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Amnistie internationale dénonce des crimes contre l’humanité au Soudan

4 hours ago 2

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Crimes contre l'humanité, nettoyage ethnique et signes de génocide : Amnistie internationale sonne l'alarme concernant des atrocités perpétrées dans l'État du Darfour septentrional, au Soudan.

Ce texte comporte des descriptions explicites d'événements qui pourraient choquer.

Le rapport publié mercredi, intitulé Ville assiégée, enfants attaqués : les crimes contre l'humanité des Forces d'appui rapide dans le Darfour septentrional, relate la réalité des civils qui ont été soit victimes ou témoins d'horreurs vraiment sans nom, a expliqué la journaliste Sophie Langlois, qui s'est déjà rendue dans la région pour traiter du conflit.

Même moi, qui ai pourtant côtoyé beaucoup de souffrance humaine [et] eu à décrire beaucoup de types de violence, je peine à trouver les mots pour décrire cette violence d'une cruauté vraiment inimaginable, a-t-elle confié en entrevue sur les ondes d'ICI RDI.

6:43

Depuis 2023, le pays africain est en proie à un conflit interne opposant l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR), également appelées Forces d’appui rapide dans certains rapports internationaux francophones, un groupe de soldats rebelles.

Au Darfour, dans l’ouest du Soudan, les FSR et leurs alliés – principalement arabes – mènent des attaques contre les communautés massalit, zaghawa et fours, qui sont des groupes ethniques noirs.

Les FSR ont lancé, en 2024, une campagne pour prendre la ville d'El Fasher, la capitale du Darfour septentrional. C'est sur cette phase du conflit que porte le plus récent rapport d'Amnistie.

Quand les [FSR] ont pris El Fasher le 26 octobre 2025, ses combattants ont intercepté, exécuté et torturé des civil·e·s qui tentaient de fuir, tandis que d’autres ont été tués dans l’enceinte de la ville, notamment à la maternité saoudienne (aussi appelée hôpital saoudien), qui était le dernier hôpital opérationnel d’El Fasher, explique le rapport de l'ONG.

Une carte montrant les frontières du Darfour.

Le Darfour est situé dans l’ouest du Soudan.

Photo : Radio-Canada

La crise au Soudan en chiffres :

  • Des dizaines de milliers de morts
  • 15 millions de personnes ont été déplacées de force depuis avril 2023, dont 11,5 millions à l’intérieur du pays et plus de 4 millions dans les pays voisins
  • 34 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire, dont la moitié sont des enfants
  • 70 % des hôpitaux ne sont plus fonctionnels
  • Plus de 19 millions de personnes sont confrontées à une faim aiguë

Sources : Organisation des Nations unies et le Programme alimentaire mondial (PAM)

Au terme de 8 mois d’enquête et de 247 entretiens, dont 39 avec des enfants, Amnistie internationale a pu identifier 8 des 11 crimes contre l’humanité perpétrés par les FSR, ce qui, je l’espère, vous donne une idée de l’ampleur de la violence à laquelle les gens étaient confrontés au quotidien, a rapporté Janine Morna, une des autrices du rapport et une chercheuse spécialisée dans les droits des enfants en situation de conflit pour Amnistie internationale.

Il est en réalité très difficile de mettre des mots sur le niveau de violence et de terreur qui a été infligé à cette population. La gravité des souffrances est difficile à décrire.

Un de ces principaux constats est qu'aucun effort n'a été fait pour distinguer les combattants des civils, en particulier lorsque les personnes appartenaient à certains groupes ethniques. De plus, elle soutient que les enfants étaient souvent pris pour cibles en raison de leur vulnérabilité.

Un jeune blessé dans un hôpital.

Un jeune de 15 ans, blessé par un drone au Soudan, quitte l'hôpital de Tiné, au Tchad, le 18 juin 2026.

Photo : Getty Images / JORIS BOLOMEY / AFP

La directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone, France-Isabelle Langlois, en est même arrivée à la conclusion que certains actes commis [...] pourraient éventuellement conclure au fait que ce soit un génocide.

Populations prises en otage

Les résidents d’El Fasher sont contraints de rester là-bas, malgré les frappes aériennes quotidiennes, en raison du blocus imposé par les rebelles sur l’aide humanitaire et les déplacements. Ces derniers soutiennent un siège autour de la ville, empêchant ainsi les gens de quitter les lieux.

France-Isabelle Langlois affirme que les populations sont prises en otage par les milices armées et sont toujours sur le qui-vive à cause des violences possibles.

Des chars de guerre endommagés

Des chars de guerre endommagés devant le bâtiment de la Banque centrale du Soudan, après que l'armée soudanaise a renforcé son contrôle sur Khartoum, le 27 avril 2025.

Photo : Reuters / El Tayeb Siddig

Pour les garçons, il y a la crainte de prendre la route et d’être tués, enlevés ou torturés, car on les soupçonne d’être affiliés aux Forces armées soudanaises ou aux Forces conjointes. Pour les femmes et les jeunes filles, le risque de viol ou d’autres formes de violences sexuelles était très, très élevé, a témoigné Mme Morna.

Une adolescente zaghawa âgée de 17 ans, a été enlevée avec neuf autres femmes et filles de son village en 2025. On l’a emmenée dans une ferme et elle y a été isolée des autres pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Elle était constamment attachée à un arbre, sans jamais être déliée pour satisfaire ses besoins naturels, se laver ou changer de vêtements.

C’était toujours [...] au moins deux ou trois personnes à la fois, au même endroit [sous l’arbre]. [...] Au début, quand ils ont commencé, j’ai refusé et j’ai essayé de me défendre. Ils ont tiré une balle à côté de moi. Après ça, j’ai eu peur et je n’ai plus rien fait, a-t-elle relaté aux équipes d'Amnistie, qui la citent dans leur rapport.

Un autre adolescent du même âge a été attrapé par les FRS alors qu'il tentait de fuir son village avec une centaine d’autres personnes. Ils m’ont ligoté et frappé avec des bâtons et la crosse d’un AK-47. Ensuite, l’un d’eux s’est approché à dos de dromadaire et a dit ''C’est un fils de falangay [mot qui signifie esclave, NDLR]", [...] puis il m’a tiré dans la jambe, rapporte le document de l'ONG.

En l'absence d'un couloir sécurisé, un grand nombre de personnes se sont retrouvées involontairement coincées dans des conditions épouvantables à El Fasher, selon Janine Morna.

Des mains pigent dans une assiette de la nourriture.

Des enfants réfugiés soudanais partagent un repas gratuit composé de bouillie et de pain, dans un camp de réfugiés dans l’est du Tchad, le 23 novembre 2025.

Photo : Reuters / Amr Abdallah Dalsh

En plus de multiples traumatismes, les Soudanais vivent dans des situations de précarité extrême et, lorsqu'il y a de l’alimentation [ou] de l’eau, c’est extrêmement rationné, d'après France-Isabelle Langlois. Les réserves alimentaires d’El Fasher ont diminué, entraînant de graves problèmes de malnutrition dans la région, y compris des décès.

Les camps de réfugiés : pas une solution miracle

Ceux qui ont réussi à fuir les bombardements peuvent trouver un semblant de tranquillité dans les camps de réfugiés gérés par les Nations unies ou l’Union africaine. Cependant, ces lieux sont loin d’offrir des conditions idéales et les ressources manquent.

Même lorsque les gens parviennent à se réfugier, le faible niveau des services auxquels ils ont accès signifie que les souffrances persistent, qu’ils ne parviennent pas à obtenir le soutien dont ils ont besoin pour se reconstruire et pour continuer à vivre, a indiqué Janine Morna.

Des femmes et des enfants font la queue pour recevoir de la nourriture.

Des femmes et des enfants font la queue pour recevoir de la nourriture distribuée gratuitement dans le camp de déplacés d’al-Mohayra, près de la ville d’El-Obeid au Soudan, le 29 juin 2026.

Photo : Getty Images / AFP

Cette situation découle directement des compressions budgétaires imposées par l'administration Trump à l'Agence américaine pour le développement international (USAID), selon la directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone. Il y a beaucoup de ressources qui ne sont plus là, a-t-elle déploré, en rappelant que d'autres États avaient aussi sabré leur aide humanitaire.

L'ONG réclame une intervention de la communauté internationale en déployant une force militaire sous l’égide des Nations Unies pour assurer la protection de la population civile.

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