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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa région de Peel, en banlieue de Toronto, sera bientôt l’hôte du plus gros incinérateur de déchets au pays, qui produira aussi de l’électricité. Ce concept, appelé « valorisation énergétique des déchets », suscite l’intérêt de plusieurs municipalités, mais il fait toujours controverse chez les experts.
Emerald Energy from Waste se trouve pratiquement à cheval entre Mississauga et Brampton, près de l’aéroport international Pearson, en banlieue de Toronto.
Les déchets y sont déchargés à la tonne pour être brûlés depuis des décennies. La vapeur produite est soit vendue à la papeterie voisine de Cascades, ou convertie en électricité par un générateur à turbine.
Le président de l’entreprise, Joseph Lyng, soutient que c’est l’une des meilleures solutions possibles pour gérer les matières résiduelles.
Premièrement parce que c’est traité localement, ce qui nous évite de livrer nos déchets à l’autre bout de la province dans un site d’enfouissement éloigné. Et nous sommes capables de tirer de la valeur de matériaux qui n’en auraient pas sinon, explique-t-il.
L’entreprise reçoit notamment les déchets municipaux de la région de Peel et du comté de Simcoe — post-triage, donc pas de ce qui va dans le bac bleu ou dans le bac vert, précise M. Lyng. Elle a aussi des contrats avec plusieurs clients commerciaux.

Joseph Lyng, président d’Emerald Energy From Waste, explique que l’incinérateur évite de transporter des déchets vers des sites d’enfouissement « à l’autre bout de la province », voire aux États-Unis.
Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin
Emerald attend une dernière autorisation environnementale de la province pour procéder à une expansion historique.
La quantité de déchets brûlés doit passer d’environ 150 000 tonnes à 900 000 tonnes par an.
Sa puissance électrique passera de 10 MW à 100 MW.
À titre de comparaison, l’incinérateur de la Ville de Québec, qui est une des plus grosses installations de ce type au pays, peut traiter jusqu’à 300 000 tonnes de déchets par an.
Un autre incinérateur du même genre, dans la région de Durham en Ontario, espère aussi augmenter sa capacité dans les prochaines années.
Les Villes d’Ottawa et de Toronto, notamment, envisagent également cette technologie dans le cadre de leurs stratégies à long terme de gestion des déchets.
Une cohabitation difficile avec le voisinage
Dans le quartier résidentiel situé à deux kilomètres d’Emerald, une odeur désagréable se fait sentir quand le vent souffle.
Plusieurs résidents sont convaincus qu’elle vient de l’incinérateur.
On ne veut pas rester dehors longtemps, dit KarenMiller, qui vit dans ce quartier depuis des décennies.
Souffrant elle-même d’asthme, elle s’inquiète des polluants atmosphériques émis si près d’une zone résidentielle.
Je ne sais pas ce qu’ils brûlent, mais je trouve ça inquiétant que les enfants respirent cela, dit-elle.

Karen Miller vit à Brampton depuis 58 ans. Elle déplore que l’usine d’Emerald se trouve aussi près de son quartier.
Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin
La santé publique de Peel note que les concentrations de certains polluants atmosphériques excèdent déjà les normes dans ce secteur.
Ça inclut les oxydes d’azote, qui peuvent être dangereux pour la santé.
Un examen environnemental d’Emerald indique que ses émissions d’oxydes d’azote vont à tout le moins tripler avec l’expansion. Ses émissions de gaz à effet de serre devraient sextupler.
Le même examen conclut toutefois que l’augmentation des émissions ne devrait pas entraîner d’augmentation significative des risques pour la santé des membres de la communauté. Le plus grand contributeur aux risques de santé vient des concentrations ambiantes d’oxydes d’azote et de PM2.5 [NDLR : particules fines].
C’est ce que le président d’Emerald souligne à grands traits.
Les émissions de l’usine ne vont pas avoir d’effet négatif sur la communauté, c’est ce que notre examen environnemental démontre, dit Joseph Lyng.
Il nie aussi catégoriquement tout lien entre les odeurs dont se plaignent les résidents et l’incinérateur, soulignant que la matière organique est entièrement détruite pendant la combustion.
L’incinération, un meilleur choix que l’enfouissement?
Emerald soutient que ses émissions de GES sont de loin inférieures à celles qui viennent des sites d’enfouissement.
La lente décomposition de matière organique dans les sites d’enfouissement produit du méthane, un GES plus puissant que le CO2.

La capacité du principal site d’enfouissement de Toronto, Green Lane, sera atteinte dans moins de 10 ans, selon la Ville. (Photo d’archives)
Photo : CBC
Un rapport de la firme Morrison Hershfield, commandé par Environnement et Changements Climatiques Canada, conclut d’ailleurs que la valorisation énergétique des déchets peut effectivement aider le pays à réduire ses émissions.
Ces conclusions sont toutefois contestées par des organisations et certains experts environnementaux.
[Morrison Hershfield] se base sur des généralités. Ils ont utilisé des moyennes pour les émissions de méthane des sites d’enfouissement. Ils ne se sont pas attardés aux spécificités et ils n’ont pas fait des comparaisons équitables, soutient Emily Alfred, directrice de la campagne des déchets pour Toronto Environmental Alliance (TEA).
Elle souligne notamment que les sites d’enfouissement modernes ont des technologies de capture de méthane plus efficaces.
Elle remarque aussi que si les émissions de CO2 provenant de la biomasse étaient prises en compte, les sites d’enfouissement sortiraient gagnants de la comparaison.
Les émissions de CO2 venant de la combustion de biomasse (matière organique) sont traditionnellement exclues des calculs de GES parce qu’elles font partie d’un cycle court du carbone. On considère par exemple que le CO2 émis par un arbre brûlé sera vite compensé par le CO2 qu’un nouvel arbre retiré de l’atmosphère, une boucle essentiellement neutre.
TEA et Environmental Defence soutiennent cependant que ces émissions ont quand même une incidence sur le climat, surtout si elles sont relâchées en grande quantité dans un court laps de temps.
Y a-t-il d’autres solutions?
Mark Winfield, professeur en environnement à l’Université York, s’inquiète de voir un regain d’intérêt pour l’incinération en Ontario.
Il souligne que, pour produire de l’électricité, les incinérateurs doivent brûler des déchets à haute densité énergétique, comme du carton et du plastique.
Or, si on veut récupérer l’énergie de ces matériaux dans le flux de déchets, le recyclage est de loin la façon la plus efficace et efficiente de le faire, soutient-il.

Selon Mark Winfield, professeur en environnement à l’Université York, pour produire de l’électricité, les incinérateurs doivent brûler des déchets à haute densité énergétique, comme du carton et du plastique. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / David Donnelly
Les autres experts consultés par Radio-Canada sont du même avis : les municipalités devraient avant tout s’efforcer de réacheminer davantage de déchets vers le compostage, le recyclage et la biométhanisation.
Guillaume Majeau-Bettez, professeur en génie chimique de l’École Polytechnique de Montréal, reconnaît qu’il y a encore bien des plastiques mixtes qui sont actuellement difficiles à recycler.
Cela dit, ce n’est pas clair que de les brûler est favorable par rapport à les enfouir, précise-t-il.
Derrière ça, il y a une sorte de constat d’échec de dire : en tant que société, on baisse un petit peu les bras dans la réduction de notre production de matière, notre réutilisation, notre tri à la source.
Or, il peut être difficile de faire marche arrière une fois qu’un incinérateur est en marche, observent les deux professeurs.
On l’a vu à maintes reprises en Europe, à partir du moment où on a une certaine capacité d’incinération, c’est difficile pour d’autres voies alternatives de valorisation de s’implanter parce qu’il faut nourrir la bête, remarque Guillaume Majeau-Bettez.
On ne voudrait pas se retrouver avec une surcapacité d’incinération [qui nous obligerait] à importer des déchets pour nourrir notre incinérateur qu’on a bâti à grands frais, ajoute-t-il.
Le dilemme de Peel, Toronto, et Ottawa
La Santé publique de Peel a soulevé des préoccupations face à l’expansion d’Emerald Energy from Waste.
Dans un rapport soumis au conseil régional l’an dernier, elle indique notamment que les concentrations d’oxydes d’azote seraient assez élevées pour avoir des impacts sur la santé des gens à un terrain de sport situé à moins de 800 mètres de l’incinérateur.
Le ministère de l’Environnement de l’Ontario a décidé de ne pas exiger d’évaluation environnementale complète pour le projet, notant l’examen environnemental déjà publié par la compagnie.
Il a toutefois imposé des conditions supplémentaires au projet pour obtenir son autorisation finale, incluant des informations sur les technologies utilisées pour contrôler ses émissions toxiques.
Quand une soumission sera reçue, le ministère l’étudiera pour confirmer que l’établissement est conçu correctement et qu’il est capable de fonctionner d’une façon qui protège l’environnement et la santé humaine, indique un porte-parole du ministère par courriel.
Le président du conseil régional de Peel, Nando Iannicca, est satisfait de cette réponse. Il croit que l’incinération reste la meilleure solution pour gérer les déchets dans sa région, même si elle n’est pas parfaite.
Emerald prévoit commencer la construction l’an prochain.
Les conseils municipaux de Toronto et d’Ottawa doivent faire le point sur leurs stratégies respectives de gestion des déchets en 2027.


4 days ago
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