et était là pour [elles], Azara soutient l’avoir mal pris et ne pas s’être sentie confortable [à l’idée] d’enlever son voile intégral qui fait partie de [son] identité.
Après sa rencontre avec la direction de l’école, Azara raconte avoir manqué quelques jours de classe.
Au début, on [les élèves concernées] avait toutes décidé de ne pas revenir à l’école, mais [le personnel de l’école] disait à chaque fois qu’ils allaient signaler à la DPJ [Direction de la protection de la jeunesse]. Comme ça me concerne et ça ne concerne pas mes parents, je ne voulais pas mettre mes parents dans le trouble.

Azara* souhaitait prendre la parole également pour ses amies.
Photo : Radio-Canada / Louis-Philippe Arsenault
Le niqab est un long voile porté par certaines musulmanes originaires d'Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. Il comporte une fente horizontale au niveau des yeux.
Source : Le Robert
Azara, qui a immigré au Québec avec ses parents alors qu’elle avait moins d’un an, souhaite être claire sur son choix de porter son signe religieux. Je porte le voile intégral non pas pour mes parents, pas pour le regard des garçons, pas pour le regard des femmes ou des vieilles personnes, peu importe, je le porte pour mon Créateur, car c’est dans la religion qu’une femme doive porter le voile intégral.
Elle souligne au passage que sa sœur cadette fait le choix de ne pas porter le voile.
Ce n’est pas mes parents qui m'ont forcée, ce n’est pas un imam comme les gens le croient. [...] On est au Québec, il y a des services. Si on est forcées, il y a des gens qui peuvent venir nous soutenir et nous aider pour faire les démarches possibles. Si c’était le cas, je ne serais pas restée silencieuse.
On n’est pas ici pour influencer personne, on ne vient pas avec un livre pour influencer, on est juste [à l’école] pour apprendre.
Sur l’aspect sécuritaire et sur la difficulté pour le personnel de l’école d’identifier les élèves, Azara répond qu’on peut littéralement voir tout [son] haut de visage, c’est juste à partir du nez qu’on ne peut pas voir.
Même lorsque je suis avec mes amies qui portent le niqab, mes amies me reconnaissent et mes professeurs aussi, ajoute-t-elle.
Azara souligne ne pas subir de racisme à l’école, mis à part un cas isolé avec une enseignante survenu avant l’application de la loi.
J'ai eu plusieurs commentaires d'une professeure, elle était quand même violente, elle nous disait de l’enlever [le voile], qu'on n'avait pas le droit de venir avec un niqab à l’école.
Elle assure aujourd'hui que la situation est réglée après l'intervention de la direction de l'école.
Retour en classe
Malgré ses convictions religieuses, Azara a fait le choix de retourner à l’école à visage découvert. En ce moment, c’est la période des examens et j’ai du stress à cause de cette loi et je suis perdue entre la religion ou mon éducation parce que je veux continuer mon éducation tout le temps et ayant droit à tous mes droits et libertés au Québec.
Elle souhaite tout de même interpeller les élus, comme le ministre Bernard Drainville, qui avait déposé le projet de loi en mars 2025 alors qu'il était ministre de l’Éducation.
J'ai entendu Bernard Drainville dire que le niqab, comme le voile intégral, c'est ''antifemme''. Je ne suis vraiment pas d'accord, un homme ne devrait pas intervenir sur comment une femme doit s’habiller. [...] Pourquoi je devrais l'enlever pour le bien d'une autre personne alors que je suis mal si je l'enlève?, se demande-t-elle.
Azara interpelle également la nouvelle première ministre, Christine Fréchette.
Elle, en tant que femme, elle peut plus comprendre ce que je vis. [...] Je dois me battre pour mes droits et libertés pour avoir le droit de m’intégrer à la société.
J'aimerais tellement qu’elle vienne nous voir pour partager nos histoires pour un peu plus comprendre la situation, ajoute-t-elle.
Les élèves poursuivent leur cheminement
En mars, une vingtaine d’élèves, issus majoritairement de la communauté rohingya, portaient le voile intégral dans des écoles du Centre de services scolaire de la Capitale.
Aujourd’hui, tous les élèves concernés ont poursuivi leur cheminement scolaire au sein de nos établissements. Le retrait du voile couvrant le visage s’est effectué graduellement dans nos écoles et, à ce jour, il n’y a plus d’élèves qui se présentent en classe avec le visage couvert, indique par courriel le Centre de services scolaire de la Capitale.
Aucun signalement à la DPJ n’a été effectué en lien avec cette situation ou avec une absence scolaire qui y serait associée, précise-t-on.
Azara* : prénom fictif


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