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Se reconstruire à coups de hache

6 days ago 13

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Une hache bien affûtée au manche de bois clair repose sur l'écorce d'un tronc d'arbre couché, en forêt.

Après la pluie des derniers jours, sous un ciel variable, les bénévoles ont le champ libre pour quelques heures.

Frédéric, accompagné de Raynald, d’Henri-Louis et de Samuel, arrive sur le site. Ils ébranchent un arbre dans le chemin et préparent le terrain pour faciliter le déplacement et la sortie des troncs d'arbres. Plusieurs curieux et curieuses, dont Réal Lagrange, viennent aussi donner un coup de main.

Je veux voir comment il faisait ça dans le temps, explique le résident de Saints-Anges, avec l’air de celui qui regrette ce temps passé.

Un groupe de personnes entoure une longue poutre de bois équarrie et ceinturée d'une chaîne dans une forêt enneigée.Frédéric Nadeau accueille les gens sur place en leur expliquant la procédure de la matinée alors que l’énorme pin asymétrique est déjà enchaîné et prêt à sortir de la forêt. Réal Lagrange devant Frédéric est stupéfait du travail accompli.  Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Même chose pour Jocelyne Lachance et Yves Boutin, venus pour l’occasion après avoir vu la publication sur les médias sociaux. Les ancêtres de ce dernier, des Leblanc d’Acadie, ont décidé de s’implanter à Saint-Théophile, un village de la Beauce, en 1886, en partant des Îles-de–la-Madeleine. À l’époque, la communauté s'était entraidée en corvée pour construire les maisons, explique-t-il, fier de ses origines acadiennes.

Il faut penser que, quand ils sont arrivés, il y avait beaucoup de bois. On peut s’imaginer [à quel point] construire une maison, ça pouvait être de l’ouvrage, insiste le bénévole, qui souhaite que, grâce à des initiatives comme celles de Frédéric, ce savoir-faire se transmette aux prochaines générations.

Bertrand Gilbert, un agriculteur de Saint-Côme-Linière, aux confins de la Beauce, a fait une heure de route avec ses deux chevaux de race Brabant. Ce passionné a fait un aller-retour en Alberta pour aller chercher ses bêtes il y a plus d’un an.

C’est rendu rare, du monde qui fait ça, [travailler avec des chevaux] et qui est disponible. J’ai tout le temps vécu de ça et de l’agriculture. Je fais partie du patrimoine beauceron, raconte l’homme à la chevelure blanche et au sourire contagieux, dont les mains reflètent le dur labeur, en positionnant ses chevaux dans le chemin avec les attelles.

Chez nous, j’ai labouré le sol. Ça ne brise pas, ça va moins vite, mais c’est aussi rentable, selon moi, avec le prix de l’essence. Tu en sors moins [de tes poches], mais le montant clair est meilleur que de la grosse machinerie, souligne l’agriculteur.

Environ 25 personnes sont sur place pour travailler, mais aussi pour jaser du bon vieux temps; des gens passionnés venus de Saints-Anges et de Sainte-Marie, la municipalité voisine, et certains venus d’aussi loin que la ville de Québec et le village de Saint-Aurélie, près de la frontière américaine. C’est une belle réussite, juge avec humilité Frédéric, qui coordonne le tout de main de maître avec entrain.

C'est ça qui est beau dans une corvée, c'est que tu n'es même pas obligé de connaître la personne qui vient t'aider; elle sait juste que tu as besoin d'aide, elle se présente, puis elle fait sa bonne action parce que, de toute façon, tout ce que tu vas donner va être redonné, affirme l'équarrisseur, qui accueille la visite avec sa hache sur l’épaule, tout sourire.

De petits groupes se forment, dont un autour de lui. Est-ce que ça coupe cette hache-là?, demande un bénévole, intrigué et un peu taquin. Frédéric lève son bas de pantalon et se rase les poils sur une petite partie du tibia pour faire rire le groupe. La réponse est claire : Oui, ça coupe. Le groupe est déjà soudé, prêt pour la prochaine étape.

Les chevaux se positionnent pour faire leur part et sortir le bois. La scène remplit de fierté Denise Drouin et Stéphane Nadeau, les parents de Frédéric, venus pour la corvée.

On sent que ses racines, il les a trouvées. N’ayant pas connu son grand-père [maternel], on voit que ça lui a beaucoup manqué, remarque sa mère, faisant référence au solide charpentier-menuisier qu’était son père. Puis, elle ajoute au sujet de son fils : Il est bien ancré, sa condition a été difficile à accepter pour tout le monde, mais de voir tous les efforts qu’il a mis pour s’aider, on a arrêté de pleurer assez rapidement, explique-t-elle, les yeux dans l’eau.

On est en train d’être témoins de la version 2.0 de Frédéric. C’est une autre personne, mais c’est pour le mieux, ajoute son père, émotif, heureux de voir son fils mener à bien son projet de vie et sa corvée du moment.

Alors que certaines personnes font le ménage devant les énormes billots dans la forêt, d’autres installent sur le bois la chaîne reliée aux chevaux, à une vingtaine de mètres sur la route. C’est parti, le signal est donné. Bertrand Gilbert, aux commandes, dirige les chevaux avec sa petite cousine Martine Gilbert.

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