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L’épée truquée de Boris Onischenko, la controverse oubliée de 1976

14 hours ago 2

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L’une des controverses les plus invraisemblables de l’histoire olympique s’est déroulée à Montréal – et est pourtant un peu tombée dans l’oubli.

Le 19 juillet 1976, il y a 50 ans, un athlète soviétique est disqualifié au pentathlon moderne. Il a été découvert que Boris Onischenko utilisait une épée modifiée avec un bouton caché dans la poignée, ce qui lui permettait de déclencher frauduleusement le signal électronique de touche sans même atteindre ses adversaires.

Le pentathlète a vite été démasqué par l'équipe britannique.

L’histoire est encore aujourd’hui entourée d’un certain brouillard. Le mystère persiste sur les motivations réelles d’Onischenko – et sur la possible implication de complices.

Pierre Bernier.

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Pierre Bernier était vérificateur d'armes aux JO de Montréal

Photo : Radio-Canada

Au lendemain de la disqualification, des représentants de la délégation soviétique, la plus imposante présente à Montréal, ont condamné sans détour Onischenko, qualifiant de tristes et inacceptables ses actions.

Sa disqualification éliminait aussi toutes chances pour l’équipe soviétique de défendre sa couronne, acquise en 1972 à Munich. Mais à Montréal, Onischenko ne visait pas que le titre par équipe, il souhaitait aussi remporter la compétition individuelle.

Médaillé d’argent en 1972, il s’agissait possiblement de sa dernière occasion de se retrouver seul sur la plus haute marche d’un podium olympique.

Il était sans doute motivé par cet objectif, qui s’accompagnait en Union soviétique de plusieurs agréments significatifs, rappelle le professeur d’histoire Jean Lévesque, spécialiste du sport soviétique. Quand tu gagnais des médailles olympiques, ça influait sur ta pension. Il y avait des bonis à ta pension de vieillesse.

Mais Boris Onischenko avait démontré par le passé sa capacité à gagner sans tricher. Il était reconnu par ses adversaires comme l’un des meilleurs escrimeurs au monde. Il est d’abord étonnant qu’il choisisse de tricher dans une épreuve où il excelle – plutôt que dans les quatre autres étapes composant le pentathlon moderne (la nage, la course, le tir et le sport équestre). Les archives que j’ai retrouvées montrent qu’après qu’on lui a confisqué son arme truquée, il a quand même gagné huit de ses neuf combats, avec une épée conforme, avant d’être disqualifié.

0:36

Bonis Onischenko en action à Montréal

La façon dont Boris Onischenko se comportait sur le site de compétition, avec une réelle désinvolture, a aussi fait sourciller. Les archives témoignent d’une triche flagrante, perceptible à l'œil nu. C’était assez apparent. Les témoins parlent d’un écart de plusieurs pouces, entre l’adversaire et le bout de l’épée, indique le professeur à l’Université du Québec à Montréal.

Un article russe que j'ai consulté expliquait qu'il y avait des doutes à son sujet depuis un tournoi préolympique à Londres, peu de temps avant les vrais Jeux. Les Britanniques, qui étaient en compétition directe avec les Soviétiques, l'avaient suspecté de tricher avec ce même dispositif, poursuit-il.

En analysant les reprises vidéo, ils avaient remarqué qu'un point s'était affiché alors qu'il y avait encore un espace visible entre l'épée et le corps de l'adversaire. À l'époque, les Britanniques n'avaient pas porté plainte, ils avaient juste analysé la situation. Est-ce qu'ils ont attendu les Olympiques pour en être sûrs et le coincer? C'est difficile à dire.

L’équipe britannique, menée par le célèbre Jim Fox, a été couronnée à la fin du tournoi.

Habituellement, les Soviétiques protestaient toujours quand des athlètes étaient disqualifiés. mais là, c'était tellement flagrant qu'ils n'ont pas dit un mot. L'équipe au complet a été éliminée. Ses coéquipiers n'étaient pas coupables, mais comme les points du pentathlon comptent à la fois pour le classement individuel et pour le relais en équipe, tout le monde a écopé.

Une cage dorée

Ce qui intrigue principalement Jean Lévesque est la suite de l’histoire : ce qui attendait Boris Onischenko une fois de retour en Union soviétique.

Après le scandale, qui a fait la une du New York Times, Onischenko a été dépouillé de tous ses honneurs. Les autorités soviétiques l'ont disqualifié, banni à vie, et lui ont retiré son titre de Héros du travail ainsi que son titre de Maître émérite du sport. En Union soviétique, ce titre d'élite s'apparentait à un haut diplôme et s'accompagnait d'une pension qui permettait de continuer à s'entraîner ou de vivre. Il a été exclu du Parti communiste, dont il était membre, précise-t-il.

Le Parti n’avait pas le choix d’agir ainsi pour sauver la face, juge le professeur d’histoire. À Montréal, l’URSS a dominé outrageusement le tableau des médailles. Le pays allait ensuite accueillir les prochains Jeux d’été. Dans ce contexte, il était impensable d'accueillir le monde, quatre ans plus tard à Moscou, en traînant la réputation d'avoir couvert un tricheur pris en flagrant délit.

Deux escrimeurs discutent lors d'une pause.

Boris Onischenko (à gauche) a remporté la compétition individuelle au pentathlon moderne en 1972, à Munich.

Photo : afp via getty images / -

Or, Onischenko – qui soufflera bientôt ses 90 bougies – continue de très bien vivre, aujourd’hui.

Les décorations nationales lui ont été retirées pour montrer qu’il s’agissait d’un tricheur isolé que l’État ne soutenait pas , dit Jean Léveque. Mais dès l’année suivante, en 1977, il a été nommé directeur d'un institut scientifique et sportif à Kiev, où l'on testait des méthodes d'entraînement. C'étaient de grandes bases sportives associées au Dynamo Kiev. On lui a ainsi redonné un emploi à vie; il est resté directeur de cet institut pendant 30 ans.

Boris Onischenko, natif de Kiev, s’est toujours défendu, stipulant que l’épée truquée n’était pas la sienne. Il était toutefois le seul à utiliser une épée pour gaucher dans l’équipe, tous ses coéquipiers étant droitiers.

Pour un tricheur pris en flagrant délit, c'est tout de même particulier. On peut se demander s'il s'agissait vraiment d'une initiative purement individuelle ou s'il était soutenu par l'URSS. Lui ont-ils donné une tape sur les doigts en public pour préserver leur image internationale, avant de le recaser discrètement? Face à une tricherie aussi grossière, l'URSS ne pouvait pas le défendre publiquement, se questionne Jean Lévesque.

Politiquement, on ne récompense pas quelqu'un que l'on vient de disgracier, à moins qu'il y ait un accord tacite. Ils n'ont jamais annulé son exclusion du Parti ni rendu ses médailles, mais ils lui ont assuré une cage dorée pour le reste de sa vie, conclut-il.

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