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L’industrie du recyclage sur le qui-vive par rapport aux nouvelles cibles de Québec

1 day ago 6

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L’industrie du recyclage tire la sonnette d’alarme sur la décision du gouvernement du Québec d’abaisser et de repousser l'entrée en vigueur de cibles de recyclage pour les matières de la collecte sélective. Elle redoute qu’une plus grande quantité de matières recyclables soient envoyées à l’enfouissement ou à l’étranger à défaut d’être transformées ici.

Quand le gouvernement Legault a confié la gestion et la modernisation de la collecte sélective à Éco Entreprises Québec – un organisme à but non lucratif privé – en janvier 2025, il souhaitait réduire la quantité de matières recyclées acheminés à l’enfouissement et augmenter le volume de matières transformées dans la province.

Or, en mars dernier, le gouvernement a décidé d’abaisser les objectifs de recyclage qu’il avait fixés à l’organisme et de repousser l'entrée en vigueur de ces cibles de 2027 à 2030.

Québec a ainsi cédé aux pressions d’EEQ, qui estimait que les cibles fixées étaient trop ambitieuses, et aux plaintes des entreprises qui déplorent l'augmentation des coûts du système de collecte sélective.

Le gouvernement a aussi reporté l’obligation d’Éco Entreprises Québec d’élargir la collecte sélective aux immeubles multilogements, de même qu’aux commerces et aux institutions.

Le gouvernement souhaite ainsi faire baisser la pression sur Éco Entreprises Québec et diminuer le fardeau financier sur les entreprises qui mettent en marché des matières recyclables, que ce soit des contenants, des emballages ou des imprimés. Une décision qui suscite de l’inquiétude dans l’industrie du recyclage.

Le directeur général du Conseil des entreprises en technologie environnementale du Québec (CETEQ), Kevin Morin, estime qu’en repoussant et en abaissant les taux de recyclage, il y aura moins de matières provenant de la collecte sélective qui seront recyclées.

La baisse des taux de valorisation pourrait avoir un effet domino sur le taux de recyclage local et, par le fait même, sur le taux de recyclage au Québec, explique-t-il.

Ça amène une inquiétude qu’il y aura peut-être davantage de recyclage qui pourrait être fait à l'extérieur du Québec ou tout simplement qui ne pourrait pas être refait, ajoute M. Morin.

Il redoute que la décision du gouvernement nuise également au développement de l’industrie du recyclage. Ça peut être un frein pour plusieurs entreprises de soit s'implanter au Québec, soit d'innover au Québec, de moderniser leurs installations ou tout simplement d'augmenter leurs capacités de traitement.

Le directeur général du Front commun pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, croit même que des recycleurs québécois pourraient faire faillite faute d’avoir suffisamment de matières.

Les entreprises de recyclage du Québec auront peut-être moins de matières à recycler parce qu'on demande d'en récupérer moins, d'en valoriser moins. Avec le prix des matières qui est très bas actuellement, peut-être que certaines entreprises vont mettre la clé sous la porte, tout simplement.

Il craint, lui aussi, qu’il y ait davantage de matières recyclées envoyées à l’étranger, alors que depuis des années, les gouvernements – tant les libéraux que les caquistes – promettent de développer davantage l’économie circulaire sur le territoire québécois.

Ce n’est pas comme ça qu’on va développer l'industrie du recyclage dont on aurait grandement besoin au Québec parce qu’on est encore beaucoup trop dépendant des marchés étrangers.

Kevin Morin du CETEQ n’arrive pas à comprendre ce recul du gouvernement. L'intention du ministère de l'Environnement à l’époque, c'était de favoriser le recyclage des matières au Québec. Alors la baisse des cibles, la baisse des taux de valorisation… ça envoie un message contradictoire à l'intention initiale du gouvernement. Il craint aussi que certaines entreprises réduisent leurs efforts pour développer l’écoconception de leurs emballages puisque les cibles à atteindre en matière de recyclage ont été repoussées.

De nouvelles cibles réalistes

Par contre, la présidente-directrice générale d’Éco Entreprises Québec, Maryse Vermette, affirme que le gouvernement a pris la bonne décision en repoussant et abaissant les cibles de recyclage pour les matières de la collecte sélective. Selon elle, les objectifs imposés étaient trop ambitieux. Le règlement avait identifié des cibles il y a plusieurs années. Après une année d'opération, on a fait le constat chez Éco Entreprises Québec qu'il fallait avoir des cibles réalistes.

Elle reconnaît cependant qu’il y a encore du travail à faire pour développer l’industrie du recyclage. Elle admet d’ailleurs qu’il y a certaines matières de la collecte sélective qui ne sont toujours pas transformées au Québec parce qu'on n'a pas les infrastructures de recyclage pour traiter cette matière.

Si on se donne une cible de recyclage local, il faut au moins avoir les recycleurs pour pouvoir le faire, fait valoir Mme Vermette.

Avec le report des objectifs de récupération et de valorisation, ça veut dire qu’on va continuer à récupérer des matières pour lesquelles il n’y a pas de marché, pour lesquelles il n’y a pas possibilité de les recycler.

Mme Vermette demande à Québec d’investir davantage pour développer l’industrie du recyclage de la province. À titre d'exemple, l'aluminium est recyclé à l'extérieur, notamment aux États-Unis. Il faut avoir les infrastructures pour pouvoir recycler ces matières et leur donner une deuxième vie ici au Québec, au Canada.

Avec les ajustements, on se donne plus de temps pour permettre une transition plus réaliste et prévisible du nouveau système de collecte sélective, indique de son côté le cabinet de la ministre de l'Environnement, Pascale Déry, dans une déclaration écrite. Les objectifs demeurent, mais avec un échéancier mieux adapté pour assurer leur atteinte.

Éco Entreprise Québec a été nommé par le gouvernement Legault organisme de gestion désigné pour la collecte sélective. Il est responsable de mettre en œuvre et de financer le système. Il finance la collecte sélective grâce aux contributions des entreprises qui sont maintenant responsables de leurs produits, de leur mise en marché jusqu'à leur recyclage, ce qu’on appelle la responsabilité élargie des producteurs.

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