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À la veille de sa 81e Assemblée générale, l’ONU fait face à une crise de confiance

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Conseil de sécurité paralysé, légitimité attaquée, crise budgétaire sans précédent : l’Organisation des Nations unies (ONU) traverse une période critique. Sa 81e Assemblée générale, qui s’ouvre mardi à New York, aura notamment comme thème l'idée de « restaurer la confiance » de la communauté internationale. Peut-elle y arriver?

L’ONU n’a pas réussi sa promesse, lance Jasmin Lavoie, ancien chargé de communication pour le Programme alimentaire mondial et les Opérations de maintien de la paix de l'ONU, devenu journaliste, essayiste et créateur de contenu. La guerre que mène la Russie en Ukraine et l’attaque israélo-américaine contre l’Iran en sont la preuve, selon lui.

L’idée, c'est de prévenir des guerres, mais quand on regarde ce qui se passe en Ukraine et en Iran : deux membres permanents [du Conseil de sécurité] sont en guerre.

Résultat : les États ont perdu confiance en la capacité de l’organisation à remplir son rôle de maintien de la paix, souligne Vladyslav Lanovoy, professeur agrégé en droit international public à l’Université Laval, à Québec.

Ces dernières années, on voit à quel point l’organe qui était chargé d’assurer la paix et la sécurité internationale, le Conseil de sécurité, est dépassé, explique-t-il. Et à cela s’ajoute une crise budgétaire –et celle-là est vraiment sans précédent.

Comment faire?

Face à ces crises, l’ONU le reconnaît elle-même : elle devra regagner la confiance de la communauté internationale.

Nous devons prouver collectivement que l’ONU peut se réformer et justifier chaque centime que les États membres investissent en nous, a déclaré en juin le président de la 81e session de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman.

De l'avis de Vincent Pouliot, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal et expert en gouvernance mondiale, l’ONU doit démontrer qu’elle incarne toujours une force stabilisatrice en temps de crise.

Dans une tourmente, c’est de démontrer que l’ONU, c’est le roc, c’est la source de stabilité des règles, des forums, dit-il. On sait où on s’en va quand on a un problème, on sait où trouver ses interlocuteurs, même quand ça ne va pas très bien.

Un secrétaire général funambule

Le Conseil de sécurité de l’ONU a entamé en juillet dernier le processus de sélection du prochain secrétaire général, puisque le mandat du Portugais Antonio Guterres se terminera à la fin de l'année.

La procédure consiste en une série de votes informels pour désigner un candidat, qui doit ensuite être nommé formellement par l’Assemblée générale des Nations unies d’ici janvier 2027.

Les qualités du prochain secrétaire général pourront jouer un rôle déterminant dans la réhabilitation de l’image des Nations unies, estime M. Pouliot.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, assiste à une réunion dans le cadre du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Bichkek, le 1er septembre 2026.

Antonio Guterres est secrétaire général des Nations unies. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / VYACHESLAV PROKOFYEV

Il faut que le prochain secrétaire général se libère de l’emprise des grandes puissances, croit-il. Il doit être non seulement un diplomate, mais aussi un politicien.

Une opinion partagée par Joey Hanna, ancien chef de bureau montréalais du Haut-Commissariat des réfugiés aux Nations Unies (HCR).

Le prochain secrétaire général devra avoir les qualités d’un funambule.

D’un côté, il devra être assez indépendant pour défendre la Charte de l’ONU. De l’autre côté, il devra être suffisamment diplomate et flexible pour conserver la confiance des États et la confiance des puissances qui s’opposent à l’heure actuelle. Ça va lui prendre beaucoup de crédibilité et de courage politique.

M. Hanna ajoute qu’un des grands défis de l’ONU sera de mieux communiquer sur son travail de terrain.

Je pense qu’une des qualités importantes du prochain secrétaire général va être de savoir parler aux populations, dit-il. Pas seulement aux diplomates et aux fonctionnaires. Si l’ONU veut retrouver sa légitimité dans le monde, le secrétaire général doit pouvoir expliquer simplement et clairement pourquoi cette organisation compte encore, et en quoi est-ce qu’elle change la vie de millions de personnes tous les jours.

Crise budgétaire

Il devient cependant de plus en plus difficile pour l’ONU de prouver sa légitimité par ses actions. Les compressions draconiennes des États-Unis dans leurs contributions annuelles au budget de l’ONU, auxquelles d’autres États se sont joints, forcent les agences onusiennes à démanteler certains services.

Forcément, il y a eu des choix en matière de restructuration de ressources humaines qui ont dû être pris par rapport au HCR, mais pas seulement, explique Joey Hanna. D’autres organismes humanitaires sont aussi passés par là. Ça, ça veut dire des coupes de poste, des fermetures de bureaux.

Le HCR rapportait en octobre 2025 la perte de près de 5000 emplois et le réaménagement ou la réduction d’effectifs dans 185 bureaux partout dans le monde.

Une fillette assise sur un sac d'aide du HCR.

Une fillette réfugiée du Tigré, en Éthiopie, est assise sur un sac de nourriture reçu du HCR et du PAM dans un camp de réfugiés. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Nariman El-Mofty

Derrière les chiffres et les postes abolis, il y a des conséquences très concrètes pour les populations : des initiatives de scolarisation menacées dans les camps de réfugiés, des services de protection pour les femmes et les filles réduits en Afghanistan et au Soudan, et moins d’aide au logement pour des milliers de personnes déplacées au Liban, souligne M. Hanna.

Vincent Pouliot évoque le paradoxe entre les attentes de la communauté internationale vis-à-vis de l’ONU et la baisse de cotisations de plusieurs pays à son budget.

C’est un peu demander l’impossible à l’ONU, d’en faire plus avec moins.

Responsabilité des États

Les États doivent prendre conscience de leur responsabilité à faire avancer la mission de paix et d’aide humanitaire de l’ONU, selon lui.

Chaque fois qu’on reproche à l’ONU son inaction, il faut se rappeler que l’ONU est [là] où les États membres ont décidé qu’elle serait, fait valoir M. Pouliot.

Joey Hanna rappelle que la coopération est une valeur fondamentale des Nations unies depuis sa création. Il juge indispensable de ramener cette volonté d’agir collectivement au sein de l’organisation.

Si on veut que l’ONU fasse plus, il faut que les États, avec la volonté politique, s’assoient ensemble et disent : "Qu’est-ce que l’ONU fera de plus, qu’est-ce que l’ONU fera différemment?" soutient-il.

Vladyslav Lanovoy partage cette opinion.

Il faut que les États comprennent que c’est dans leur propre intérêt de non seulement maintenir l’ONU comme plateforme où les États arrivent encore à communiquer autour d’une table, mais aussi comme acteur de changements.

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