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Le plus grand sommet sur la sécurité en Asie s’ouvre sur fond de crises

6 days ago 14

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La guerre en Iran, l’avenir de Taïwan et les doutes envers Washington devraient dominer les discussions au Dialogue Shangri-La, où ministres de la Défense, chefs militaires et diplomates se retrouvent pendant trois jours.

L’édition 2026 s’ouvre vendredi, au moment où les alliés asiatiques de Washington se demandent si la région demeure une priorité américaine, alors que l’administration Trump est déjà engagée au Moyen-Orient et en Europe.

Le forum, organisé chaque année depuis 2002 au chic hôtel Shangri-La de Singapour par l’International Institute for Strategic Studies (IISS), est devenu une sorte de baromètre des rapports de force en Asie-Pacifique.

Officiellement, il s’agit d’une conférence sur la défense, mais c’est aussi un théâtre diplomatique où les grandes puissances viennent tester leurs lignes rouges, rassurer leurs partenaires et envoyer des messages à leurs rivaux.

Pete Hegseth sous les projecteurs

Le personnage central de cette édition 2026 sera sans doute le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth.

Son discours de samedi sera écouté avec attention dans toutes les capitales asiatiques, puisque les alliés des États-Unis veulent savoir si Washington demeure pleinement engagé dans la défense de l’Indo-Pacifique, comme promis l’an dernier, malgré la guerre avec l’Iran.

Pete Hegseth.

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / KENT NISHIMURA / AFP

La question la plus pressante pour l’Asie demeure le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi que ses conséquences sur l’approvisionnement énergétique, a expliqué à Reuters Chong Ja Ian, politologue à l’Université nationale de Singapour.

Plusieurs partenaires asiatiques redoutent que Washington soit désormais surchargé stratégiquement.

Il y aura probablement une anxiété persistante face à l’imprévisibilité et à la volatilité de la politique américaine, ainsi qu’aux conséquences pour la stabilité.

Les débats du sommet devraient tourner autour de la question de savoir si les États-Unis ont encore les ressources militaires et politiques nécessaires pour dissuader la Chine tout en gérant plusieurs crises.

Les tensions autour de Taïwan

La question du sort de Taïwan, l’île démocratique autonome que Pékin considère comme son territoire et menace d'annexer de force, planera aussi sur le Dialogue Shangri-La.

Selon plusieurs médias américains, la Maison-Blanche aurait suspendu temporairement un contrat de ventes d’armes à Taïwan évalué à 14 milliards de dollars américains depuis la rencontre entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping à Pékin il y a deux semaines.

L’administration Trump affirme vouloir réévaluer ses stocks de munitions en raison de la guerre contre l’Iran.

Mais plusieurs élus américains, démocrates comme républicains, craignent que cette pause soit aussi liée aux discussions diplomatiques avec Pékin.

Pour les alliés asiatiques des États-Unis, le signal est troublant.

Depuis des années, Washington tente de convaincre ses partenaires que la stabilité dans le détroit de Taïwan constitue une priorité stratégique.

Toute ambiguïté sur cet engagement risque d’alimenter les inquiétudes régionales.

L’an dernier, Pete Hegseth avait lancé une mise en garde particulièrement directe à Pékin lors du Dialogue Shangri-La.

Toute tentative de la Chine communiste de conquérir Taïwan par la force aurait des conséquences dévastatrices pour l’Indo-Pacifique et le monde, avait-il déclaré.

Cette année, plusieurs analystes s’attendent toutefois à un ton plus prudent, surtout après le récent sommet Trump-Xi.

Après cette rencontre, je soupçonne qu’il fera attention dans sa manière d’aborder la Chine, a affirmé en entrevue à Reuters Bonnie Glaser, directrice du programme indo-pacifique au German Marshall Fund.

Un navire chinois.

Un navire chinois autour de l'île de Pingtan, le point le plus proche de Taïwan, dans la province du Fujian, à l'est de la Chine, en décembre dernier.

Photo : Getty Images / ADEK BERRY / AFP

Un rendez-vous incontournable

Le Dialogue Shangri-La réunit habituellement des représentants d’une quarantaine de pays, dont le Canada.

Les séances publiques prennent la forme de discours méticuleusement préparés et prudents sur les grands enjeux stratégiques du moment, comme la rivalité sino-américaine, la cybersécurité, la sécurité maritime et les dépenses militaires.

Les tribunes offertes aux dirigeants politiques produisent parfois des formules qui marquent, soutient en entrevue avec Radio-Canada Mathieu Duchâtel, directeur des études internationales à l’Institut Montaigne.

En 2022, le premier ministre japonais, Fumio Kishida, déclarait ainsi : "L’Ukraine aujourd’hui, peut-être l’Asie demain." En 2018, le premier ministre indien, Narendra Modi, avait utilisé le Shangri-La pour exposer les fondements de la stratégie indo-pacifique de l’Inde.

Mais l’essentiel de ce sommet se joue dans les corridors de l’hôtel, où les délégations enchaînent les rencontres bilatérales et les discussions informelles. Certains échanges permettent même de maintenir un canal de communication entre des pays aux relations tendues.

Il y a deux ans, par exemple, les ministres de la Défense américain et chinois avaient eu une rare rencontre face à face en marge du sommet.

Pour une deuxième année de suite, l’absence du ministre chinois de la Défense risque d’être remarquée.

Pékin n’a toujours pas confirmé sa participation et pourrait envoyer une délégation plus discrète provenant de l’Université de la défense nationale de l’Armée populaire de libération.

L’armée chinoise traverse aujourd’hui une crise politique profonde, estime Mathieu Duchâtel de l’Institut Montaigne. Les purges en cours au sein du haut commandement, ainsi que la condamnation à mort avec sursis de deux anciens ministres de la Défense (qui avaient d’ailleurs participé au Shangri-La) ne créent pas les conditions d’un engagement international serein.

Dans ce contexte, l’envoi d’une délégation de rang inférieur, conduite par un général de l’Académie des sciences militaires, traduit une diplomatie de défense chinoise en déficit d’assurance et de confiance.

L'importance de ce sommet pour le Canada

Le Dialogue Shangri-La est devenu incontournable aussi pour le Canada.

Ottawa participe régulièrement au Dialogue Shangri-La afin de renforcer ses relations de défense en Asie, de promouvoir sa stratégie indo-pacifique et de mettre l’accent sur la défense de la liberté de navigation et du droit international maritime.

Le forum permet au Canada de multiplier les rencontres bilatérales avec ses partenaires asiatiques et d’afficher sa présence dans une région jugée de plus en plus stratégique pour le commerce et la sécurité mondiale.

Tout comme l’an dernier, la cheffe d’état-major de la Défense du Canada, la générale Jennie Carignan, fera partie de la délégation canadienne.

Depuis sa nomination en 2024, la générale Carignan est devenue l’un des principaux visages du repositionnement stratégique du Canada face à un environnement international plus instable.

La générale Jennie Carignan de profil.

La générale Jennie Carignan est la première femme de l'histoire du Canada à diriger les Forces armées canadiennes. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Elle a récemment multiplié les interventions sur la nécessité pour le Canada de moderniser ses capacités militaires et de renforcer ses liens avec les partenaires indo-pacifiques.

Pour Ottawa, les enjeux débattus à Singapour ne sont plus lointains, puisque la sécurité des routes maritimes asiatiques touche directement les chaînes d’approvisionnement canadiennes et que les tensions autour de Taïwan préoccupent aussi les alliés du Canada au sein du G7 et de l’OTAN.

La montée en puissance militaire de la Chine continue de transformer l’équilibre des forces en Asie et pourrait avoir des impacts au-delà de la région.

La question maintenant est de savoir si les États-Unis et leurs alliés ont encore la cohésion, la capacité industrielle et la confiance nécessaires pour préserver la stabilité, a résumé l’élu républicain de l’État de Washington, Michael Baumgartner, dans une analyse sur le Dialogue Shangri-La publiée dans le magazine diplomatique américain The National Interest.

Le Dialogue Shangri-La de Singapour ne vise plus seulement à discuter de sécurité régionale, il est devenu un élément révélateur des anxiétés sur le plan géopolitique en Asie.

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