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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa crise du logement n'épargne pas les aînés. Avec des revenus qui sont souvent fixes, bon nombre d'entre eux peinent à joindre les deux bouts, notamment dans les résidences privées pour aînés (RPA).
Depuis janvier 2025, le Tribunal administratif du logement (TAL) a ordonné l'expulsion d'au moins une trentaine de locataires en RPA dans la province, pour loyer impayé.
C'est ce que montre une compilation effectuée par Radio-Canada, ciblant les décisions du TAL concernant les cinq plus grands groupes de résidences privées pour aînés au Québec.
C'est notamment le cas de Marie (nom fictif), qui vit dans une RPA montréalaise. Elle nous a demandé de préserver son anonymat par crainte d'être reconnue.
Mon revenu pour 2025, c'est 25 000 $. C'est pauvre, je n'ai jamais été aussi pauvre de ma vie.
La femme de 69 ans, qui demeure en résidence depuis un an et demi, réussissait à payer son loyer au départ. Mais la perte d'un crédit gouvernemental de 400 $ par mois a tout fait dérailler.
Après le paiement de son loyer mensuel de 1680 $, il ne lui restait que 388 $ pour assumer toutes ses autres dépenses. Ça n'a pas d'allure, on ne peut pas vivre avec ça, constate-t-elle.
Elle a donc décidé d'amputer ses versements pour conserver plus d'argent. Il faut que je mange, puis il faut que je paye mes médicaments et tout ça. Ça fait que ça s'est accumulé, je me gardais des 300 piastres, des fois 400 piastres.

Résidente d'une RPA de Montréal, Marie a été visée par un ordre d'expulsion du Tribunal administratif du logement pour loyer impayé.
Photo : Radio-Canada
Un passage au TAL à l'issue inattendue
La résidence de Marie a donc intenté un recours contre elle devant le TAL, qui l'a condamnée à rembourser ses loyers impayés sous peine d'expulsion.
Sur place, l'ancienne travailleuse sociale a rencontré des intervenants de la Maison du Père, qui ont pu l'aider.
Dans le cadre d'un projet pilote lancé il y a quelques mois, ces derniers sont présents pour repérer les locataires qui risquent de se retrouver à la rue.
On a payé l'équivalent de 6000 $ de dettes de loyer pour lui permettre de souffler et de voir comment on peut maintenant retrouver un équilibre dans sa stabilité résidentielle, explique la PDG de la Maison du Père, Jaëlle Bégarin.

La PDG de la Maison du Père, Jaëlle Bégarin, craint que les aînés issus de la classe moyenne soient incapables de se loger en RPA, en raison du coût élevé des loyers.
Photo : Radio-Canada
Avec sa banque d'aide au loyer, la Maison du Père offre des prêts remboursables sur cinq ans aux locataires en situation précaire.
L'an dernier, 300 ménages en difficulté sont venus cogner à sa porte. Sur le lot, 40 % étaient des personnes âgées de 60 ans et plus.
On ne peut pas se dire que la classe moyenne d'hier ne peut pas vieillir en santé dans un logement. Il y a quand même quelque chose là-dedans qui est inacceptable.
La trentaine de décisions du TAL examinées par Radio-Canada montrent que les montants dus par des aînés en RPA sont généralement sous la barre des 10 000 $.
Mais dans certains cas, ils sont beaucoup plus élevés. Un jugement fait par exemple état d'une dette dépassant 31 000 $.

12:39
Le reportage d’Olivier Bachand, suivi d'une entrevue avec Caroline Sauriol, présidente-directrice générale de la Mission Unitaînés
Des coûts élevés pour se loger en RPA
Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) affirme que les propriétaires de RPA tentent d'être le plus conciliants possible quand des aînés sont incapables de payer leur loyer.
Il y en a beaucoup qui les soutiennent, qui essaient de dire : "OK, le mois prochain, je vais vous aider." Mais, à un certain point, ils ont aussi des dépenses, il faut qu'ils paient des employés, il faut qu'ils paient les taxes, il faut qu'ils paient les rénovations, fait valoir le PDG du RQRA, Marc Fortin.

Le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Marc Fortin, estime que des normes parfois trop sévères établies par le gouvernement font grimper le prix des loyers en RPA.
Photo : Radio-Canada
L'an dernier, dans le Grand Montréal, le prix moyen d'un studio en RPA était de 1569 $ par mois, et celui d'un appartement d'une chambre, de 2246 $, sans aucun service.
Selon le RQRA, la facture est salée notamment parce que les RPA coûtent 40 % plus cher à construire que les immeubles résidentiels ordinaires.
On construit une résidence aujourd'hui, il faut que ça soit un building B3. B3, c'est l'équivalent d'un hôpital; pourtant, c'est souvent des résidences autonomes avec une cuisine centrale uniquement.
Marc Fortin explique que les normes se sont multipliées depuis une dizaine d'années, de l'installation de gicleurs à celle de murs pare-feu, en passant par le respect d'un nombre minimal d'employés en service.
Il y a eu toutes sortes de réglementations. Certaines étaient valables, certaines n'étaient pas valables, dit-il.

Selon le Regroupement québécois des résidences pour aînés, la construction d'une RPA coûte 40 % plus cher que celle d'un immeuble résidentiel ordinaire. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jasmin Maltais
Même les plus fortunés doivent se serrer la ceinture
Antoine Normand et sa femme résident depuis 15 ans dans un appartement de trois pièces d'une RPA de Gatineau, en Outaouais.
Leur loyer est de 3000 $ par mois. S'y ajoute un montant de 900 $ pour les services, comme les repas et l'entretien ménager.
Nous, depuis qu'on habite ici, on a payé plus d'un demi-million. On est presque à 600 000 $. On a dû payer une partie de la brique, certain.
Même s'il a bien gagné sa vie, l'homme de 85 ans a épuisé une bonne partie de ses économies. Son épouse et lui ont décidé de restreindre leurs sorties au restaurant.
On n'a pas des fortunes, puis nos REER sont déjà dépensés. Alors, on fait quoi, on compte sur nos suppléments de revenu garanti? se demande-t-il ironiquement.

Résident d'une RPA de Gatineau, Antoine Normand a écrit au président du Tribunal administratif du logement pour le sensibiliser au sort des aînés en RPA.
Photo : Radio-Canada
Toujours en pleine possession de ses moyens, Antoine Normand a contesté son augmentation de loyer cette année.
Il a aussi écrit une lettre ouverte au président du TAL pour le sensibiliser au sort des aînés en RPA.
Antoine Normand dénonce notamment la hausse de 6,7 % autorisée cette année par le Tribunal pour le prix des services facturés en résidence, en plus de l'augmentation du loyer de base de 3,1 %.
Il doit y avoir des gens qui ont de la misère à assumer ces frais-là. Qu'est-ce qu'ils font? Est-ce qu'ils s'endettent, est-ce que les enfants sont obligés de payer pour les parents, qu'est-ce qui arrive?
Une crise à l'horizon
De leur côté, les résidences privées pour aînés se défendent de s'en mettre plein les poches.
Si les marges étaient autour de 9 ou 10 % avant la pandémie, aujourd'hui, on parle de 3 à 5 %. Les investisseurs ne veulent même pas envisager la possibilité d'investir dans les RPA, affirme Marc Fortin.
Le jeu de l'offre et de la demande risque de faire grimper le prix des loyers au cours des prochaines années. Alors que le vieillissement de la population s'accélère, le nombre de logements en RPA stagne au Québec.
Il est passé d'environ 134 000 en 2020 à quelque 137 000 en 2023, avant de redescendre à environ 135 000 cette année.
On n'a pas de places en CHSLD, en maisons des aînés, on n'a pas de places en ressources intermédiaires, qu'est-ce qu'on va faire pour soutenir, gérer nos aînés québécois? se demande le président du RQRA.
De son côté, la PDG de la Maison du Père craint que des aînés se retrouvent un jour à la rue.
La population aînée qui aura besoin d'une RPA, elle est en augmentation. Et dans cette population, la part de personnes qui auront les moyens de se loger dans une RPA, elle est minime, souligne Jaëlle Bégarin.


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