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Jeux olympiques de 1976 : un moment crucial dans la lutte contre le dopage

14 hours ago 4

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Il y a 50 ans, les Jeux olympiques de Montréal ont été le théâtre d'une première dans le monde du sport : des athlètes y ont été déclarés positifs à des stéroïdes anabolisants.

Tout le monde savait bien qu'il se passait quelque chose et qu'il fallait agir, se rappelle la professeure retraitée du Laboratoire de contrôle de dopage de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) Christiane Ayotte, de passage à l'émission d'ICI PREMIÈRE Les années lumière, pour retracer ce petit bout d'histoire.

En raison de soupçons sur l'étendue du dopage aux Jeux olympiques, la commission médicale du Comité international olympique (CIO) avait demandé que la détection des stéroïdes anabolisants soit intégrés aux JO de Montréal, explique-t-elle.

En 1972, à Munich, on avait commencé à faire des tests de dopage à plus grande échelle, précise-t-elle, mais seulement pour les petites molécules, les stimulants, puis les narcotiques, avec ce qu'on appelait de la chromatographie en phase gazeuse.

À l’époque, Christiane Ayotte était dans son cocon de chimiste à l'Université de Montréal, où elle réalisait sa maîtrise en chimie organique. Elle s'est ensuite spécialisée dans la spectrométrie de masse.

La spectrométrie de masse, en bref :

La spectrométrie de masse est une méthode d'analyse essentielle au dépistage du dopage. Elle permet de détecter des molécules en mesurant leur masse au sein d'un échantillon.

Elle est particulièrement efficace pour signaler des substances exogènes, comme des stéroïdes anabolisants et des hormones de croissance, et des variations anormales dans le sang et l'urine.

C’est cette technologie qui a fait son apparition aux JO de 1976. Cependant, elle ne permettait pas encore d'analyser directement les échantillons des athlètes.

En 1976, des spectromètres de masse, ça prenait [l'espace d'un] mur. La connexion entre la chromatographie en phase gazeuse et la spectrométrie de masse, ça se pouvait, mais c'était vraiment une mécanique assez lourde, se souvient Christiane Ayotte.

La méthode immunométrique a donc été privilégiée, mais elle était elle-même limitée par un pouvoir de détection éminemment faible, selon Mme Ayotte.

Ce qu'on avait ajouté, c'était la confirmation. Donc, si jamais il y avait un [échantillon] positif présumé dépisté par la méthode immunométrique, ces urines-là devaient être confirmées par spectrométrie de masse. C'est ainsi qu'il y a eu quelques cas qui ont été dépistés, explique la scientifique.

  • Ne manquez pas l'entrevue de Christiane Ayotte à l'émission Les années lumière diffusée sur ICI PREMIÈRE, dimanche, entre midi et 14 h.

Des cas très évidents

Pour que ces tests à faible pouvoir de détection parviennent à identifier des stéroïdes anabolisants chez des athlètes, ces cas devaient être énormément positifs­, admet Christiane Ayotte.

Durant l'olympiade de 1976, 11 cas de dopage ont été détectés. Parmi ceux-ci, huit étaient liés à des stéroïdes. La tricherie a particulièrement été remarquée chez les haltérophiles : sept d’entre eux ont été déclarés positifs à l’utilisation de stéroïdes anabolisants.

Trois athlètes ont vu leur médaille retirée de leur cou : le Polonais Zbigniew Kaczmarek, ainsi que les Bulgares Blagoi Blagoev et Valentin Christov.

Or, malgré ces avancées dans la lutte antidopage, plusieurs tricheurs ont échappé à la détection en 1976, dont bien des athlètes de la défunte République démocratique allemande (RDA) – nom officiel de l'Allemagne de l'Est.

La nageuse est-allemande Kornelia Ender avait abattu un record à chacune de ses quatre victoires. L'athlète et ses compatriotes attiraient l'attention en raison de leur vitesse, mais aussi de leur physionomie hors norme.

Il a toutefois fallu attendre la chute du mur de Berlin pour obtenir la confirmation que plusieurs athlètes de la RDA étaient bel et bien dopés, et que la supercherie était organisée par l’État.

Une femme blonde de l'Allemagne de l'Est après l'épreuve de 100m papillon le 22 juillet 1976 à la piscine olympique de Montréal.

La nageuse Kornelia Ender avait connu un énorme succès aux JO de Montréal en remportant quatre médailles d'or. Plusieurs années plus tard, le programme de dopage étatique de la RDA a été révélé, entachant ainsi ses succès et celui de ses compatriotes.

Photo : Getty Images / Tony Duffy

Des Canadiens pris la main dans le sac

Mme Ayotte rappelle que le problème de dopage était loin d'être endémique au bloc de l'Est, et que des athlètes canadiens n'étaient pas sans reproches.

Qu'est-ce qu'on faisait, dans les années 80, à envoyer notre cohorte d'haltérophiles en Tchécoslovaquie, en camp d'entraînement avant les Jeux ? Qu'est-ce qu'ils pensaient qui allait se passer là ?

Elle explique que les langues se sont déliées lors de la commission d'enquête Dubin, dont le rapport a été publié en 1990.

On les bourrait à la méthandrostenolone [un stéroïde anabolisant] et on leur faisait croire qu'avec de l'acide citrique, un agent masquant, leurs tests antidopage seraient négatifs, ajoute-t-elle. Donc, les haltérophiles sont revenus au Canada bien certain de leur coup, et ils se sont tous fait attraper.

Christiane Ayotte rappelle aussi que l'ignorance volontaire était omniprésente au sujet du dopage en 1976.

On ne voulait pas voir ce qui se passait. Il n'y avait pas de tests hors compétition à l'époque, c'était juste au moment des Jeux ou des championnats. Il fallait que le nom de l'individu ait été dans le chapeau pour la pige au test antidopage, qui était aussi inefficace, donc on tournait en rond.

Dans les années 1980, la technologie s'est améliorée.

Ça a été une révolution à ce moment-là. On a eu des méthodes beaucoup plus sensibles et on s'est bien rendu compte que la méthode immunométrique ne dépistait rien en comparaison au pouvoir des instrumentations qui pouvaient dépister directement les échantillons urinaires.

Un autre tournant à Séoul

Un scandale est ensuite venu tout changer : le test positif pour stanozolol, un stéroïde anabolisant, du coureur canadien Ben Johnson, quelques jours après son triomphe au 100m des JO de Séoul en 1988.

Le sprinteur canadien Ben Johnson célèbre sa victoire au 100 m des Jeux olympiques de Séoul, en 1988.

Le doigt levé de Ben Johnson au fil d'arrivée à Séoul avait marqué l'imaginaire collectif. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

Sa détection, ça a vraiment fait un tsunami international qui a fait changer les règles de façon importante, avec des tests [de dépistage] hors compétition et à l'improviste. On s'est ouvert les yeux sur un paquet d'autres disciplines sportives. Je pense qu'il n'y a pas une discipline qui peut se vanter de ne jamais avoir eu de [dépistage] positif.

Aujourd'hui, l'héritage des jeux de 1976 et de la lutte contre le dopage sportif est encore présent à Montréal. L'Agence mondiale antidopage siège dans la métropole depuis un quart de siècle.

Deux femmes se serrent la main dans le cadre d'une cérémonie.

La gouverneure générale à l'époque, Julie Payette, avait décerné l'Ordre du Canada à Mme Ayotte, en 2019.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Pour Mme Ayotte, le Laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS, basé à Laval, est cependant une plus grande source de fierté. Il est le premier laboratoire du genre en Amérique du Nord et encore aujourd'hui le seul au Canada.

C'est un laboratoire qui se bat contre des labos énormes aux États-Unis, mais qui se maintient toujours. Il est connu pour sa recherche et pour ses travaux. C'est une fierté et je pense que c'est une des raisons pour lesquelles l'Agence mondiale antidopage a été établie à Montréal, parce qu'on a su mettre en valeur la science qui se faisait chez nous, explique, avec fierté, la scientifique, qui a reçu le titre de scientifique de l'année de Radio-Canada, en 1999.

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