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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes demandes d’admission des programmes de graphisme et de techniques de l'informatique ont connu des reculs importants dans les cégeps de la province au cours des dernières années. Plusieurs profs et intervenants y voient déjà l'impact des outils de l'intelligence artificielle (IA) générative pour ces domaines susceptibles d’être bouleversés par cette technologie.
La baisse de popularité se reflète particulièrement dans les programmes liés à l’informatique et au numérique. Le lien entre cette baisse et l’intelligence artificielle n’est pas encore officiellement établi, mais elle est rapidement évoquée.
C'est sur une base un petit peu anecdotique, mais en même temps, je pense qu'elle est partagée par l'ensemble des acteurs dans le réseau. Donc, c'est si c'est anecdotique, bien, on a toutes les mêmes anecdotes, soutient Elsa Myotte, enseignante et coordonnatrice du département de graphisme du Collège Ahuntsic.
C'est sûr qu'il y a une forte corrélation en ce moment entre le début de cette baisse des inscriptions et l'arrivée des fonctions d’IA dans nos logiciels et dans les logiciels tout court, renchérit son collègue enseignant Philippe Fortin.
Dans les cégeps de l’est de la province, les demandes d’admission en graphisme aux deux premiers tours ont fondu de 197 à 73 entre 2022 et 2026, une diminution d’environ 63 % selon les données du Service régional d'admission au collégial de Québec (SRACQ).
En informatique, elles sont passées de 1107 à 597, donc presque la moitié de moins de demandes.
Dans l’ouest de la province, les chutes sont moins prononcées. Selon les données du Service régional d'admission du Montréal métropolitain (SRAM), les programmes collégiaux en graphisme et en informatique ont perdu un peu plus du tiers des demandes en cinq ans.
La conversation actuellement s'est beaucoup centrée sur technique de l'informatique parce que c'est là où on observe vraiment un gros changement de comportement qui s'est fait de façon très rapide aussi, remarque Renée Verlaan, la directrice générale du SRAM.
Pendant ce temps, le nombre total de demandes d’admission tous programmes confondus a suivi une tendance à la hausse dans les cégeps de la province. Il y a tout de même eu un pic des demandes en 2023 qui a aussi transparu dans celles des programmes de graphisme et d’informatique avant qu'elles ne partent à la baisse.
Des inquiétudes bien présentes
Si le lien avec l’intelligence artificielle n’est pas officiellement établi, nul doute que l’inquiétude est déjà palpable. L'impression qu'on a, c'est qu'il y a une perception erronée de la part de futurs étudiants et leurs parents par rapport à l'avenir du métier de graphiste. On peut le constater notamment lors des portes ouvertes, relate l’enseignante Elsa Myotte.
Les conseillers en orientation en sont aussi témoins lors de leurs consultations. C'est sûr que, présentement, on nous bombarde aussi d'information avec des grands titres comme quoi l’IA transformera, annulera et que tant d'emplois seront touchés, souligne Caroline Dufour, présidente de l’Ordre des conseillers et conseillères d'orientation du Québec.
Donc, on voit la clientèle nous arriver avec ces préoccupations-là de dire : "Je pense à tel poste, mais est-ce qu'il existera encore? Je pense à telle formation qui m'intéresse beaucoup, mais à quel point l'IA transformera ce métier-là?", poursuit-elle.
Le défi, c'est que le jeune est déjà dans un moment d'incertitude mondial conjugué à une crise d'identité et, là, on y rajoute une couche d'inquiétude en disant que l'IA va transformer les métiers.
Les disciplines du domaine artistique sont particulièrement stigmatisées, rapporte la conseillère d'orientation. Et les compétences d’utilisation des outils d’intelligence artificielle sont de plus en plus demandées par le marché de l’emploi, une réalité à laquelle les formations sont confrontées.
Une révision des programmes nécessaire?
C’est le Cégep de Sainte-Foy qui est l’interlocuteur du réseau auprès des instances du ministère de l’Éducation pour le programme de graphisme. Il a lui-même connu une baisse particulièrement marquée des demandes d’admission pour ce programme avec 70 % moins de demandes d’admission en 2026 par rapport à 2022, passant de 117 à 34 demandes au premier tour.
Auparavant, le Cégep n’avait pas de difficultés à combler les places dans son programme, mais ce n’est plus le cas. Une réflexion pour intégrer l’IA dans la formation de graphisme a donc été entamée par l’institution collégiale l’an passé.
C’est à la demande du marché du travail, donc en graphisme, ils sont quand même en train de montrer à utiliser l’IA à travers les cours, décrit Tchad Tremblay, le directeur des affaires étudiantes et des communications du Cégep de Sainte-Foy.
On essaie de leur expliquer d’être ouverts à cette technologie, de l'utiliser au bon moment et de l’incorporer dans leurs méthodes de travail. Je pense que ça les rassure de savoir comment l’utiliser intelligemment, relatait Marie-Pier Roy, enseignante de graphisme et coordonnatrice du programme, à l’émission Première heure en février.
Mais il faut quand même travailler avec les compétences données par le ministère, souligne le directeur. Les compétences en IA ne sont donc pas officiellement intégrées par le ministère dans la technique en graphisme; pour y être ajoutées officiellement, il faudrait que le programme soit révisé.
Pour l’année-2026-2027, on va mettre des ressources pour travailler à l’ajustement de ces programmes-là. On est en mouvement.
Au moment de la publication, le ministère de l’Enseignement supérieur n’avait pas encore répondu à savoir comment il compte agir pour ajuster les programmes face à l’Intelligence artificielle.
Pas le même portrait dans les universités
Le son de cloche n’est pas tout à fait le même dans les universités approchées par Radio-Canada, bien que les données préliminaires pour l’automne 2026 ne sont pas encore disponibles.
Les universités consultées expliquent une partie des chutes de demandes par la baisse du nombre d'étudiants internationaux depuis l'instauration des quotas par le gouvernement québécois.
Le retour en présentiel et le recul du recours au télétravail depuis la fin de la pandémie a aussi nui à la demande pour des travailleurs en informatique, selon Simon La Terreur, porte-parole de l’Université Laval.
Le contexte économique plus général n’est pas non plus à ignorer. Le marché du travail sort d'un contexte hyperfavorable à un contexte moins attrayant, souligne par écrit Éric Beaudry, directeur du programme de baccalauréat en informatique et génie logiciel de l’UQAM.
En design et graphisme, les intervenants des deux universités admettent que l’IA a pu jouer un rôle dans la baisse de popularité.
S'il y a des hésitations à s’engager dans les disciplines du design, c’est par une méconnaissance de ce champ de pratique et non par la mise en danger de celles-ci par l’apprentissage machine, soutient de son côté Louis-Charles Lasnier, directeur du programme de baccalauréat en design graphique et expériences visuelles.

À l'Université Laval, l'offre de cours en design a été repensée pour intégrer l’étude de l’intelligence artificielle générative, tout en mettant de l'avant les bonnes pratiques. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Vincent Archambault Cantin
Ça prend des humains
Les deux enseignants de graphisme du Collège Ahuntsic soutiennent que l’intelligence artificielle doit d’abord être vue comme un outil plutôt que comme un remplacement.
Quand on parle d'une utilisation ponctuelle au bon endroit, puis quand l'humain conserve le contrôle sur le processus de création, je pense que, là, on s'entend pour reconnaître que l'intelligence artificielle peut apporter quelque chose d'intéressant dans notre travail, affirme Elsa Myotte.
Ce qu'on peut voir par exemple sur les réseaux sociaux en ce moment, ça donne une bonne illustration de ce que ça fait quand on laisse trop de de marge de manœuvre à l’IA, on obtient de la slop [bouillie].
Que ce soit pendant la création ou pour faire le lien avec le client et le public, l’humain a encore son rôle à jouer, selon eux. On répond vraiment à une intention, un besoin de communication avec une solution qui va être personnalisée, qui va vraiment amener un côté identitaire au projet et qui ne ressemblera pas à tous les autres projets, tous les autres visuels qui vont être créés autour, plaide son collègue Philippe Fortin.
Il y a quelques semaines, la Banque du Canada révélait qu’elle ne s’attendait pas à une perte massive d’emplois à cause de l'intelligence artificielle. Or, certains postes pourraient tout de même disparaître alors que d’autres seront transformés ou créés.
L’arrivée des outils d’intelligence artificielle générative n’a donc peut-être pas encore mené à d'importantes mises à pied, mais elle pourrait déjà jouer sur les choix de cheminement de carrière des futurs cégépiens et universitaires.
Avec des informations de Julien Fontaine-Doray


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