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Femmes autochtones stérilisées : « Le racisme systémique existe bel et bien »

1 week ago 11

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Le plus récent rapport sur les violences obstétricales et les stérilisations imposées subies par les femmes autochtones ne manque pas de semer l’émoi, entre le choc renouvelé de constater l’ampleur du phénomène – même aujourd’hui – et la lassitude d'interpeller à nouveau les gouvernements pour leur faire reconnaître l’existence du racisme systémique et d’y mettre un terme.

Les résultats de cette recherche démontrent la présence d'un racisme systémique, a lancé sans détour la professeure Suzy Basile, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux relatifs aux femmes autochtones à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, architecte du rapport dévoilé mardi.

Le caractère analogue des expériences relatées par les femmes indique qu'une forme de traitement différentiel leur a été apportée, mais également que ce traitement était fort similaire d'une Première Nation à l'autre, a-t-elle souligné pour expliquer l’aspect systémique du phénomène.

Ledit rapport est la seconde phase d’un projet plus large, dont le premier volet est paru en 2022. Y figurent les témoignages de 97 femmes des Premières Nations au Québec, relatant des faits survenus dans 12 villes différentes. Toutes ont été victimes d’une ou plusieurs formes de violence obstétricale : stérilisations forcées, préjugés, violences psychologiques, physiques et sexuelles, avortements non consentis…

Plus de la moitié d’entre elles, 55, ont été stérilisées sans leur consentement libre, préalable et éclairé. Une quinzaine des cas recensés sont survenus depuis l’an 2000, et le plus récent remonte à 2022. Le constat est aussi vrai en considérant les deux phases des recherches de la professeure Basile : sur les 132 femmes autochtones ayant témoigné depuis le début du projet, 77 (ou 58,33 %) ont subi une stérilisation imposée.

Un énième rappel

Francis Verreault-Paul en conférence de presse

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul (à gauche), croit que lutter contre le racisme systémique en santé dépasse largement la sécurisation culturelle.

Photo : Radio-Canada

À la fierté du travail accompli et à la tristesse des sombres constats s’ajoutait une forme d’exaspération chez les membres du panel qui ont dévoilé le rapport mardi. En cause : le refus du gouvernement du Québec de reconnaître le racisme systémique, dossier qui revient inévitablement chaque fois qu’il est question de santé pour les Premières Nations dans la province.

Force est d'admettre que, bien que le gouvernement du Québec ne veuille pas reconnaître cet aspect, ce rapport vient démontrer qu'il existe bel et bien un racisme systémique dans les institutions, a dénoncé le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul, tout en interpellant les différents ordres de gouvernement pour obtenir des excuses officielles pour les stérilisations, un phénomène aussi grave que les pensionnats ou la rafle des années 60.

Le racisme systémique, c'est des lois, des procédures, des règlements qui font en sorte qu'ils créent des inégalités dans le système, des désavantages à des ethnicités spécifiques, et ce n'est pas le fait de dire que l'ensemble des Québécois est raciste.

Ian Lafrenière marche dans les corridors de l'Assemblée nationale.

Le ministre Ian Lafrenière croit que le débat sur le racisme systémique accapare du temps et de l'énergie qui pourraient être consacrés à la lutte contre le racisme sur le terrain.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Interrogé en mêlée de presse mardi avant-midi, le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, a noté, rapport fraîchement imprimé à la main, qu’il [connaissait] cette situation-là, mais qu’il n’avait pas encore lu les plus récentes conclusions de la professeure Basile.

Je veux juste voir où on en est, mais, malheureusement, ça ne me surprend pas. Bien qu’il trouve la citation complètement inacceptable, il ne s’est pas non plus engagé à présenter des excuses officielles aux victimes de violences obstétricales et de stérilisations.

Le Collège des médecins, lui, a indiqué par écrit que le premier rapport de Suzy Basile a permis d’adopter un plan d’action pour lutter contre le racisme systémique et pour sensibiliser ses membres. Ça part de là, croit Ian Lafrenière. Il n’y a pas de commande du gouvernement qui dit de stériliser de force les femmes autochtones.

Comme bien des gens, j’ai été profondément attristée et choquée en apprenant cette situation. Ce qui est rapporté est inacceptable. Chaque femme mérite des soins respectueux, sécuritaires et adaptés à sa réalité, dans le respect de ses choix, a noté quant à elle la ministre de la Santé et des Services sociaux, Sonia Bélanger, dans une déclaration écrite, rappelant au passage l’adoption de la loi sur la sécurisation culturelle dans le système de santé en réponse au décès de Joyce Echaquan.

Marjolaine Étienne lit un discours en conférence de presse.

Marjolaine Étienne, présidente de Femmes autochtones du Québec (au centre), croit que les femmes autochtones ne sont pas en sécurité au Québec.

Photo : Radio-Canada

Assise ici pour dénoncer encore et porter la voix des femmes autochtones, je me questionne à savoir s'il y a vraiment eu un réel progrès depuis la mort de la mère de famille atikamekw sous une pluie d’insultes racistes à l’hôpital de Joliette, a souligné la présidente de Femmes autochtones du Québec, Marjolaine Étienne

Une fois de plus, on voit un autre rapport qui s’ajoute à la pile qui concerne les femmes autochtones, qui semblent être la cible pour faire en sorte d’assimiler nos nations [...] À l’heure actuelle, les femmes autochtones ne sont plus en sécurité.

Des paroles libérées

Tout aussi touché par les conclusions alarmantes du rapport, le président de la Commission de la santé et des services sociaux, Derek Montour, avait une tout autre perspective sur la récurrence des revendications.

Certains peuvent avoir l'impression que nous répétons certains des mêmes mots, mais je veux que vous pensiez non pas à une répétition, mais plutôt à une amplification. Nous essayons d'amplifier [les récits témoignant de] la violence et [de] la douleur que notre peuple a ressenties tout au long de ces années.

Une grande partie de la raison pour laquelle la discrimination systémique continue d'exister est due à la peur et à la façon dont le système est construit. Et la seule façon de changer cela est de s'exprimer et de continuer à amplifier ces choses, puis de créer un changement positif.

Un changement positif commence d’ailleurs à s’opérer, a observé Suzy Basile. D’abord, parce que trois fois plus de femmes ont accepté de témoigner que lors du premier exercice. Le rapport de la phase un a permis de faire connaître le sujet et d'inciter des femmes à s’ouvrir sur ce pan de leur vie, et, grâce au lien de confiance qu'on a établi, plusieurs femmes viennent directement vers nous maintenant.

Mme Basile s’est aussi montrée agréablement surprise de voir que beaucoup de femmes plus âgées ont partagé leurs expériences pour la première fois dans le cadre de ses recherches, ce qui leur a finalement permis de mettre des mots sur les traumatismes qu’elles ont vécus.

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