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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayQuébec a officiellement donné son feu vert vendredi à la rénovation intérieure du Stade olympique, dans l’espoir de replacer Montréal sur la carte des tournées mondiales. Si le projet promet de stimuler l'attractivité musicale de la métropole, une question se pose déjà : à qui cet investissement public profitera-t-il dans une industrie du spectacle de plus en plus concentrée?
À l'heure actuelle, il n'en existe aucun autre [stade] ici capable d'accueillir plus de 20 000 spectateurs pour les grandes tournées internationales, a déclaré vendredi, par communiqué, la ministre québécoise du Tourisme, Amélie Dionne.
Le Québec mérite une infrastructure moderne pour recevoir celles-ci ainsi que des événements sportifs, culturels et de divertissement d'envergure, a-t-elle ajouté.
La manne du tourisme musical
Au Centre Bell, la capacité maximale est d’environ 15 000 spectateurs pour un concert, et si un spectacle au parc Jean-Drapeau peut réunir jusqu’à 65 000 personnes, cette scène extérieure est soumise aux aléas climatiques.
De plus, les scénographies imposantes de certaines tournées nécessitent de l’espace.
Résultat, plusieurs grandes tournées ont fait l’impasse sur Montréal ces dernières années. Les admirateurs québécois de Taylor Swift ou de Coldplay ont dû se rendre à Toronto pour entendre leurs idoles.
Rappelons que les six concerts donnés par Taylor Swift à Toronto, dans le cadre de sa tournée Eras, ont généré 282 millions de dollars en retombées économiques locales.
Une fois modernisé, le Stade olympique devrait permettre à Montréal d’attirer plus facilement ces vedettes à l’heure où le tourisme musical gagne en popularité. En témoigne le nombre élevé – neuf millions – de personnes s’étant inscrites à la prévente des billets pour la résidence de Céline Dion cet automne à Paris.
C'est une bonne nouvelle, se réjouit Martin Roy, PDG du Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI). De plus en plus, les jeunes générations, mais aussi les touristes en général, se déplacent pour aller assister à un concert, et Montréal doit pouvoir trouver son compte là-dedans.

Le Stade olympique de Montréal est reconnaissable à son mât, qui constitue la plus haute tour inclinée du monde.
Photo : Getty Images / Adrian Wojcik
Pas une solution magique
Toutefois, les améliorations apportées au Stade olympique seront-elles suffisantes pour permettre à Montréal de rivaliser avec Toronto?
Ce n’est pas non plus magique, nuance Alexis Perron-Brault, professeur de marketing à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et spécialiste notamment du marketing en musique.
En effet, certains artistes préfèrent limiter le nombre de villes dans lesquelles ils se produisent et laisser leurs admirateurs venir à eux.
Autre atout potentiel du Stade olympique après sa réouverture prévue pour 2028 : son acoustique, jusqu’à présent souvent critiquée.
La qualité du son est une condition essentielle à la réussite de l’accueil des grandes tournées, souligne Martin Roy.
En entrevue vendredi à Tout un matin, Joëlle Brodeur, PDG du Parc olympique, a exprimé sa confiance dans les interventions prévues pour corriger le problème.
Faire stade comble
Une fois l’intérieur du Stade olympique rénové, il restera à faire le plein de spectateurs. Le nombre d’artistes assez gros pour remplir des stades de 50 000 ou 60 000 places est assez petit, explique Alexis Perron-Brault.
Le Parc olympique, qui assure la gestion du Stade olympique, espère y accueillir de quatre à six spectacles d’envergure par an. Je pense que c’est tout à fait possible, estime le professeur.
Au printemps, plusieurs médias ont fait état d’une vague d’annulation de concerts – surnommée « la fièvre du point bleu » – en raison de la vente insuffisante de billets. Des artistes comme Post Malone ou Meghan Trainor ont ainsi fait une croix sur certaines de leurs prestations.
Cela ne veut pas dire que toutes les tournées se vendent mal, relativise Alexis Perron-Brault.
Quelle place pour les artistes d’ici?
En 1984, Diane Dufresne avait réuni 55 000 spectateurs au Stade olympique lors de son spectacle Magie rose. Toutefois, les billets valaient 10 dollars à l’époque, soit l’équivalent d’environ 28 dollars présentement.
Aujourd’hui, rares seraient les artistes québécois à pouvoir remplir le Stade olympique.
Nous espérons que cette infrastructure fera une place de choix aux productions québécoises, en permettant à nos artistes de proposer des spectacles de grande envergure, a dit, par courriel, Simon Claus, directeur des affaires publiques et de la recherche à l’ADISQ.

Diane Dufresne au Stade olympique lors du spectacle « Magie rose » en 1984.
Photo : La Presse canadienne / Mone Doiron
La crainte d’une mainmise d’evenko/Live Nation
Le montant des travaux nécessaires pour permettre au Stade olympique de répondre aux exigences actuelles en matière d’organisation de grands concerts n’a pas été divulgué.
Mais la perspective de voir autant de deniers publics être déboursés pour attirer des artistes internationaux pose la question du partage des profits, selon Patrick Kearney, directeur du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN).
Ce dernier s’inquiète de voir le géant evenko, qui appartient à 49 % à la multinationale Live Nation, mettre la main sur l’organisation des futurs concerts au Stade olympique.
En février dernier, dans son reportage Voler le show, l’émission Enquête s’était penchée sur la concentration de l’industrie du spectacle musical entre les mains d’evenko.
Marie-Maude Denis et son équipe s’étaient notamment intéressés à la somme déboursée par evenko pour jouir du parc Jean-Drapeau pendant l’été et y organiser ses festivals ainsi que ses concerts.
En vertu de la Loi sur l’accès à l’information, Enquête avait pu prendre connaissance du contrat de location proposé par la Société du parc Jean-Drapeau, mais les sommes avaient été caviardées en raison du secret commercial.
Si un jour il y a un spectacle de Taylor Swift au Stade olympique et que c’est payant pour evenko, j’espère que ce sera aussi payant pour le Parc olympique, dit Patrick Kearney.

Patrick Kearney, directeur du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants, espère que le Parc olympique fera affaire avec différents promoteurs de concerts.
Photo : Radio-Canada
L’occasion d’innover
Patrick Kearney estime que les organisations québécoises Gestev, qui gère la programmation du Centre Vidéotron à Québec, et BLEUFEU, qui fait venir chaque année des vedettes internationales au Festival d’été de Québec, seraient également en mesure de mettre sur pied des concerts d’envergure au Stade olympique.
Comme contribuable, je souhaite qu’il y ait une concurrence et que l'exclusivité ne soit pas donnée à un joueur et à un prix ridicule.
L'an dernier, l'association des Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ) et la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec avaient publié une lettre ouverte (nouvelle fenêtre), dans Le Devoir, pour dénoncer l’emprise de Live Nation et le problème de l’argent qui quitte le Québec et qui pourrait être réinvesti pour nos artistes et nos infrastructures culturelles.
Cette lettre citait l’exemple du Royaume-Uni, où a été instauré un programme de prélèvement d’une livre sterling sur chaque billet de concert en stade et en aréna vendu afin de soutenir les petites salles de spectacles et les artistes indépendants qu’elles font vivre.
Le Parc olympique n’a pas encore signé de contrat avec evenko, souligne Patrick Kearney. Il y a donc une belle occasion de faire les choses autrement et de mettre en place un système de redevances de ce type. Le Stade olympique est un espace public et on veut s’assurer qu’il génère des retombées pour la culture québécoise.
Dans un courriel envoyé vendredi à Radio-Canada, le Parc olympique a dit être en discussion avec de nombreux partenaires de tous les horizons. Notre porte sera toujours ouverte pour discuter de l’organisation de petits et grands événements, a-t-il précisé.


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