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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa Série du siècle en 1972. Les Jeux olympiques d’été de Montréal en 1976. Les deux Séries mondiales remportées par les Blue Jays de Toronto en 1992 et 1993. Le but en or de Sidney Crosby aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010. Le titre des Raptors de Toronto en NBA en 2019.
Chaque génération de Canadiens a connu un moment sportif qui a dépassé le cadre du terrain pour s’inscrire dans la mémoire collective.
Le parcours historique du Canada à la Coupe du monde de 2026, disputée à domicile avec les États-Unis et le Mexique, semble désormais appartenir à cette catégorie. Pendant plusieurs semaines, des millions de Canadiens se sont rassemblés devant leurs téléviseurs ou dans les lieux publics pour suivre les exploits de l’équipe nationale, dans un élan rarement observé pour le soccer au pays.
C’est un point tournant, décrit sans détour Bruce Kidd en entrevue avec Radio-Canada. L’olympien canadien et historien du sport estime que ce moment marquera une génération.
C’est certainement l’un de ces moments déterminants pour cette génération. Tout le monde pourra dire où il était à la 92e minute de ce match [contre l'Afrique du Sud].

Stephen Eustáquio a donné la victoire au Canada à la 92e minute face à l'Afrique du Sud, en seizièmes de finale.
Photo : Getty Images / Harry How
Les chiffres témoignent de cette ferveur. Selon Numeris, 11,8 millions de Canadiens ont regardé la victoire historique du Canada en seizièmes de finale face à l'Afrique du Sud, faisant de ce match la rencontre de Coupe du monde la plus regardée de l’histoire de la télévision canadienne, à l’exception d’une finale.
Ce Mondial, disputé en partie à domicile, aura donc laissé une empreinte importante dans l’imaginaire canadien. Il soulève toutefois une question plus large, celle de la place que le soccer occupe désormais dans le paysage sportif du pays.
De sport d’immigrants à sport canadien, de sport féminin à sport masculin
Le soccer au Canada a longtemps été un sport porté par l’immigration. Introduit au XIXe siècle par des immigrants britanniques, notamment anglais, écossais et irlandais, il a ensuite été maintenu vivant par différentes communautés venues s’établir au pays.
D’abord européennes (italiennes, portugaises, croates et grecques), ces communautés ont contribué à préserver la pratique du soccer au Canada. À partir de la seconde moitié du XXe siècle, le sport a également été porté par les communautés originaires d’Amérique latine, d’Afrique et du monde arabe, où le soccer occupait déjà une place centrale dans la culture sportive.
Pendant longtemps, le soccer était donc un sport joué au Canada, mais pas nécessairement perçu comme un sport canadien. Il était souvent associé aux origines de ceux qui le pratiquaient, alors que le hockey demeurait au centre de l’imaginaire sportif national.
Ce rapport semble avoir changé après ce parcours historique. Lorsque Stephen Eustáquio, d’origine portugaise, a inscrit le but gagnant à la 92e minute contre l’Afrique du Sud en seizièmes de finale, la célébration ne semblait plus appartenir à une communauté ou à une origine particulière. Le soccer était devenu un moment rassembleur pour l’ensemble du pays.
Ce qui est emballant pour moi avec le soccer, c’est qu’il représente le visage du Canada comme terre d’accueil pour des réfugiés venus du monde entier. D’Afrique, d’Asie et des Amériques. Bien au-delà des pays nordiques qui jouent au hockey, souligne M. Kidd.
Le soccer a adopté un Canada composé de beaucoup plus de couleurs de peau, d’origines culturelles et de régions du monde différentes, poursuit-il. Il représente un Canada encore en évolution d’une manière beaucoup plus forte, parce que la Coupe du monde est le sport mondial.

Trois joueurs de la sélection canadienne à cette Coupe du monde n'étaient pas issus de l'immigration récente.
Photo : Associated Press / Abbie Parr
La composition de l’équipe nationale à ce Mondial reflète également cette évolution. Trois joueurs de la sélection masculine ne sont pas issus de l’immigration récente, c’est-à-dire de première ou de deuxième génération. Parmi les 26 joueurs du Canada, 19 sont nés au pays et sept à l’étranger.
Le développement du soccer au Canada repose également depuis plusieurs décennies sur une base beaucoup plus large.
Depuis le début des années 1990, le soccer est le sport le plus pratiqué chez les jeunes Canadiens, en grande partie grâce à sa popularité auprès des filles, qui n’avaient pas toujours accès aux mêmes possibilités que les garçons dans le hockey.
L’équipe nationale féminine canadienne a connu beaucoup plus de succès que la sélection masculine au fil des années. Elle s’est qualifiée à huit des neuf dernières Coupes du monde depuis 1995. Elle figure parmi les dix meilleures nations au classement de la FIFA depuis une décennie et son développement a été couronné par une médaille d’or aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021.

Les Canadiennes ont remporté la médaille d'or au soccer féminin aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2021.
Photo : AP / Andre Penner
Mais le parcours de l’équipe masculine à cette Coupe du monde semble bel et bien avoir changé les choses, en offrant aujourd’hui un modèle aux jeunes garçons du pays.
L’effet auprès des filles a déjà été concrétisé avec les performances des femmes en soccer. On a déjà des modèles, comme Christine Sinclair. Elles savent déjà que c’est possible pour une fille, en soccer, de devenir professionnelle, explique Suzanne Laberge, professeure en sociologie du sport à l’Université de Montréal.
Pour les jeunes garçons, ce n’était pas faisable, pas imaginable auparavant. Maintenant, avec ce parcours, c’est différent.
Un élan qui doit être suivi dans le développement
La logique voudrait qu’un tel parcours inspire toute une génération de jeunes joueurs et contribue à l’émergence d’une nouvelle génération dorée du soccer canadien. Mais pour les sociologues du sport consultés, le lien entre succès sportif et développement à long terme est plus complexe.
L’histoire récente du sport canadien rappelle qu’un grand moment collectif ne garantit pas nécessairement une progression durable. Les Jeux olympiques de Vancouver en 2010 représentent l’un des plus grands succès sportifs de l’histoire du pays. Le Canada y avait établi un record national avec 14 médailles d’or, un sommet qui avait nourri de grandes attentes pour la suite.

La médaille d'or du Canada au hockey masculin aux Jeux olympiques d'hiver de Vancouver, en 2010, est l'un des moments sportifs les plus marquants dans l'histoire du pays.
Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward
Pourtant, les résultats ont tout simplement suivi au rythme des investissements réalisés dans le sport.
Le Canada vient d’ailleurs de signer à Milan-Cortina, 16 ans après Vancouver, sa pire performance aux Jeux d’hiver depuis 2002, avec un total de 21 médailles, dont cinq en or.
Nous avons accueilli trois Jeux olympiques au Canada. Lors du dernier, nous avons connu un immense succès, et toutes sortes de promesses ont été faites par la suite. Mais ces promesses ont tendance à disparaître très rapidement après, souligne Peter Donnelly, professeur de sociologie du sport à l’Université de Toronto, plus sceptique quant à l’impact durable de ce Mondial au Canada.
Le but en or de Sidney Crosby en finale du tournoi olympique de hockey en 2010 demeure l’une des images les plus marquantes du sport canadien. Il n’a toutefois pas empêché le Canada d’être dépassé par les États-Unis dans cette discipline aux Jeux de Milan-Cortina plus tôt cette année. La coupe Stanley n’est également toujours pas revenue au pays, tandis que les nombreuses critiques entourant la gouvernance de Hockey Canada ont alimenté une réflexion plus large sur l’état du sport canadien.
Remporter le plus grand nombre de médailles d’or aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 a été particulièrement important pour le sport de haut niveau. Mais les seuls bénéficiaires ont été les sports de haut niveau, affirme M. Donnelly. On nous a dit que cela représentait un immense élan de fierté et de nationalisme canadiens. Que le sport canadien avait atteint son apogée. Puis, les gens sont simplement retournés au travail.
Si vous demandez aux gens, six mois après ces Jeux olympiques, s'ils se sentent plus fiers d'être Canadiens, ils l'auront probablement déjà oublié.
Nous avons eu Nadia Comaneci aux Jeux de 1976. Et tout à coup, toutes les petites filles voulaient faire de la gymnastique. Mais il s’agit d’un effet immédiat, pas d’un effet à long terme, ajoute comme exemple Mme Laberge.
Le soccer féminin offre aussi un exemple similaire. Après la Coupe du monde féminine de 2015, organisée au Canada, l’équipe nationale avait connu une progression importante, atteignant le top 5 mondial en 2016 avant de remporter la médaille d’or aux JO de Tokyo, six ans plus tard. Mais cet élan n’a pas automatiquement permis de maintenir les mêmes résultats par la suite.
Le succès du soccer féminin est d’abord venu du développement à la base et des efforts consacrés à la croissance de la pratique. Les résultats sur la scène internationale ont suivi ensuite, et non l’inverse.
Pour les sociologues du sport, le développement durable du soccer canadien passera donc moins par l’émotion d’un moment historique que par le travail effectué en amont. Les infrastructures, la qualité de l’encadrement, la formation des entraîneurs et les ressources offertes aux jeunes joueurs.
Le futur sport national?
La question peut sembler audacieuse. Le hockey demeure profondément associé à l’identité canadienne, ici comme ailleurs dans le monde.
Pourtant, les experts consultés pour cet article sont unanimes : le soccer possède aujourd’hui les caractéristiques nécessaires pour devenir le sport national, particulièrement lorsqu’on considère son taux de participation chez les jeunes Canadiens.

Le soccer est le sport le plus populaire chez les jeunes au Canada en termes de participation.
Photo : La Presse canadienne / Jon Blacker
Les experts soulignent notamment l’accessibilité du soccer comme un facteur déterminant de son développement. Dans sa forme la plus simple, le sport ne nécessite qu’un ballon et un espace pour jouer. À l’inverse, le hockey exige un équipement spécialisé dont le coût représente une barrière importante pour plusieurs familles.
Bruce Kidd, notamment auteur en 1972 du livre The Death of Hockey, qui analysait l’américanisation du sport, l’influence grandissante de la LNH et ses conséquences sur la culture du hockey au pays, estime que cette transformation est déjà amorcée.
La nationalisation du hockey canadien ne peut s’exprimer que dans quelques tournois internationaux. Pour l’essentiel, nos meilleurs athlètes doivent aller aux États-Unis pour poursuivre leur carrière. Les racines du hockey, bien qu’elles soient romantiques, sont en train de dépérir au Canada.
La participation diminue. De moins en moins de familles peuvent se permettre de pratiquer ce sport.
Les sociologues soulignent également que l’évolution de la perception des sports de contact pourrait influencer leur popularité à long terme.

La participation des jeunes au hockey au Canada a considérablement diminué au cours de la dernière décennie.
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
Il est possible que, dans 50 ans, le hockey soit un sport très différent, et que le football américain n’existe même plus, explique Peter Donnelly.
Le hockey fait profondément partie de la culture canadienne. Mais il devient davantage une forme d’identité nostalgique qu’une identité vécue au quotidien.
Le hockey a connu des épisodes qui ont nui un peu à son image. Des événements de violence, qui sont moins tolérés par les parents. Il y a également davantage de blessures, et le sport est plus coûteux, ajoute Mme Laberge.
Et pour M. Kidd, la réponse se trouve déjà dans les tendances actuelles.
Pour des raisons culturelles, nous continuerons toujours à jouer au hockey. Mais je ne pense pas qu’il faudra attendre très longtemps avant qu’il soit remplacé comme sport national. Si le critère est le nombre de personnes qui le pratiquent, c’est déjà arrivé. Si le critère est le nombre de Canadiens qui soutiennent activement l’équipe nationale, nous arrivons au point où cela pourrait déjà avoir changé.


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