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Sept fois plus cher que prévu, un autre projet informatique en santé « explose »

1 week ago 7

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Le projet informatique d'orchestrateur des rendez-vous de santé affiche une hausse de dépenses de 600 %, révèle une enquête de Radio-Canada. Un document confidentiel de Santé Québec évoque « une perte de contrôle sur les coûts ».

L'orchestrateur a été lancé durant la pandémie, en 2021, après la signature d'un contrat de 18 millions de dollars avec la compagnie québécoise Petal.

Aussi appelé HUB Québec, il a permis de mettre en relation des patients sans médecin de famille avec des cliniques médicales ayant des rendez-vous à offrir. Cela répondait à une promesse électorale de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Mais, depuis son lancement, le coût de l'orchestrateur n'a cessé de grimper. Notre enquête révèle que ce sont les autorités de la santé qui en sont la cause.

Des gens assis dans la salle d'attente.

La solution informatique a permis de réorienter des patients qui se présentaient dans les hôpitaux avec des problèmes non urgents. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Nous avons obtenu des informations de cinq sources qui sont ou ont été impliquées de près ou de loin dans ce projet et dans sa surveillance, au public et au privé. Aucune n'était autorisée à parler publiquement en raison d'engagements de confidentialité.

Un projet qui ne fait que grossir

Le projet d'orchestrateur a été géré par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) jusqu'au transfert de responsabilité à Santé Québec, en 2024.

Les décideurs ont tellement aimé la solution de Petal qu’ils ont demandé plusieurs fois à l’entreprise d’élargir sa portée à plus de cliniques, par exemple, et d'ajouter des fonctionnalités, ce qui a entraîné des coûts supplémentaires.

Daniel Paré et Christian Dubé sont séparés par un panneau en plexiglass.

L'ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, aux côtés de Daniel Paré, sous-ministre à la Santé. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le document interne que nous avons consulté montre que la forte hausse des dépenses s’explique par les demandes qui ont explosé. Les auteurs de ces demandes sont identifiés : le MSSS, le cabinet du ministre de la Santé de l'époque, Christian Dubé, et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Depuis 2022, trois autres contrats ont dû être signés pour maintenir et développer l'orchestrateur. Nous avons aussi découvert une douzaine d'avenants, des ajouts aux contrats.

Résultat : la facture totale atteint 126 millions, sept fois plus qu'au départ, selon les données du Système électronique d'appel d'offres du gouvernement du Québec.

Une source à Santé Québec fait le parallèle avec un client qui a une voiture en location à long terme, mais qui demande sans cesse de nouvelles options, un changement de peinture, l’ajout d’un aileron… Et, finalement, ce client décide de s’acheter une deuxième voiture pour l’utiliser à la place de la première.

En effet, l’an dernier, Santé Québec a causé la surprise en lançant un appel d’offres pour recréer un orchestrateur de A à Z. Le contrat a été confié en décembre à la multinationale québécoise CGI.

2:05

Les détails de Thomas Gerbet

Tout recommencer

C’est « étrange », dit une source qui a été au cœur des discussions sur le dossier à Santé Québec. On vient tout juste de profiter des fruits de l’orchestrateur, ça fonctionne et on veut déjà le changer.

Pendant ce temps, la compagnie Petal est en discussion avec d'autres provinces qui souhaitent acheter la solution développée avec l'argent des contribuables québécois.

Ce choix nous a paru étonnant, répond à Radio-Canada la vice-présidente de Petal, Cindy Carvalho.

Nous avons été surpris de voir, au moment de l’appel d’offres, que Santé Québec souhaitait se lancer dans le développement d’une solution à identique à l’orchestrateur déjà en place, et ce, à partir de zéro.

Logo de la compagnie québécoise Petal.

Logo de la compagnie québécoise Petal

Photo : Petal

Selon nos informations, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique a réalisé un audit sur l'orchestrateur et les vérificateurs ont mis en doute l'arrêt d'un projet qui fonctionnait bien.

Les raisons du revirement

Le document confidentiel montre qu'en coulisses, Santé Québec jugeait que Petal avait augmenté de manière excessive les coûts des licences et des évolutions.

Ce qui dérangeait Santé Québec, c'est de devoir repayer de nouvelles licences pour ajouter des utilisateurs. Elle a donc négocié avec Petal pour des licences illimitées. Un contrat de 37 millions de dollars a été signé en 2025.

Mais Santé Québec n'était toujours pas satisfaite. Elle aurait voulu que Petal lui cède la propriété de sa solution, ce que l'entreprise a refusé de faire.

C'est la raison pour laquelle, quelques mois plus tard, Santé Québec a conclu un contrat avec CGI.

Pour justifier le redémarrage du projet à zéro, la société d'État nous dit qu'elle voulait une nouvelle solution [...] développée sur mesure, dont le code source deviendra la propriété de Santé Québec.

La porte-parole de Santé Québec, Marianne Paquette, nous a expliqué que cela permettra de réaliser d’importantes économies, d’assurer une plus grande autonomie et l’évolution continue de la solution, tout en assurant la qualité et la continuité des services offerts à la population.

Erika Bially et Geneviève Biron.

La vice-présidente des technologies de l'information de Santé Québec, Erika Bially, et la présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron, en avril 2026.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Reddition de comptes mardi

Nous avons demandé à Santé Québec, au ministère de la Santé et au cabinet de la ministre Sonia Bélanger de réagir à la forte hausse des coûts que nous avons montrée avec notre enquête. Nous n’avons pas pu obtenir de réponse.

Ils auront toutefois l'occasion de l'expliquer, mardi, puisque l'étude des crédits du portefeuille de la santé se déroulera à l'Assemblée nationale.

La ministre Sonia Bélanger passera six heures à répondre aux questions des parlementaires. Devraient aussi être présents le sous-ministre à la Santé Daniel Paré, la présidente et cheffe de la direction de Santé Québec Geneviève Biron et la vice-présidente aux technologies de l'information de la société d'État, Erika Bially.

Actuellement, le projet d'orchestrateur ne fait l’objet d’aucun suivi dans le Tableau de bord des projets informationnels du gouvernement du Québec.

Des dépenses au-delà de 126 millions?

Le troisième contrat signé avec Petal vise à maintenir les services actuels jusqu'en novembre 2026. Si CGI ne livre pas sa solution dans les temps, Santé Québec devra activer une option supplémentaire qui fera encore augmenter les coûts du projet. Six mois de plus avec Petal coûteront 12,5 millions de dollars.

Par ailleurs, Santé Québec considère déjà dans ses documents que le contrat avec CGI lui coûtera 6,2 millions de plus pour être prolongé jusqu’en 2030.

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